Escargots et limaces ; Gestion du « problème » en permaculture

Photo : Pxhere.com

DOSSIER: temps de lecture 35 mn

Les gastéropodes(limaces, loches, escargots…)sont des animaux très actifs à l’automne, à la faveur des pluies, de journées plus fraîches, et d’une atmosphère plus humide. Ils posent plus de problèmes au printemps, période traditionnelle de la plus part des semis, lors de laquelle ils trouvent des conditions météo favorables, similaires à l’automne. Ces animaux peuvent vivre plusieurs années, et se reproduisent beaucoup, la plus part sont hermaphrodites, et peuvent donc se reproduire seuls. D’une résilience impressionnante, certains peuvent rester plusieurs mois en « repos », attendant une météo favorable à leurs petits raids nocturnes au potager, ou dans les massifs du jardin. Malgré les dégâts occasionnés, ces êtres gluants ont aussi un rôle important pour l’environnement, et sont indispensables à un écosystème sain, complet dans sa diversité. En plus de servir de repas à bien des animaux utiles, ils ont aussi une action fertilisante, et structurante pour les sols. Il existe également certaines espèces protégées par la loi pour des raisons environnementales. Cet article a pour objectif de vous permettre de mieux comprendre ces animaux, et ainsi limiter la casse au jardin sans sortir l’artillerie lourde.

1 – Limaces , loches, et escargots

Les escargots et les limaces se ressemblent beaucoup, même si les premiers ont une coquille, contrairement aux secondes. Ils appartiennent tous deux à la famille des mollusques (animaux au corps mou), ce sont des invertébrés comme les huîtres et les calmars.

Les mollusques sont présents dans le monde entier. Ils vivent sur la terre , dans les arbres, mais aussi en milieu aquatique. Certains passent l’hiver enfouis sous terre.

La plupart sont petits et de couleur sombre. Les escargots ont le corps enroulé dans leur coquille, qui les protège de la chaleur et des prédateurs. La coquille grandit avec l’escargot. Les limaces ont un corps rectiligne. Ces 2 mollusques ont sur la tête 2 longues cornes terminées par un œil.

Le terme Loche est un nom donné à certaines espèces de limaces de grande taille(plus de 10 cm de longueur), et qui ont la capacité de se contracter en demi-sphère lorsqu’elles sont menacées. Dans certaines régions le terme loche désigne tout simplement une limace.

L’escargot se différencie des limaces et des loches par sa coquille . Il sort lorsque l’humidité est suffisamment élevée accompagnée de températures douces. Il peut vivre entre 3 et 7 ans. Il est hermaphrodite, et pond ses œufs jusqu’à une fois par mois.

Son alimentation varie selon les espèces : plantes, détritus, cadavres, mais aussi proies qu’il peut chasser, et peut même faire preuve de cannibalisme.

L’escargot se différencie des limaces et des loches par sa coquille
Photo : Pixabay.com

La limace est facile à distinguer puisqu’elle n’a pas de coquille. Elles peuvent différer de tailles et coloris (orange, brun, noir…). Elles possèdent 4 tentacules comme l’escargot : deux pour les yeux, et deux capteurs olfactifs.

Animal vorace à sang froid elle se déplace principalement la nuit. Elle possède le même régime alimentaire que l’escargot, et sort seulement lorsque les conditions climatiques sont optimales pour elle (humide et doux). Hermaphrodite, la limace peut pondre jusqu’à 500 œufs qu’elle dépose dans un trou creusé dans la terre. Il lui arrive de parcourir jusqu’à 7 m par jour.

La limace, comme l’escargot, est un animal gourmand
Photo : Pixabay.com

Escargots, limaces et grosses loches prospèrent dès le printemps et jusqu’en octobre, ils sont des animaux nocturnes. En été ils sont presque invisibles dans les régions sèches, où ils attendent au frais des conditions météos idéales pour eux. En région plus humide ils seront actifs même en été, mais sorte surtout à la nuit tombée. Raison pour laquelle je déconseille les arrosages du soir. En arrosant ainsi, vous favoriserez, et faciliterez leurs allées et venues sur un terrain humide, et frais.

La loche désigne une grande limace
Photo : Commons.wikimedia.org

Les escargots résistent mieux à la sécheresse et aux prédateurs grâce à leur coquille. Ils peuvent se recroqueviller dans cette coquille, et en sceller l’accès hermétiquement grâce à un opercule.

Ils peuvent survivre ainsi pendant des mois, parfois des années. Et il n’est pas rare de les observer sur des murs exposés en plein soleil. Mais la plupart du temps, ils restent sur le sol, sous les feuilles ou même dans le sol, notamment en hiver.

2 – Rôles et services écologiques

Décomposeurs de la matière organique, travailleurs du sol, et repas exclusif d’animaux auxiliaires de culture, les mollusques ont un rôle clé dans l’écologie des milieux naturels, en forêt comme au potager. Tous les gastéropodes joueront un rôle fondamental dans l’équilibre du jardin.

