La cochenille, un ravageur cauchemardesque !

Cochenilles sur tilleul Photo:Wikipedia.org

Les collectionneurs d’agrumes, de plantes grasses, ainsi que les orchidophiles connaissent bien ce nuisible qui affectionne les plantes tendre , gorgées en eau, et en suc. Il faut dire que la cochenille n’est pas difficile, puisqu’elle s’attaque à quasiment tout type de végétaux. Très adaptable, cet insecte à aussi la particularité de se développer rapidement, et de manière exponentielle en l’absence de ses prédateurs naturels. L’invasion peut vite tourner au cauchemar si on ne régule pas rapidement leur population. À la demande d’une lectrice, et contributrice, Mme Ferrant, Autonomie Jardin vous révèle les secrets de ces insectes, comment les faire reculer, et ainsi sauver vos cultures. Quelles mesures préventives prendre pour s’en protéger efficacement ? Quels sont les moments clés pour intervenir ? Avec quelles méthodes ? Résumé des techniques qui mettront un terme au cauchemar.

1 – De quoi s’agit-il ?

 Ces insectes étaient jadis nommés «  poux des plantes » en raison de leurs parties buccales transformées en un bec piqueur(rostre) leur permettant d’aspirer la sève, élaborée, ou brute, suivant l’espèce. Celles qui vivent en zones tropicales humides sont plus grandes que celles de nos latitudes tempérées. Les femelles produisent généralement une grande quantité de sécrétions tégumentaires (cires ou laques) qui les protègent et parfois les recouvrent complètement.

Les Cochenilles se nourrissent d’une large variété de végétaux, tant et si bien que la plupart d’entre eux sont considérés comme des insectes nuisibles.

Ce sont des insectes communs, ou le sont devenus, ils sont localement invasifs, mais leur bio-écologie reste encore mal connue.

 Le mâle adulte est un insecte ailé ne possédant qu’une paire d’ailes. Ses ailes postérieures sont réduites à des structures minimes, des antennes et des pattes développées. Il n’a pas de pièces buccales et ne vit qu’une journée ou deux, le temps de se reproduire. Chez la plupart des cochenilles, la femelle n’a pas d’ailes, et peut avoir des antennes et pattes réduites (elles vivent fixées sur les plantes). La femelle ressemble à une larve qui s’apparente à une écaille, souvent couverte de cire. D’autres familles peuvent avoir une disparition totale des pattes chez la femelle, qui reste ainsi complètement immobile, fixée sur une branche.

En zone tempérée, elles ne mesurent pas plus de quelques mm, mais certaines espèces atteignent 40 mm de long.

Cochenille vue au microscope(3mm)
Photo : Wikipedia.org

Certaines cochenilles sécrètent une matière d’apparence cotonneuse, constituée de fins filaments cireux ou d’écailles cireuses. D’autres espèces produisent une salive toxique : lorsque la plante est parasitée par un nombre important de cochenilles, on peut observer sur les feuilles des taches noires, aux endroits où les toxines s’accumulent, jusqu’à créer une micro lésion : la feuille finira par dépérir peu après (elle tombe, se recroqueville, jaunit ou se nécrose, selon les espèces).

Pour certaines espèces minuscules (difficiles à observer et à remarquer sur une plante), on peut détecter leur présence au niveau des jeunes feuilles : elles se fixent sur la jeune feuille émergente, profitant de la montée constante de sève, et d’un support plus tendre, donc plus facile à percer. La conséquence est un faible développement de la nouvelle feuille au niveau de la piqûre . Les jeunes feuilles ainsi piquées, peuvent se déformer, se boursoufler, ou se recroqueviller, conséquence au manque local de sève. On peut vérifier s’il s’agit bien de cochenilles en laissant la feuille sur la plante (durant quelques jours ou semaines, selon la vitesse de développement de la plante) : l’insecte va se nourrir de façon continue, produisant un bouclier de cire : cela se traduira par une fine couche (en général brun clair) présente tout autour de l’encoche. En grattant doucement, vous décollerez d’ un coup l’intégralité de cette plaque fine. Avec une bonne loupe ou un microscope amateur, on pourra distinguer l’insecte plus en détail.

2 – Cycle de vie

Le cycle de vie des cochenilles est relativement court, cependant, elle pondent beaucoup, chaque femelle peut pondre plusieurs milliers d’œufs dans son existence. Ces œufs n’ont pas forcément besoin d’être fécondés pour engendrer un nouvel individu. Beaucoup d’espèces sont hermaphrodite, ce qui explique une capacité de développement exponentiel. De nombreux stratagèmes viennent optimiser leur prolifération . Certaines espèces ont développé des symbioses avec les fourmis qui les protègent en échange de leur miellat.

Les boucliers (jouant un rôle de camouflage) et les protections cireuses les protègent de certains prédateurs et de la déshydratation

Les femelles se positionnent sur les parties végétales où elles sont le mieux cachées, et là où elles peuvent profiter du ruissellement des eaux de pluies.

Quelques espèces (dont la cochenille du pin maritime) se protègent dans la plante (sous l’écorce, dans les gaines foliaires, dans les nœuds de graminées, ou encore sur des racines dissimulées.

Cochenilles sur un hortensia
Photo : Commons.wikimedia.org

Les larves de certaines espèces peuvent en cas de stress hydrique retarder leur mue, se protéger sous un opercule étanche qu’elles fabriquent avec leurs sécrétions, elles y survivent jusqu’à ce que les conditions extérieures redeviennent plus clémentes.

