Le ré-ensauvagement au jardin : Un sanctuaire pour la biodiversité

Un espace laissé à l’état sauvage à proximité des vergers. Photo : wikipedia.org

En permaculture, selon les règles de l’art, il est prévu de laisser un espace qui délimite votre espace de celui de la vie sauvage, cette zone est appelée zone 5, et elle constitue une réserve de biodiversité inestimable, et nécessaire au bon fonctionnement de votre écosystème local. Depuis peu, certains jardiniers très écolos, ont poussé le concept un peu plus loin en initiant le ré-ensauvagement complet du jardin. Bucolique, et vivant, ce type de jardin où on laisse la nature exprimer toute sa diversité, et sa vigueur, gagne progressivement en popularité.

1 – Un principe de bon sens en permaculture

La zone 5, est, en terme de conception permaculturelle, un espace périphérique de la parcelle que vous cultivez. Laissée sauvage, et naturelle, cette zone ne requiert pas d’entretien de votre part. Il s’agit d’une surface entièrement auto-régulée par un écosystème local, qui jouera différents rôles. Elle formera en effet une aire tampon, qui pourra accueillir, et abriter la vie sauvage, ce qui vous aidera à faire évoluer positivement un jardin vivant, et en bonne santé générale. Si tel est votre cas, votre zone 5 est alors sans doute un bel exemple de biodiversité préservée.

Le « zonage » est donc une partie importante d’un design en permaculture. Il consiste à définir 6 zones(de 0 à 5). 0 étant l’espace de vie principal sur lequel vous êtes amenez à intervenir quotidiennement, puis suivent les zones suivantes sur les quels on intervient moins fréquemment. Pour être efficace,le zonage doit prendre en compte plusieurs facteurs :

  • Vos habitudes,
  • Vos objectifs,
  • Le type terrain,
  • Le sol,
  • Les ressources disponibles
Bel exemple d’un jardin préservé, ou la nature a toute sa place.
Photo : Wikipedia.org

Il nécessite du temps, mais cela est un bon investissement, un projet en permaculture étant pensé sur plusieurs générations. Comptez une année d’observation, avant une mise en place progressive dès la seconde. Pour en revenir à cette zone sanctuaire n°5, il faut veiller, à ce qu’elle soit diversifiée d’un point de vue végétal, avec le plus grand nombre d’espèces locales. Cette diversité favorisera celle des insectes, qui elle même améliorera celle de la faune dont oiseaux, et reptiles, indispensables dans l’écosystème fragile d’un jardin soumis à l’homme.

2 – La vie sauvage s’invite au jardin

Anna Burger, paysagiste à Washington, est l’ instigatrice d’un concept nommé « re-wilding » (ré-ensauvagement en Français). Facile d’entretien, peuplé d’espèces endémiques ce principe de jardin écologique se veut être un sanctuaire pour la flore, mais également pour la faune locale. Les jardins ainsi cultivés reçoivent un certificat très officiel d’« habitat sauvage naturel » car ils maintiennent et préservent la biodiversité sauvage, et locale qui peut s’y alimenter, y boire, et s’y abriter. Oiseaux insectes reptiles, et mammifères l’écosystème le plus varié y est ainsi préservé. Cette manière de jardiner séduit par sa simplicité de mise en place, son entretien minimal, son aspect exubérant et rural, autant que pour ces intérêts écologiques évidents, auxquels de plus en plus d’américains se montrent sensible, n’en déplaise au président « Donald » enfermé dans un déni mercantile au sujet de l’état de la planète.

Un espace « ré-ensauvagé »
Photo : wikipedia.org

Dans l’État du Maryland, toujours aux U.S.A, c’est un professeur d’université, Chris Swan,, qui a pris l’initiative de ré-ensauvager avec l’aide de ses étudiants, une dizaines de terrains vagues de la ville de Baltimore. La biodiversité s’est maintenu, et même bien développée dans ces zones jadis à l’abandon, et sans vie. Ces petites zones vertes sauvages, et préservées, malgré un style un peu anarchique de jungle, semble également bon pour le moral des habitants de cette ville, qui a vu baisser son taux général de criminalité, depuis, dit on, la multiplication de ces espaces. Des plaintes de riverains mécontent de l’initiative a fini par mettre un frein à cette expérience pourtant positive. Cependant les adeptes de ce concept n’ont pas dit leur dernier mot, et sont déterminés à convaincre le plus grand nombre de jardiniers amateurs, et autres amoureux de la nature.

