Jadis monnaie courante, la vente au poids, et au détail est tombée en désuétude durant le siècle dernier avec l’avènement de la grande distribution, et de la junkfood industrielle. De nos jours, le côté rassurant du bel emballage bien scellé est toujours très ancré dans nos habitudes, mais avec les difficultés économiques, et les préoccupations écologiques actuelles, l’emballage fait de plus en plus un effet épouvantail. Le commerce de produits en vrac, dans divers secteurs (alimentaire, cosmétique, bricolage, matériaux…) gagne du terrain, sous l’impulsion initiale de quelques start-up qui ont osés le pari, les grandes surfaces finissent par se mettre au pas. Préparez sachets, bocaux, et contenants, la solution vente en vrac est de retour. Les avantages sont nombreux, mais les inconvénients, et les pièges existent.

Explications.

Épices et denrées en vrac
Photo : Pixabay.com

1 – Le packaging nous emballe de moins en moins

Petit retour sur l’historique de l’emballage. Ce concept vieux comme le monde a pour fonction initiale de protéger, transporter, stocker, ou conserver un produit. Les premiers exemples de conditionnements datent de la préhistoire, et ont une fonction pratique logique.

L’emballage évolue drastiquement au 18ème siècle avec la découverte des méthodes de stérilisation à chaud, dans des contenants hermétique, l’humanité se dote de la boîte de conserve dès 1795.

Au 19ème siècle, le développement des villes se fait au détriment des campagnes, un exode rural important implique l’éloignement géographique des zones rurales de production, et les techniques s’adaptent afin de pouvoir transporter, et diffuser les denrées agricoles en ville.

Le 20ème siècle voit arriver les emballages plastiques. Léger, résistant, inerte, multiforme, le plastique s’impose dans tous les domaines : sacs et bouteilles en polyéthylène, barquettes et pots de yaourt en polystyrène, bidons, films plastiques, et Cie. La consommation globale de plastique est ainsi passée d’à peine 5 millions de tonnes dans les années 1950 à environ 100 millions de tonnes aujourd’hui. Le conditionnement devient donc une source de pollution importante, mais le coté pratique l’emporte alors sur les considérations environnementales.

De nos jours, partout dans le monde, l’emballage est le premier débouché des matières plastiques. En France cela représentait, en 2002, 39 % de la consommation de plastique, devant le bâtiment et l’automobile. Pour l’ Europe, ce taux est de 40 %.

Le plastique reste au premier rang de l’emballage en France, avec 34 % du marché, devant le papier carton.

Le plastic est la matière la plus utilisée pour l’emballage
Photo : Alimentarium.org

Ce succès est entretenu durant des années par des designs attrayants, et des fonctionnalités pratiques qui font du consommateur, un acheteur compulsif, on achète parce que c’est joli plus que par réel besoin, et ce dans bien des cas de figures.

Aujourd’hui, la tendance au suremballage diminue, d’avantage pour des raisons économiques, mais aussi pour beaucoup pour des motivations éthiques vis à vis de notre planète. Quoi qu’il en soit, l’ère du plastique à fait son temps, l’humanité cherche, trouve, et retrouve quelques alternatives.

2 – L’emballage se paie 3 fois

Les emballages, souvent détournés de leur fonction première de conditionnement, servent aujourd’hui d’avantage à inciter le client à consommer. L’emballage nous met à tort en confiance, puisque nous sommes souvent moins regardant sur la qualité du contenu, car trompé par la qualité apparente du contenant. Les marques s’affichent en gras, et en caractères graphiques tape à l’œil, les saloperies qu’elles commercialisent sont quand à elle quasiment indécelable pour l’œil humain. Il faudrait une loupe, et un lexique des produits et éléments chimiques pour pouvoir acheter un produit en toute objectivité. Nous le savons tous très bien, mais nous ne voulons souvent pas voir. Ce que nous ne voyons pas forcément non plus, c’est que nous payons nos emballage au moins trois fois :

  1. Nous payons notre emballage en caisse à l’achat du produit.
  2. Nous payons ensuite des sacs poubelles pour jeter immédiatement les emballages que l’on vient d’acheter.
  3. Nous payons les taxes d’ordures ménagères qui évidemment augmentent en fonction de la quantité de déchets produits, au 3 /4 par…de l’emballage, souvent inutile.
Vous reprendrez bien un peu d’emballage avec votre emballage !
Photo:E-rse.net

Enfin, il faut aussi prendre en compte les quantités, soit vous prenez en grand conditionnement, au quel cas, on vous fait cadeau de l’emballage, et vous pensez ainsi réaliser une économie, mais qui mènera souvent à du gaspillage car en fin de compte ça faisait trop. Soit vous prenez en conditionnement plus petit, vous payez l’emballage, vous ne gaspillez pas, pour cause, il n’y en avait juste pas assez. Il faut donc racheter un paquet supplémentaire, forcément ça fera trop, donc gaspillage, et achat de 2 emballages.

Le problème semble insoluble, pourtant, nous ne devrions pas avoir à payer des emballages volumineux, polluants, et inutiles. Cette prise de conscience mène évidemment au système de vente en vrac, remis au goût du jour par les écolos, mais aussi par les gens économes.

3 – Principe, et avantages du vrac

Le marché de vrac regroupe la vente de produits non préemballés, sans emballage jetable. On parle de quasi-vrac car certaines contraintes législatives ou d’hygiène ne permettent pas de proposer l’ensemble des produits pré-emballés que l’on trouve dans un commerce traditionnel. Le client apporte ses propres contenants, dont le poids est déduit à son arrivée en magasin, et il n’achète que ce dont il a réellement besoin.

