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Ce vénérable chêne liège, est âgé de plus de 300 ans, et n’a jamais reçu aucun engrais. Comment est-ce possible ???

1 – Fertilisation, définition

La fertilisation au sens agricole du terme, est un procédé qui consiste à apporter à un milieu de culture, tel que le sol, les éléments minéraux nécessaires à la nutrition, et au développement d’une plante.

La fertilisation est une pratique utilisée en agriculture, en jardinage, mais aussi en sylviculture.

Pour se développer, les plantes utilisent de l’eau, de la lumière, du carbone, de l’oxygène et des éléments nutritifs minéraux. Ces éléments minéraux et l’eau sont fournis par le sol.

Les principaux éléments minéraux utilisés sont l’azote(N), le phosphore(P), le potassium(K), puis le magnésium , le calcium, et le soufre. Des éléments secondaires, dit oligo-éléments sont indispensables mais en quantité moindre : le fer, le manganèse, le zinc, le cuivre, le bore, entre autres. Ils doivent être disponibles en quantités suffisantes et sous une forme assimilable par les végétaux. Si les éléments ne sont pas disponibles, et assimilables au moment nécessaire, la croissance d’une plante est limitée et le rendement final plus faible.

Dans le cas d’un végétal qui se développe sur place et n’est pas récolté, les éléments minéraux sont prélevés au cours de sa croissance, mais sont restitués au sol lorsque la plante meurt, et se décompose. Il n’y a donc pas de pertes d’éléments minéraux. C’est l’exemple de la forêt, où le sol est constamment régénéré par la décomposition de la biomasse produite.

En revanche, lors de la culture d’une plante à des fins agricoles, une bonne partie de la plante n’est pas restituée au sol (par exemple les grains du blé, voire la presque totalité de la plante dans le cas d’autres espèces). Une majeure partie de ces éléments nutritifs minéraux prélevés dans la terre, ne le réintégreront pas, et ne seront ainsi pas disponibles pour la culture suivante.

Les éléments nutritifs manquants pour les cultures suivantes doivent du coup être apportés sous la forme de divers types de produits fertilisants.

Parcelle victime de l’agriculture intensive.

2 – Petite histoire de la (dé)fertilisation

Au commencement, il était une forêt nourricière, dans laquelle nos lointains ancêtres déambulaient pour ramasser de la nourriture, puis, par sens du confort, nous avons voulu amener la forêt devant notre porte, sans ses inconvénients bien sûr.

Ce fut le début de l’agriculture, nous avons supprimé les grands arbres qui produisaient plus d’ombre que de nourriture, et que nous avons du coup utilisés comme bois de chauffage, et de construction. Nous avons ensuite sélectionné les plantes qui nous intéressaient, les avons déracinées, pour les forcer à pousser sur des parcelles nues, où le sol ne peut plus se régénérer. Sans la protection des nombreux végétaux, et de leur biomasse régénérante, les sols exposés au soleil, au vent, au gel, et à la pluie, ont commencé à s’éroder, et à se compacter.

Le parcage du bétail au moyen-âge.

Qu’à cela ne tienne, nous avons commencé le labour, qui lui même a conduit à la déstructuration des sols. La fertilité des sols déboisés a donc vraisemblablement disparu rapidement, dès l’antiquité.

Dans les premiers systèmes agricoles sur brûlis, la fertilité du sol était maintenue sans fertilisation, par une friche de longue durée ce qui permettait le renouvellement de la fertilité notamment par fixation biologique de l’azote présente dans l’atmosphère.

Dans les systèmes d’agriculture européens, de l’Antiquité jusqu’à la révolution agricole du 18ème siècle, la fertilisation était essentiellement obtenue par le transfert de la fertilité, réalisé soit depuis les forêts et les landes, par transfert de litière (épandage d’humus), ou depuis les prairies et les zones de pâturages, par l’enfouissement des excréments des troupeaux. Il y avait donc déjà un problème.

