Une allée de jardinerie très lumineuse  
Photo commons.wikimedia.org
Une allée de jardinerie très lumineuse
Photo commons.wikimedia.org

Dans notre passion pour la beauté naturelle des plantes, nous voulons bien légitimement apporter un peu de verdure, et d’exotisme dans nos intérieurs. Peut-être que cela nous rappelle nos forêts originelles, ou plus simplement le coté si apaisant d’une plante qui se développe discrètement, puis se couvre de fleurs, et qui nous font souvent voyager sans même quitter notre salon.

Malheureusement, l’expérience est souvent de courte durée, et coûteuse. En effet, les conditions inhérentes aux appartement(faible luminosité, mauvaise ventilation, poussière, et eau d’arrosage inappropriée), la négligence, le manque de connaissances nécessaires à leur entretien, ainsi que de mauvais conseils donnés en jardinerie mènent souvent à la mort plus ou moins lente des végétaux dits d’intérieur. Vous êtes malgré tout déterminé à cultiver de belles plantes à la maison ? Quelques conseils de bases pour optimiser vos chances de succès !

1 – Une appellation commerciale trompeuse

Souvent appelées plantes vertes, on les définis souvent comme plantes d’intérieur. Ce terme sous-entend faussement que la plante en question se plaît en conditions fermées d’intérieur. Évidemment, tout le monde se doute qu’une plante à besoin de lumière, mais de quel type, et à quelle fréquence et intensité ? Pareil pour l’arrosage, au mieux demande t’on, lors de l’achat, la fréquence d’arrosage, mais rarement en quelle quantité, et jamais avec quel type d’eau.

Combien même le demanderiez vous, vous seriez très probablement bien mal renseigné auprès des jardineries. Je parle ici en connaissance de cause car j’ai travaillé comme vendeur pour 2 d’entre elles, que je ne citerai pas. Hors de question ici de manquer de respect à mes anciens collègues, qui malgré des compétences évidentes, appliquent souvent des consignes de ventes plus qu’ils ne privilégient l’intérêt du client. Je viens également au secours des caissières qui pour la plupart n’ont aucune notion de botanique, ou de biologie, arrêtez donc de les interroger à propos de l’entretien d’une plante, elles ne sont pas qualifiées, si vraiment vous tenez à être renseigné(désinformé) par le personnel de ces magasins, assurez vous de vous adresser à une personne qui travail sur le rayon où vous piochez.

C’est sans garantie, mais ce sera toutefois moins risqué.

L’objectif, et l’impératif commercial de ce type de commerce est simple, il faut faire le chiffre. Les vendeurs, certains bons vendeurs, mais piètres jardiniers, d’autres bons jardiniers qui malgré tout évitent de rentrer dans les « détails » liés à l ‘entretien d’un végétal.

Les complications sont un frein à la vente, on vous en parlera donc rarement. Les conseils donnés sont approximatifs, et pas toujours cohérents avec les conditions particulières de culture que rencontrera la plante chez vous. Enfin, les jardineries se foutent que vos plantes crèvent, il vous suffira de ramener la plante crevée, avec son ticket de caisse, parfois même sans ticket dans certaines enseignes, et on vous la remplacera avec amabilité. L’opération commerciale est très rentable puisque ainsi, ils génèrent des visites supplémentaires en magasin, qui engendrent souvent davantage de profit par derrière. Votre retour en magasin est une occasion de ventes supplémentaires. Ne soyez donc pas dupe, et faites preuve de méfiance.

Le juteux commerce du végétal
Photo : Flickr

Exemple, vous rapportez votre plante agonisante, on vous la remplace, et cette fois en plus, on vous fait acheter l’engrais, le pesticide, les billes d’argiles, et tout ce qui doit normalement permettre un succès cette foi-ci ; Oui parce que c’est de votre faute, vous n’aviez pas investi dans l’équipement nécessaire, forcement, au début on évite d’en parler(pas de complications)ça indispose le client. Tout doit(sembler) être facile ;

– Pas de problème, ça pousse tout seul !!!

– Vous êtes sûr ? Parce que chez moi c’est peu lumineux, et puis j’veux pas arroser moi !

– Sans problème Monsieur, un petit verre d’eau de temps à autres quand vous y pensez !

Bref, tout est facile, tout est formidable, tout fleuri longtemps…. ! Mais oui, ce sont des plantes pour l’intérieur, on vous dit !

Moi, la nature me dit, et m’enseigne d’autres choses. Et la première chose que la nature me dit, que dis-je, me crie, c’est ; Je suis malheureuse en intérieur, j’étouffe !