Étalage de produits en vrac.
Photo:Sympatico.ca

Ce mode de vente et de consommation durable s’inscrit notamment dans le mouvement du zéro déchet qui se développe et se démocratise en France et dans le monde depuis quelques années. Plus globalement, il permet donc la diminution des déchets d’emballage jetables et du gaspillage alimentaire, mais aussi la création de liens sociaux et la redynamisation de l’économie au niveau local.

Mais il ne faut pas oublier que le vrac fait déja partie intégrante de notre vie quotidienne. Toutes les enseignes en proposent. L’achat de fruits et légumes chez un primeur ou au rayon fruit et légumes, ou l’achat de fromages chez un crémier-fromager, c’est aussi du vrac ! On parle alors de « vrac du frigo », celui qui concerne les produits frais. Grâce aux épiceries de vente quasi vrac ou d’un simple rayon vrac, on s’intéresse au « vrac du placard » alimentaire (secs) et non alimentaire (détergents, cosmétiques).

Les consommateurs se tournant vers le vrac sont soucieux de réduire leur empreinte écologique en réduisant les déchets liés aux emballages et en limitant au maximum le gaspillage alimentaire. C’est ainsi que les Français sont vigilants à 47% sur la quantité de déchets induits par leur mode de vie, et de consommation.

Le vrac dit « du placard », esthétique, et pratique
Photo:Televisiondumonde.be

Le vrac s’inscrit dans une tendance durable de consommation : consommer la juste quantité, et consommer mieux. Mais le modèle rencontre quelques limites à dépasser pour garantir la pérennité du marché.

4 – Les limites, et désavantages du vrac

Le vrac devient aussi un business, avec ses astuces propres pour atteindre l’objectif commercial qui reste de vendre, et générer des bénéfices. À ce titre, certains commerçants usent de subterfuges pour doper un peu les ventes. Les balances sont souvent intentionnellement ou non, imprécises, voire mal réglées. Bien souvent elles sont disposées un peu plus loin du rayon pour créer une contrainte d’allée et venue entre la balance, et le rayon, incitant ainsi le consommateur à se servir à la louche et au jugé. Prudence donc, surtout au début car nos habitudes de produits pré-pesés rendent difficile l’évaluation des quantités correspondantes, en vrac. Les sachets et contenants proposés sur place sont en outre souvent démesurés, créent de l’emballage, et incitent également à prendre plus qu’il n’en faudrait. Il est donc judicieux, et plus pratique de venir avec ses contenants personnels. Ce qui reste l’intérêt principal de la démarche, mais aussi une de ses contraintes, car encombrant, et plus lourd si l’on décide de bannir totalement les contenants plastiques. Beaucoup de points de vente profitent également de l’amalgame courant « Vrac=Bio », ce qui est loin d’être le cas.

Le rayon fruits-légumes c’est aussi du vrac
Photo:Lesoir.be

Ce mode de consommation implique donc un changement dans nos habitudes, ceci n’est absolument pas insurmontable, mais c’est une contrainte pendant quelques semaines, le temps de remplacer les anciennes habitudes par les nouvelles.

Il existe également des freins réglementaires importants sur certains produits. Tous ne sont pas accessibles à la vente en vrac, comme l’huile d’olive obligatoirement conditionnée par crainte du trafic de contrebande. Il est aussi impossible de vendre les produits tels que les AOP (Appellation d’Origine Protégée), les AOC (Appellation d’Origine Contrôlée) et les IGP (Indication Géographique Protégée). La législation impose le conditionnement de tels produits sur le lieu de production, là encore pour éviter les fraudes.

5 – Une structure pour développer le secteur vrac

Répondre aux problématiques rencontrées par la filière est le rôle de « Réseau Vrac » , une structure administrative qui permet la cohésion des 3 piliers qui soutiennent ce secteur :

LA RÉGLEMENTATION :

Il a la charge de clarifier, sécuriser et faire évoluer le cadre législatif en faveur du développement du vrac. La structure a d’ailleurs élaboré une formation aux « bonnes pratiques d’hygiène de la vente en vrac » complétée par un guide de travail. Celui-ci fait office de bible pour une bonne gestion des différents rayons vrac ;

-LES COMMERCES :

Il est important de favoriser l’ouverture et l’accroissement de commerces en vrac en accompagnant les actuelles et futures épiceries dans les différentes étapes de leur projet. « Réseau Vrac » a mis en place une formation spécifique sur le thème de « monter son projet d’épicerie vrac » .

-LES CONSOMMATEURS :

L’objectif est d’encourager les clients à faire leurs achats en vrac en les informant sur les pratiques à observer et en leur offrant une gamme large de produits pratiques et hygiéniques.

Pour conclure ce sujet, j’insiste sur le fait que la réduction des emballages passe avant tout par une prise de conscience de nos habitudes consuméristes occidentales, et par le changement significatif de celles-ci. L’objectif zéro déchets est un vœux pieux, mais la réduction au minimum de ceux-ci est déjà bien, chaque geste compte. La possibilité des achats en vrac est un outil efficace pour nous aider à atteindre ce but, et changer notre mode de consommation.

Encore faut-il le vouloir !

Rayon vrac, ne cherchez pas la balance, elle est souvent à l’autre bout du magasin.
Photo:Commons.wikimedia.org

Ben MASON

Publié par aj83250

Jardinier autonome, coach, et formateur en éco-jardinage, et en permaculture.

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2 commentaires

  1. D’accord avec le vrac. Mais attention, parfois les produits en vrac peuvent causer des allergies ou intolérances pour les personnes qui ont certaines soucis avec leur microbiote. Cela peut être dû à des levures ou autres …

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    1. Effectivement, il peut y avoir des intolérances, et allergies sur certains produits. Merci pour cette précision qui ne m’était pas venue à l’esprit spontanément.

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