Culture sur brûlis au 19ème siècle. (photo: Wikipédia)

Dans un premier temps, la fertilisation par les déjections animales se réalise à l’aide du parcage des animaux sur les parcelles en jachère, non sans des labours réguliers afin de les enfouir.

Après la révolution agricole du 18ème siècle et l’apparition de moyens de transport efficaces, le parcage est abandonné, et les déjections sont collectées à l’étable (fumier), stockées, puis épandues, et enfouies par labour au moment voulu.

Dans les zones littorales, le goémon a souvent été utilisé comme fertilisant. L’utilisation du guano, importé notamment d’Amérique du Sud, est également de plus en plus utilisé au début du 19ème siècle. Personne ne s’interroge alors sur les raisons de l’infertilité des sols.

Dans la seconde moitié du 19ème siècle, arrivent les pratiques de fertilisation minérale, à la suite des travaux du baron Justus Liebig sur la nutrition des végétaux. Elles concernaient surtout les engrais phosphatés. Les premières pratiques de fertilisation phosphatée consistaient à épandre des roches phosphatées broyées, sur les sols.

Apparaîtront ensuite les « superphosphates », obtenus d’une attaque chimique acide sur les roches phosphatées, qui donnent des engrais plus solubles et facilement assimilables par les plantes. C’est également à cette époque que se développent les pratiques d’amendement.

Au début du 20siècle apparaissaient les premiers engrais azotés minéraux, synthétisés chimiquement: le sulfate d’ammonium en 1913, le nitrate d’ammonium en 1917 ( procédé Haber-Bosch), l’urée en 1922. Là encore, dans notre fuite en avant, nous cherchions à apporter la fertilité artificiellement, plutôt que de se demander pourquoi elle avait disparue.

L’utilisation des engrais de synthèse augmentera suite à la Seconde Guerre mondiale : entre 1945 et 1960, l’utilisation d’engrais minéraux azotés sera multipliée par 4 aux États-Unis. Tout sauf la famine, du coup on azote, et on sulfate généreusement.

Ce recours massif aux engrais chimiques dérape, et s’accompagne alors de la construction d’un nouveau paradigme de gestion de la fertilité, dans lequel on souhaite gérer, à court terme, les stocks d’éléments minéraux solubles, en maximisant la quantité prélevée par les plantes. Le sol ne deviendra dès lors qu’un simple support de culture, sans vie. Ainsi les activités biologiques, et les matières organiques, sont progressivement délaissées. Après les déforestations massives, l’humanité poursuivra ainsi la destruction fulgurante des sols. Par le sempiternel labour, elle achèvera ensuite leur déstructuration, ce qui a amplifié les phénomènes de ruissellement, et d’érosion.

Dans les premiers temps, cette fertilisation était d’ailleurs peu efficace, et une grande partie des fertilisants était perdue par volatilisation (cas de l’ammonium), ou immobilisation sous forme de minéraux secondaires (cas du phosphore), conduisant notamment à des pollutions importantes des eaux. Tous ces intrants filant pour grande partie directement dans les nappes phréatiques, les apports sont alors très fréquents, et enveniment le problème de la destruction des sols. Mais surtout, ce gaspillage en intrants peu probant coûte cher aux agriculteurs.

Emploi d’intrants chimiques par un particulier.(Photo: Pixinio)

Cela a conduit dans les années 1990 au développement de l’agriculture raisonnée puis de l’agriculture de précision, dont l’objectif, avant tout commercial, est d’apporter les fertilisants « au bon endroit, au bon moment », en tenant compte de la fourniture de nutriments par le sol, afin d’avoir une efficacité maximale de l’utilisation d’engrais. On croit rêver ! Mais le cauchemar se poursuit. Les monocultures à grande échelle n’arrangeront rien, au contraire.

Les difficultés techniques et climatiques amènent trop souvent les agriculteurs à épandre des doses d’azote bien supérieures au réel besoin de leurs cultures. La quasi-totalité du territoire français dépasse aujourd’hui les seuils de nitrate autorisés dans l’eau.

