Pelargonium Graveolens : un géranium vendu comme répulsif à moustique.
Photo : Flickr

Des légendes du temps de nos alleux, dont beaucoup n’ont aucun fondement, sont parvenues jusqu’à nos jours, et nous sont aujourd’hui présentées comme des connaissances ancestrales éprouvées. Si il existe bel et bien quelques plantes qui semblent déplaire à ces insectes caustiques, leur efficacité est toute relative, et dépendent de divers facteurs, d’autres n’ont strictement aucune autre vertu que de dégager un parfum citronné. Autonomie Jardin, passe les plantes répulsives à moustique au crible. Absence d’études en ce sens, fausses croyances populaires, et marché en expansion, un constat édifiant.

1 – L’origine du mythe

L’homme utilise depuis des temps très anciens les plantes comme nourriture, et dans sa pharmacopée traditionnelle, mais a aussi apprit à en extraire les principes actifs, et les parfums. Au temps de nos alleux, les produits chimiques, pharmaceutiques, et cosmétiques étaient obtenus principalement par les végétaux. C’est toujours un peu le cas, sauf que sous leur forme commerciale directement disponible dans son emballage, nous en fait souvent habilement oublier la provenance. Nos grands-parents savaient observer, et reconnaître les plantes, et les utilisaient quotidiennement pour les raisons précitées. Il est aujourd’hui avéré que les plantes contiennent des substances chimiques actives, dont les intérêts sont divers et variés suivant les espèces. Les plus connues d’entre elles, qui ont fait leurs preuves par le passé, et sur de longues périodes, ont été sélectionnées, et étudiées pour en découvrir les principes actifs, les extraire, et les concentrer pour en amplifier l’effet. Ces plantes sont toujours utilisées de nos jours, et nous pouvons clairement en constater les effets, et en identifier la cause. Jadis, il y avait déjà des charlatans, ainsi que des gens crédules, et le fameux placebo ne date pas non plus d’hier. C’est à ce titre que des croyances populaires sur les effets ou vertus de différentes plantes ont commencées à se répandre, surtout au niveau familial et local. Qui de nos jours n’a pas une anecdote familiale à propos de l’arrière grand-mère qui fabriquait ses décoctions artisanales avec telle ou telle plante de son jardin ? Rien de très scientifique la-dedans, vous en conviendrez, mais la tradition s’est poursuivie car qui ne fait pas confiance à une matriarche sensée être expérimentée, et de bon conseil ?. Pourtant, les légendes ont la vie dure et sont transmises de mère en fille, et de père en fils. Tous les remèdes de grand-mères ne sont pas à mettre au rebus, au contraire certains se révèlent être terriblement efficaces, ce qui n’est pas pour autant le cas de tous. Certains de ces remèdes et répulsifs artisanaux sont encore utilisés car même en l’absence d’études nous pouvons en constater clairement l’efficacité….. ou pas !

Citronnelle asiatique, aussi nommée lemon grass
Photo : dvplant.be

2 – La mélisse officinale

Dans le cas des répulsives chasseuses de moustiques, il est une plante qui a probablement servi de déclencheur à toutes les dérives et croyances trompeuses qui ont suivies. Du moins a-t’elle largement contribué à semer la confusion. Il s’agit de la mélisse officinale, ou mélisse citronnée, ou encore appelée citronnelle. En effet cette plante de la famille des lamiacées et dont certaines variétés sentent le citron, à semble t’il été longtemps confondue avec une autre plante asiatique, Cymbopogon citratus, également appelée citronnelle, et qui possède pour sa part des vertus répulsives connues, bien que toute relatives. Cette confusion est à l’origine de l’usage de la mélisse comme anti-moustique, bien que l’efficacité ne puisse être démontré formellement. Avec le temps, la mélisse a été elle même confondue avec la verveine citronnelle utilisée en infusion que l’on appelle aussi fréquemment citronnelle bien qu’elle non plus n’est aucun rapport avec la citronnelle asiatique.

Mélisse officinale, également appelée citronnelle. Photo : Pixabay
La verveine citronnée (Aloysia citrodora) est utilisé en infusion.

Peu à peu, et par extension, différentes plantes au parfum citronné ont été prétendues à tort, anti-moustique (thym citrus, le citronnier lui-même, ainsi que d’autres agrumes, et pour finir le fameux pelargonium graveolens). Du coup, ces espèces à l’odeur bien particulière sont resté dans l’imaginaire collectif comme ayant un réel pouvoir sur notre ami le moustique. Les grands groupes de jardinerie ont vite compris qu’ils pouvaient tirer profit de toutes ces confusions. Ce qui donne lieu aujourd’hui à ce que j’appelle une arnaque, mais qui à proprement parler est en fait davantage un argument de vente basé sur des croyances populaires erronées. Une appellation trompeuse en somme.