Des stratégies variées de protection des œufs et jeunes larves existent ; ce sont les ovisacs solides et structurés de la Cochenille australienne ou des tapis de filaments cireux enchevêtrés par les femelles. Chez certaines espèces, les femelles mobiles transportent leur ovisac. Les femelles d’autres genres protègent leurs œufs sous un bouclier ou sous leurs corps.

3 – Un parasite potentiellement destructeur

Ces insectes sont des parasites qui tuent rarement la plante hôte, mais ils peuvent poser des problème en agriculture, et en horticulture. En France, environ 110 espèces sont parfois nuisibles et quelques unes d’entre elles sont considérées comme ravageuses (cochenilles farineuses, et asiatiques, entre autres).

  • Certaines infestations de végétaux par les cochenilles deviennent caractéristiques des milieux urbains ou très isolés de l’écosystème naturel local.
  • Lorsqu’ ils sont nombreux sur les feuilles, et rameaux ces insectes peuvent faire des ravages sur les arbres fruitiers et en particulier les pommiers. Ils peuvent finir par entraîner la mort de l’hôte attaqué.
  • La Cochenille du pin maritime a été favorisée par les monocultures de pins et le recul des prédateurs naturels comme la punaise Elatophilus nigricornis , un prédateur spécialiste de cette espèce, il est utilisé en lutte biologique. Elle a déjà emporté environ 120 000 hectares de pins maritimes dans le Var et les Alpes-Maritimes et elle colonise à présent la Corse.
  • Le Pou de San José, une variante polyphage, affaiblit les arbres, notamment les fruitiers.
  • La Cochenille du mûrier s’attaque aussi aux pêchers. On peut la contenir grâce à la lutte biologique avec un de ses prédateurs (Hyménoptère endoparasite),Encarsia berlesei , entre autres.
  • Une espèce s’en prend aux graminées, Antonina graminis qui peut provoquer des taches jaunes sur certains gazons.
  • une dizaine d’espèces attaquent la vigne, quelques espèces devenant parfois localement et périodiquement nuisibles ;la cochenille floconneuse de la vigne , la floconneuse de l’érable, la Lécanine du cornouiller, cochenille farineuse du citronnier, avec en cas de grosses infestations des pertes importantes. Elles sont potentiellement vectrices de maladies

dont les « virus de l’enroulement » de la vigne (selon l’INRA, transmis par la Cochenille bohémienne, la Cochenille du platane, et la Lécanine du cornouiller.

Cochenille farineuse sur citronnier
Photo : commons.wikimedia.org

4 – Les facteurs amplifiants leur propagation

Les invasions de cochenilles hors de leur milieu naturel (en zone urbaine et périurbaine notamment) sont de plus en plus répandues, et elles sont encore mal comprises. Plusieurs facteurs semblent les favoriser, allant d’une défense immunitaire affaiblie d’un arbre ou d’une plante parasitée (à la suite d’un manque d’eau, l’exposition aux polluants urbains, la présence d’un rapport thermo-hygrométrique anormal). Une explication essentielle semble être la régression, et la disparition de leurs prédateurs naturels (notamment en ville) ; avec en particulier

  • certaines espèces de coccinelles et leurs larves,
  • les larves de Syrphidés,
  • les chenilles de Pyralidés,
  • les micro-hyménoptères  qui parasitent et régulent les cochenilles dans la nature.

Tous ces prédateurs naturels semblent fortement régresser et ont souvent localement disparus. L’augmentation générale du taux de pesticides et de certains polluants dans l’air, les pluies, les brumes, et rosées pourraient également être responsable de la disparition des prédateurs naturels de ces insectes.

Larve de coccinelle en chasse.
Photo : Wikipedia.org

5 – Les moyens de lutte

Dans le cas d’attaques très localisées, même importantes, les alternatives aux pesticides chimiques sont nombreuses :

– le nettoyage complet de la plante à l’eau sous pression,

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– la pulvérisation d’une solution de savon noir avec 1 % d’alcool à brûler ou un peu d’huile de soja.

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– la pulvérisation préventive avec des huiles essentielles en dilution. N’oubliez pas de bien agiter le flacon avant pulvérisation, il faut que la solution soit bien mélangée.

Favoriser la présence et la survie de coccinelles sauvages, de syrphes, ainsi que d’une grande population d’insectes et d’oiseaux (surtout ceux qui mangent les fourmis protectrice des pucerons et cochenilles) qui permettront d’éviter les invasions massives.

L’interdiction des pesticides systémiques, et chimiques, depuis janvier 2019, ne nous laisse pas d’autre choix que d’apprendre à limiter les invasions, en maintenant une politique de traitements préventifs à base d’huiles essentielles, surtout au printemps, et en automne. Ces traitement doivent être fait tous les 15 jours lors de ces périodes propices à leur expansion. Vous devrez être très vigilant, et réagir vite lorsque vous constatez leur apparition. Oubliez leur anéantissement total, éviter leur propagation invasive, par des actions préventives fréquentes. Le problème ne doit pas s’installer, sinon, il devient compliqué de s’en sortir, et c’est là, Mme Ferrant que le cauchemar démarre! Prévention, et régularité sont les seules méthodes vraiment efficaces.

Enfin, mélanger vos végétaux, avec une végétation diversifiée, les cochenilles, et autres ravageurs auront beaucoup plus de mal à passer d’une plante à l’autre.

Ben MASON

En réponse à Mme Ferrant Danièlle

Publié par aj83250

Jardinier autonome, coach, et formateur en éco-jardinage, et en permaculture.

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