Chiffres de 2005 : Les zones les plus impactées, en France, la Bretagne détient la palme

3 – Remplacer la forêt et la biodiversité, l’impossible défi !

L’humanité, avec orgueil, et fierté surdimensionnés, s’est mit en tête l’irréalisable défi de se substituer au travail de la nature. L’intelligence dont nous sommes doté, peut nous permettre d’accomplir des choses formidables, bien sûr, mais le défi insensé de vouloir se substituer à la perfection d’une nature qui a des millions d’années d’expérience au compteur, nous ne le pouvions clairement pas. Même effectivement aujourd’hui très avancée, notre technologie moderne ne peut toujours pas faire le poids face à une mécanique bien huilée depuis la nuit des temps.

Cette idée fixe de vouloir dominer, et contrôler la nature, ne perdure aujourd’hui qu’à cause de préoccupations d’ordre financier. Les grands groupes pétroliers, chimiques, et l’industrie agro-alimentaire entre autres ne peuvent concevoir de renoncer à un système qui a fait , et continue de faire toute leur fortune. Pourtant tout le monde de nos jours comprend très bien que la solution n’est pas viable, et touche d’ailleurs bientôt à sa fin.

Nous connaissons de nos jours pas mal d’éléments minéraux nutritifs pour les végétaux, mais la plupart des engrais ne contiennent que azote, phosphore, et potassium. Depuis quelques années nous y avons ajouté quelques éléments nutritifs secondaires comme le zinc, le fer, ou le calcium. Ces éléments sont importants, mais ne représentent qu’un maigre échantillon de ce que les racines végétales peuvent puiser dans un sol fertile, et vivant. Comment voulez vous après ça que nos cultures soit vigoureuses, et en bonne santé ? C’est comme si on ne vous donnait que de l’eau, de la vitamine C, et un peu de calcium. Dans ces conditions là, les plantes sont vulnérables, et dépendantes de nos apports toujours plus nombreux de pesticides, et autre « protection » phytosanitaire qu’elles ne peuvent plus assurer par elles même.

L’explosion démographique nous empêche également aujourd’hui de faire marche arrière.

C’est ici que le problème devient franchement inquiétant, car d’une part nous sommes de plus en plus nombreux, et d’autre part, tout le monde ou quasiment aspire à vivre comme un Américain. À ce rythme, et avec de telles aspirations à la surconsommation, il est évident qu’il nous faudra toujours plus d’espace, que nous amputons à la vie sauvage afin de pouvoir produire toujours plus de nourriture, toujours plus de matières premières, plus d’énergie, plus d’infrastructures, plus de logements, etc.…

Et tout ça pour le bien être exclusif d’une seule espèce, et au détriment de millions d’autres. Notre égocentrisme nous aveugle, il nous a mené droit au pied du mûr face auquel nous nous trouvons aujourd’hui. Malheureusement, nous manquons actuellement de courage, et les générations futures paieront la note de notre passivité.

4 – Des engrais, pour quoi faire ?

Pour en revenir à ce vieux chêne liège qui meuble le domaine du Rayol dans le Var, sa longévité, sa vigueur, et son envergure incroyables sont précisément dus au fait qu’il n’a jamais vu, ni bu la moindre goutte d’engrais. Il tire son énergie d’un sol de forêt constamment régénéré par la biomasse des végétaux qui l’entourent, mais également de l’humus de ses propres feuilles mortes, et lutte contre les maladies, et ravageurs avec l’aide de la biodiversité encore présente aujourd’hui sur le site, même si de nos jours les jardins du Rayol sont également impactés par les phénomènes de pollution atmosphérique, du réchauffement global, et probablement par une baisse significative de la biodiversité. Le fait que cet arbre soit planté sur la rive d’un cours d’eau lui a également permis une telle longévité. aujourd’hui ces racines doivent prélever pas mal de particules pas très biologiques transportées par ce cours d’eau. J’espère cependant qu’il pourra encore embellir les lieux durant un siècle, ou deux.