Ici des oliviers agonisants après quelques mois passés dans l’ambiance sèche, et guindée du ministère des finances Allemand. Le mal du pays!
Photo : Wikipedia.org

Ces plantes d’origines souvent tropicales, ne sont pas d’intérieur du tout. Pas plus que le lapin n’est un animal de cage. Ce sont des plantes tropicales d’extérieur, qui vivent dans un biotope naturel, où il fait chaud et humide, et où la durée du jour est constante tout au long de l’année(pas de saison marquée). Chez nous, la majorité d’entre elles ne passent pas l’hiver dehors. On à donc pris l’habitude de les conserver à l’intérieur, et en situation abritée, parfois à l’année. En grande distribution, elles ne sont plus que des produits consommables, et jetables.

J’ai quand j’étais plus jeune, beaucoup apprécié l’ambiance jungle des serres de jardinerie. Pour le gamin citadin que je fut, c’était un peu le jardin botanique, et ça me plaisait. Aujourd’hui quand je passe au milieu de ces « plantes produits », je ne vois que des végétaux déjà condamnés, dont les 3/4 finiront au fond d’une benne, ou dans la poubelle chez un particulier. Tous ce gaspillage, de plantes, de temps, d’eau, d’engrais, et d’argent par les fenêtres ne m’inspire que tristesse, et dépit. Je ferais prochainement un guide pratique de « survie » en jardinerie afin d’aviser un peu mieux les consommateurs sur la réalité anti-écologique de ce business, et des pièges courants à éviter. Bref….

Jadis, c’était les rois, et les bourgeois qui collectionnaient des curiosités exotiques, tels qu’agrumes, palmiers, plantes grasses, et orchidées à vanille, dans de grandes vérandas bien exposées, appelées orangeries. On ne parle pas d’ici d’un intérieur ordinaire, mais bien d’une grande serre attenante à la demeure, certes, mais entièrement vitrée, chauffée en hiver, ventilée en été, bien exposée, et où les végétaux étaient choyés, et fertilisés régulièrement par des jardiniers, ou botanistes connaisseurs que l’on payait pour entretenir ces spécimens végétaux.

De nos jours, peu on la chance d’avoir une spacieuse véranda, ni les connaissances et les moyens d’entretenir ces plantes comme il le faudrait. Le temps nous manque beaucoup, alors que des végétaux maintenus en vie dans des conditions artificielles, sont dépendants de nos bons soins, et réclament une attention constante.

En jardinerie, j’étais prié de ne pas expliquer ces choses là ! On nous demandait de faire croire les clients à la facilité de culture, et d’entretien. J’ai personnellement tout fait pour éviter de participer à cette politique du chiffre, mais je reconnais que les clients préféraient le discours simpliste, inexacte, mais rassurant de certains collègues.

2 – Vérifiez la provenance, et le type de substrat

Les jardineries ne vont pas kiffer, mais tant pis, il faut que ça sorte !

Les tarifs de ces plantes est bien souvent exagéré par rapport aux difficultés réelles de production. Les pauvres plantes d’appartement, toutes espèces confondues, sont bouturées à grande échelle aux Pays-Bas, sous lumières artificielles, dans un terreaux universel classique, et biberonnées aux engrais chimiques. Elles sont vaporisées de pesticides avant d’être expédiées dans un emballage en plastique inutile, qui est systématiquement enlevé et jeté dès réception des végétaux.

Ce sont les plantes carnivores(photo), les plantes grasses, et les orchidées qui paient le plus lourd tribut de leur succès en jardinerie.
Photo : Commons.wikimedia.org

Finalement, pour des plantes qui ne devraient coûter que le prix du godet, et du terreau, nous payons les notes d’eau, d’engrais, de pesticides, et d’électricité de nos amis Hollandais, puis la facture du transporteur, puis la marge de la jardinerie.

Ça fait beaucoup, et quel mauvais impact environnemental ! Notre passion pour les plantes ne doit pas nous aveugler à ce sujet, ces commerces de plantes sont très néfastes, et pour l’environnement, et pour le budget, et pour l’emploi local. Sans rentrer dans des considérations politiques, je pense que ces types de marchés sont scandaleux.

D’un point de vue botanique du moins, c’est une aberration !

Ces plantes m’inspirent autant de pitié et de compassion que les poules en batterie. Biberonnées à outrance, et à heures fixes, elles ont beaucoup de mal à s’adapter à de nouvelles conditions. Pour résumer, les plantes Hollandaises, produites industriellement, n’ont bonne mine que très peu de temps. Nous disions parfois avec mauvais humour que de tels végétaux n’étaient garantis que jusqu’à la caisse.