3 – Cymbopogon citratus, la citronnelle vraie

Cymbopogon citratus, vraie citronnelle

Nommée lemon grass par les Anglo-saxons, cette vivace possède effectivement un pouvoir repoussant pour le moustique. Cependant, ne vous y trompez pas, ce n’est pas parce que la plante déplaît au moustique qu’il ne viendra pas s’alimenter en sang sur un animal situé à proximité de celle-ci. Quiconque connaît la voracité du moustique se doute bien que le subterfuge ne saurait en aucun cas dissuader un moustique qui a faim de nous piquer. Toutefois, on aimerais y croire vu les piqûres très désagréables de ces insectes. Du coup on se dit que ça ne peut qu’être mieux que rien, mais bon… L’espoir fait vivre ! Pour ma part je ne veux pas vivre d’espoir, ni d’illusions. Objectivement, il faudrait avoir un champ entier de ces plantes à proximité pour avoir un effet franchement dissuasif, et encore faut-il que la plante diffuse la molécule, ce qui ne se produit qu’au lever du jour, au coucher du soleil, et un peu aux heures les plus chaudes de la journée. Des produits, et bracelets répulsifs sont fabriqués à base de citronnelle asiatique, et ont une certaine efficacité car on y concentre la molécule répulsive, mais aussi parfois des insecticides de synthèse pas très sains, ceci dit, on se fait bouffer quand même lorsque les moustiques sont nombreux. Rien ne semble arrêter un moustique déterminé !

Une toute autre plante paraît relativement utile à cet usage, la plante de Neptune, mais celle-ci moins connue est rare, plus difficile à trouver, et aucune étude ne peut en confirmer l’effet sur l’insecte parfois responsable de nos nuits blanches.

La plante de Neptune, aurait des propriétés nombreuses, dont celle d’éloigner les moustiques.

La belle histoire de la plante protectrice s’effrite ! Bien sûr beaucoup de gens croient à ces vertus, et je respecte leur croyance, bien qu’elle ne me semble pas objectivement fondée.

4 – La dernière légende en date, le géranium anti-moustique

Vendu sous l’appellation commerciale de « géranium mosquito », et fallacieusement estampillé « anti-moustique, le pélargonium graveolens possède un parfum citronné.

Depuis quelques années, une nouvelle essence fait office d’épouvantail à moustique, le pélargonium graveolens. De la même famille que les géraniums, celui-ci en diffère par une floraison similaire mais plus discrète, et un parfum plus agréable aux notes de citron.

Il n’en fallait pas plus pour que l’on sorte cette plante sauvage du placard afin de lui prêter des vertus qui n’existent pas, et ainsi pouvoir en faire un commerce des plus juteux. Libre à vous de dormir avec votre potée de pélargonium si cela vous rassure, mais en toute objectivité, et pour en avoir entretenue des centaines de potées lorsque je travaillais en jardinerie, je peux affirmer que je ne me suis jamais autant fait bouffer que lorsque j’entretenais ces plantes. Vu la présence massive de moustiques dans ma localité, proche des salins de Hyères, je vous assure pourtant que si cette plante me paraissait remplir son rôle, j’en aurai déjà planté plusieurs pieds sur ma terrasse. Mais il n’en est rien.

Vendu sous le nom commercial de géranium mosquito, appellation que les gens trouvent amusante pour une raison qui m’échappe, il est souvent estampillé dune étiquette sur laquelle est représenté un moustique cerclé, et barré d’un trait rouge. Ce type d’étiquetage pousse la tromperie commerciale à son comble puisqu’on affiche, et affirme une propriété que cette plante ne possède absolument pas. Des dizaines d’hybrides ont depuis lors été conçus, et commercialisés. On vous dira, ou l’on vous laissera croire en jardinerie que ces plantes éloignent les moustiques. C’est faux!

Ce ne sont pas des plantes inintéressante pour autant, leurs parfums qui diffèrent selon la variété, sont nombreux, et parfois insolites(camphre, mangue, poivre, rose, et même…coca-cola ). Les petites fleurettes qu’ils portent sont ma foi très jolies, et nombreuses d’avril à octobre, mais les moustiques se marrent , et les producteurs, ainsi que les jardineries se frottent les mains grâce à la crédulité du public. Au niveau du prix, il faut compter le double de celui d’un géranium lierre, ou zonal, à la floraison pourtant plus tape à l’oeil. Rien ne justifie un tel écart de prix hors cette fonction répulsive fallacieuse, car cette plante est de culture facile, ne demande pas énormément d’eau, se bouture très facilement, et ne représente aucune difficulté particulière de production. Enfin, pour ceux qui ne sont pas convaincus par mes arguments, je vous mets au défi de me présenter une étude sérieuse, et indiscutable de son efficacité. J’ai fait bon nombre de recherche à ce sujet, et n’en ai à ce jour trouvé aucune. Et pour cause selon moi, de telles études n’ont tout simplement jamais été menées, nous sommes dans la foi religieuse la plus totale vis à vis de ce végétal. En attendant le marché est en pleine expansion, le consommateur étant à la recherche de produits toujours plus naturels pour se débarrasser de la nuisance estivale que représente l’impopulaire moustique. Pour ma part, j’ai toujours été honnête avec les clients sur la fausse réputation de cette plante, pour laquelle j’avais du reste souvent de très mauvais retour. D’autres collègues n’hésitaient pas quant à eux, à mettre en avant avec aplomb les qualités prétendument « anti-moustique » de ce géranium, bien qu’ils se faisaient eux aussi piquer lorsqu’ils l’entretenaient…. Le chiffre, le chiffre, toujours le chiffre ! Ne soyez plus dupes, car la tromperie est pour moi clairement caractérisé par la mauvaise foi de beaucoup de vendeurs. En conclusion, et en l’absence de réglementation interdisant ce type d’appellation inexacte, les moustiques, les producteurs, et les jardineries ont encore de beaux jours devant eux ! Vous voilà à présent avisé.

Ben. MASON

Publié par aj83250

Jardinier autonome, coach, et formateur en éco-jardinage, et en permaculture.

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