Qui sait ?

La nature fabrique, et dispose de ses propres fertilisants de pointe, face auxquels nos potions de petit chimiste, ou devrais-je dire de petit fumiste, nous font passer pour de petits joueurs.

Dans le cas des cultures en pots, jardinières, et hors-sol en règle générale, l’apport de fertilisant peut se justifier, privilégiez dans ce cas des engrais organiques, tel que les purins végétaux. Mieux encore faites un bon compost, et cultivez ainsi dans un substrat riche et fertile, vous gagnerez du temps à l’arrosage si vous n’avez pas besoin de faire vos petits dosages d’engrais.

Les engrais d’origines organiques utilisés notamment par l’agriculture biologique, sont le moindre mal, cependant si nous entretenons un sol préservé, nourri par la biomasse présente, et structuré correctement par les nombreux micro-organismes présents dans la terre, ces engrais n’ont absolument aucune utilités, ni raison d’être.

5 – La solution permaculturelle

C’est le principe de la permaculture, conceptualisé dans les années 70. Cette philosophie à laquelle vous l’aurez compris j’adhère sans réserve, prône entre autre une approche durable de l’agriculture, basé sur le respect de l’environnement, de la biodiversité, et de leur fonctionnement symbiotique. Cette logique de travailler dans le même sens que la nature, et non de travailler contre elle, s’avère payante, efficace, fiable, et reposante.

Permaculture en forêt

L’ observation du développement d’une forêt, où tout pousse tout seul, sans que quelqu’un ne vienne s’en occuper, est à l’origine de ce mode de vie à part entière, caractérisé par un respect profond de la nature , et de la vie sous toutes ses formes. L’un des principes clé de la permaculture, est de maintenir constamment le sol couvert d’une litière végétale, afin de le nourrir, et de le préserver. Un tel paillage permanent permet outre le développement des micro-organismes du sol, le maintient de l’eau dans celui-ci. Je pense à titre personnel que ce principe d’agro-écologie, est une solution qui pourra peut-être, je dis bien peut-être nous sortir du mauvais pas dans lequel nous nous trouvons actuellement. Encore faudra-t’il que les mentalités changent, pour que le principe soit généralisé à une plus grande échelle. Je sais qu’il ne faut pas vivre d’espoir, mais je suis confiant vis à vis de la jeunesse qui elle seule pourra décider de donner une nouvelle impulsion salutaire à notre planète.

Beaucoup de « vieux »comme moi sont prêts à les y aider, malheureusement beaucoup d’autres, bien plus nombreux, feront tout pour les dissuader d’aller dans ce sens. Je souhaite de tout mon être que les jeunes générations ne se laisseront pas voler leur avenir par les « adultes » mercantiles, et égocentrés que nous sommes. N’en prenez surtout pas exemple, même si l’on vous fait croire que vous n’avez pas le choix, C’est faux !

Jardin permacultivé

Je le dis ici clairement à la jeunesse, si vous voulez avoir la possibilité de changer la donne, et envisager l’avenir avec espoir, et optimisme, il vous faudra lutter pour préserver l’environnement, respecter la biodiversité, et protéger les forêts. Ce qui n’a malheureusement pas été fait par les générations précédentes. Le crime écologique qui se joue en ce moment même en Amazonie en est le plus triste exemple. De telles pratiques doivent cesser.

Ne vous retenez pas, ne vous conformez pas, ne rentrez pas dans le rang de ce système consumériste qui se fout de vous, et de votre avenir . Ne soyez pas terre à terre, mais revenez plutôt humblement à elle, et sauvez la des erreurs de ceux qui vous ont précédé.

Ben MASON

Ne fermons pas les yeux. Mobilisons-nous! Avec Aquaverde.org, ou Survivalinternational.fr. Merci de votre soutien.

Publié par aj83250

Jardinier autonome, coach, et formateur en éco-jardinage, et en permaculture.

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