Les petites plantes vertes ici des Alocasias d’Amazonie, sont faciles à produire mais coûtent pourtant très chères.
Photos : Wikipedia.org

En effet, sans prendre quelques précautions, qui sont bien sûr un peu contraignantes, vous aurez du mal à garder vos plantes sur le long terme, vous assisterez à leur agonie sans savoir exactement ce qu’il leur manque, ou ce qu’elles ont en trop.

Pour commencer, toujours rempoter une plante vendue comme plante d’intérieur, le terreau universel de production utilisé n’est pas adapté. Il est aux mieux passable pour une majorité de végétaux, sans être idéal pour aucun. Il faudra donc rempoter dans un terreau adapté à la plante, et souvent, drainer avec des billes d’argiles, ou mieux des graviers au fond du pot pour éviter les excès d’eau. Oubliez les caches pots, mignons, mais inadaptés pour planter directement un végétal, car non percés dessous.

Le classique Schefflera reçoit souvent trop d’eau, et un éclairage inapproprié.
Photo: Wikipédia.org

3 – Adopter une plante, n’est pas exposer un objet de déco

Beaucoup de clients faisaient cette erreur que les plantes ne pardonnent pas, ils voyaient le végétal comme un objet de consommation courante, une belle décoration que l’on peu placer là où bon nous semble, puis déplacer, au gré de nos humeurs, et caprices du moment. Les grasses matinées, et les vacances trois semaines dans le noir, aucune plante ne le tolère sans conséquences.

Pour faire simple, quand vous adoptez une plante que vous désirez garder en intérieur, il faut procéder en trois temps ;

  1. Renseignez vous au maximum sur la plante que vous désirez, et sur ces besoins réels, ne demandez surtout pas conseil aux vendeurs de jardinerie, encore moins à ceux de magasins qui n’ont aucun rapport avec le jardinage. Il vaut mieux être sûr de ce qu’on veut, et savoir exactement ce que l’on vient chercher. Anticipez, et soyez prévoyants par rapport aux besoins de la plante choisie (surface disponible, exposition, type de terreau, drainage, hygrométrie idéale, engrais). Tous ces éléments doivent être pris en compte avant l’acquisition de votre plante verte. Enfin, évitez les coups de cœur, renseignez vous d’abord avant de craquer. Pour les cadeaux, évitez les plantes vivantes, les3 /4 finissent à la poubelle en moins de 3 semaines, à moins que le cadeaux soit pour un connaisseur avisé. Dans le cas contraire, offrez plutôt un bouquet, ce sera moins dommage.
  2. Demandez vous ensuite si la plante ne pourrait pas finalement être plantée à l’extérieur. De nombreuse plantes vendues comme végétaux de salon, que l’on nous présente comme des annuelles, mais qui sont en réalité bien vivaces, peuvent s’adapter en extérieur, si toute fois votre région n’est pas sujette à des épisodes gélifs intenses, et prolongés. Les passiflores, certains palmiers, les bananiers, et beaucoup de plantes grasses, et cactées, supportent des froids vifs, si ils sont brefs, et que le sol est bien drainé. Ils souffrent un peu de la saison hivernale, et ont mauvaise mine au début du printemps, surtout la première année. Ils repartent cependant au printemps sans problèmes, et se gaillardisent même avec le temps.
  3. Si vraiment vous optez pour l’intérieur(perso j’ai laissé tomber), assurez vous que l’emplacement choisi soit adapté quant à la luminosité nécessaire à l’espèce, pensez à la ventilation pour les plantes grasses, et au contraire à maintenir une ambiance plus humide aux végétaux de sous-bois tropicaux(anthurium, hibiscus, philodendron, kentia, orchidées, et surtout plantes épiphytes). Une plante s’adapte lentement à son nouvel environnement, il ne faut donc ensuite plus la déplacer. Évitez lui du stress ! Faites vos boutures, vous économiserez beaucoup de sous(qui eux ne repoussent pas!), et obtiendrez des pieds plus vigoureux, et dont vous connaîtrez la qualité, et l’histoire.
  4. Les plantes qui sont produites en milieu contrôlé, ne connaissent pas la lumière violente du soleil, en jardinerie, où elles transitent, elles sont souvent sous serre froide, très lumineuse, mais sans soleil direct. Attention donc à la transition, ne placez pas de suite votre plante, même un cactus, derrière une baie vitrée exposée plein sud. La transition doit être douce, et donc très progressive. Idem si vous sortez vos plantes au jardin pour l’été, maintenez les de préférence à mi-ombre, et à l’abri des rayons brûlants de la mi-journée.

4 – Peu adaptables, mais pas jetables !