Dans le même esprit, mais en France cette fois-ci, à Hermeray dans les Yvelines. Stéphanie Ricard cultive à sa façon un jardin d’une superficie de 11 000 m² depuis plus de 10 ans, dans un style sauvage, respectueux, et favorable à la bio diversité. Un très bel exemple en la matière que je vous encourage à découvrir par ce lien YouTube.

Une friche champêtre, et fleurie, un sanctuaire pour la biodiversité.
Photo : Rustica.fr

3 – Les clés d’un ré-ensauvagement réussi

Ce mode de jardinage nouveau, qui porte l’espoir d’une considération sincère pour la vie sauvage, mais aussi d’une approche plus respectueuse de la terre, a du mal à s’implanter dans l’hexagone. En effet, sorti du cadre de la permaculture, cette façon de rendre à la vie, et à la nature tout ou partie de nos jardins, se heurte aux traditions très « carrées » et linéaires du jardin à la Française. Les dimensions toujours plus exiguës de nos jardins et espaces verts métropolitains, ne favorisent pas non plus, l’apparition de telles initiatives. Peu de jardiniers envisagent pour l’instant de laisser la nature se réapproprier les quelques m² de jardin disponibles. Malgré le succès récent des hôtels à insectes, nichoirs, et bassins de jardin, nous tenons toujours fièrement à ce que la nature sauvage invitée au jardin, soit strictement contrôlée, et encadrée. Les jardiniers ne disposant que de peu d’espace, et ne pouvant établir de zone sauvage digne de ce nom, optent comme moi pour une plus grande tolérance à l’égard des espèces sauvages dont on fini par accepter la présence souvent bénéfique au reste des cultures. En évitant l’arrachage systématique des adventices, en renonçant aux pesticides, et insecticides même d’origine végétale, en ressemant des espèces endémiques et locales, en multipliant les abris à insectes, ainsi que les nichoirs, et en mettant à disposition de la faune une pièce d’eau, il est possible de reconstituer tout un écosystème durable, et diversifié au sein même de nos cultures ornementales, et potagères.

Seul un changement de fond dans nos habitudes conventionnelles de jardinage est nécessaire pour la mise en place de ce type d’espaces verts écologiques. Le processus de ré-ensauvagement peut prendre de 2 à 5 ans avant d’être complet, viable, et autonome. Tout dépendra de divers facteurs tels que :

  • La proximité de zones sauvages
  • La disponibilité de l’eau
  • Le temps et efforts consentis pour aider le retour de la nature
  • De l’abandon des pesticides, insecticides, et fongicides (impératif)
  • De votre fréquence de passage, et d’intervention, cette dernière doit être minimum,et justifiée, afin de ne pas perturber les organismes qui œuvrent à la mise en place d’un équilibre écologique
  • De la diversité des espèces implantées

Il s’agit ici des points clés, qui selon moi influent le plus sur un retour rapide, efficace, et positif de l’écosystème sur une parcelle. On aide, et on favorise l’implantation d’espèces variées, et adaptées au lieu, durant la première année. La proximité d’une zone boisée est un atout qu’il peut être utile d’intégrer en ce sens. Le cas échéant la plantation d’arbres sauvages est envisageable, et souhaitable, notamment pour les populations d’oiseaux. Les années suivantes, la nature prendra sa place, et toute intervention devient superflue, voire néfaste.

Enfin, pour que de tels sanctuaires puissent se multiplier, il nous faut aussi accepter les quelques désagréments que la nature peut parfois représenter. Gardons en tête que même les espèces qui nous semblent nuisibles, tels que guêpes, moustiques, pucerons, chenilles, escargot, et mulots pour les plus connus, jouent avant tout un rôle très important dans un écosystème sain, complet, et viable. Apprenons donc aussi à les apprécier !

Ben MASON

Publié par aj83250

Jardinier autonome, coach, et formateur en éco-jardinage, et en permaculture.

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