Pour conclure ma diatribe contre les jardineries, qui profitent du dépit du consommateur, habitué à voir dépérir ses plantes, et à les remplacer tous les 2 mois, quelques dernières recommandations.

Une orchidée en fin de floraison ? Poubelle ! Quelques feuilles qui jaunissent ? Allez hop, next ! Ce genre de comportement est pour moi insensé, les plantes se gardent des années, à condition d’accepter quelques aléas, et quelques précautions d’entretien :

  • Les plantes ont des périodes de croissance, alternées de périodes de floraison, par conséquent, ne vous débarrassez pas de vos plantes dès qu’elles n’ont plus de fleurs. La plupart ont un feuillage magnifique, et luxuriant, entretenez la jusqu’à sa prochaine floraison, même si cela peut parfois prendre quelques mois. Le jardinage implique de la patience!
  • Choisissez une plante dont le feuillage vous plaît, ainsi vous l’apprécierez en toute saison, avec ou sans ses fleurs
  • Nourrissez votre plante, en pot, les végétaux épuisent très vite les éléments nutritifs contenus dans le terreau. Souvenez vous qu’ils étaient habitués à recevoir de l’engrais à chaque arrosage. N’en faites pas autant, mais apportez un peu d’engrais organique une fois par mois est important.
  • Rempotez régulièrement vos plantes, tous les 2 ans en moyenne, les plantes nécessiteront un terreau bien régénéré, cela permet aussi de pouvoir conserver la plante plus longtemps dans son pot.
  • Taillez de temps à autres, les feuilles jaunissantes, les fleurs fanées, et les tiges sèches qui peuvent être supprimées à tout moment de l’année. Profitez en pour inspecter la plante et vérifier qu’il n’y aie pas d’insectes(acariens, cochenilles…)
  • Attention à l’eau d’arrosage, l’eau de ville, souvent très calcaire, et de surcroît chlorée n’est pas terrible pour les racines, le dépôt de calcaire sur les radicelles entraîne vite des chloroses qui sont ensuite délicates à résorber. Une astuce consiste à laisser l’eau de ville se décanter durant 24h, le temps que le chlore puisse s’évaporer, puis ajoutez-y 1 à 2 ml de vinaigre blanc par litre. Cette eau acidifiée empêchera que votre terreau soit saturé de calcaire, et facilitera l’assimilation des éléments nutritifs par vos plantes.
  • Vaporisez régulièrement vos plantes, avec de l’eau de pluie idéalement, sinon, optez pour l’eau déminéralisée, que vous coupez au vinaigre blanc(1ml/1L)
  • Ne sur-arrosez pas, une plante qui à soif, ce récupère bien plus facilement qu’une plante qui a eu trop d’eau. Les pots doivent bien sûr être percés, et le terreau ne doit pas être constamment trempé.
  • Pour finir, je déconseille les allées et venues intérieur/extérieur, d’une part ils provoquent beaucoup de stress pour la plante, et d’autre part, vous risquez de véhiculer les insectes nuisibles de dehors vers chez vous. Pour éviter ces infestations, il faut alors bien nettoyer la plante, la rempoter, la traiter, avant de pouvoir la rentrer pour l’hiver. Vous avouerez que c’est tout de même compliqué, même si ce n’est qu’une fois par an. Si vous en sortez beaucoup, bonjour les manips à l’automne.

J’ai personnellement renoncé à la culture des végétaux en intérieur, trop compliqué à gérer, demande d’engrais trop fréquents, atmosphère trop sèche en été, et mes chats adorés, qui me les défonçaient régulièrement, j’ai compris que les plantes étaient bien mieux dehors, et préfèrent me concentrer sur le bien être de celles-ci.

J’ai gardé 2 anthuriums, un jasmin de Madagascar, un chlérodendron , et un hoya, qui se montrent les plus vaillants dans ces conditions confinées, et hostiles d’une maison. Je les maintiens à bonne distance des félins, du coup ça va un peu mieux ! Je ne remplacerai pas ces plantes quand elles rendront l’âme, ce qui sera un soulagement important au niveau de l’entretien qu’elles demandent.

Je n’essaie de dissuader personne, je veux juste ici attirer l’attention sur d’une part la malhonnêteté des jardineries, l’impact écologique que représente la culture de plantes « d’intérieur », et d’autre part sur les implications en termes d’entretiens, et des frais liés au maintient de conditions vivables pour vos protégées. Je respecte les passionnés, dont j’ai fait partie, mais…..

Le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ?

Ben MASON

Publié par aj83250

Jardinier autonome, coach, et formateur en éco-jardinage, et en permaculture.

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