La vie discrète des limaces mérite qu’on s’y intéresse un peu. Elles existent depuis 350 millions d’années, et sont une évolution de l’escargot terrestre, lui-même issu des mollusques marins. Le gastéropode, littéralement « estomac sur pied » en grec, entretient sa mauvaise réputation surtout à cause de ce qualificatif.
Les gastéropodes sont pour la vie du sol ce que les abeilles sont pour les plantes à fleurs: un chaînon capital de l’écosystème.

Cultiver avec les limaces peut sembler inconcevable… et pourtant, voici des applications intelligentes pour faire des limaces, des auxiliaires plutôt que des nuisibles. Chaque espèce de limace a son rôle bien précis dans un système biologique sain, et fonctionnel.
Limace léopard, jaune, orange, rouge, verte, noire, limace de mer, les espèces sont aussi nombreuses que celles des escargots. Les gastéropodes représente le groupe le plus diversifié après celui des insectes.

Jaune, orange, noire, verte, marron, les espèces de limaces sont nombreuses
Photo : Pxhere

L’écosystème des limaces est plutôt celui des forêts fraîches et humides alors que les escargots supportent des situations ensoleillées et sèches grâce à la protection que leur offre leur coquille. Pour comprendre leur mode de vie et leur alimentation, gardez à l’esprit que les limaces vivent dans la litière des forêts. Elles prolifèrent dans les zones humides, ombragées et boisées dans une litière et un substrat carboné à tendance calcaire. On peut dénombrer jusqu’à une quarantaine d’espèces dans une forêt de feuillus calcaire et moins d’une dizaine d’espèces dans une forêt de résineux au substrat acide. Le PH de l’eau compte également, les limaces préfèrent des eaux neutres à alcalines. Les escargots s’adaptent sur des sols humides à sec, plutôt calcaires, ils ont besoin d’un sol riche en calcium pour constituer leur coquille.

Les gastéropodes s’accommodent de micro habitats. On les trouve aussi dans les pelouses, sur les berges et sous les rochers. Le microclimat d’un terrain aussi petit que quelques mètres carrés prévaut à un climat régional, on parle aussi d’un micro habitat.

Plus vous reconstituerez l’univers d’une forêt, plus vous verrez évoluer la biodiversité de la faune de votre substrat.

Les plus grands facteurs de perturbation dans la répartition des populations de limaces sont dus à l’agriculture, notamment sous serres, qui invite des espèces méridionales et non-indigènes dont certaines sont devenues problématiques pour les activités humaines; mais aussi et surtout le déboisement massif au profit d’espaces ouverts, de champs, de jardins et de parcs. Ce sont souvent ces espèces méridionales invasives que vous retrouvez dans votre potager. Des œufs sont véhiculé dans le substrat des nouvelles plantes achetées en jardinerie. Le micro-habitat d’un potager urbain leur sont particulièrement favorables(moins de prédateurs).Tous les gastéropodes ont une fonction écologique importante en intervenant dans le contrôle de la végétation et dans le recyclage de la nécro-masse.

Le rôle majeur des limaces, et des gastéropodes en général, est de recycler la matière organique dès qu’elles tombe au sol, ce sont des décomposeurs. Ils aident à structurer le sol grâce à leur mucus et créent des galeries qui aérèrent et hydratent la terre. Elles agissent lors de la prolifération des végétaux en régulant les effets de compétition. On peut aussi comprendre que lorsque des conditions optimales sont réunies pour la prolifération d’un végétal ou d’un champignon, il y a une recrudescence de matière organique biodisponible à digérer. Elles accélèrent donc la circulation des nutriments et des minéraux dans le sol dans les conditions optimales. Les plantes ponctionnent ces nutriments dans le sol grâce à leurs racines, activent la production de chlorophylle et de sucres grâce à la photosynthèse, concentrent les minéraux dans leur sève. C’est pour cela que les limaces mangent des végétaux tout juste morts ou en phase de flétrissement, lorsqu’ils sont encore gorgés d’eau et de matières nutritives. Les repas des limaces se transforment ainsi en un paillis prédigéré pour les micro organismes, qui vont à leur tour les réintégrer dans le sol et ainsi l’enrichir.

Photo: Pixinio.com

Les limaces luttent surtout contre le développement de parasites et de pathogènes en mangeant la matière en décomposition avant leur état de putréfaction et d’oxydation au contact de l’oxygène.
Les gastéropodes sont capables de digérer la cellulose. La cellulose est un constituant végétal dans les plantes et les arbres ligneux, il est fibreux et spongieux. Seuls les champignons à mycélium brun et les gastéropodes sont capables de dégrader la cellulose. Soit ils la broient en petites quantités comme les limaces, soit ils la digèrent pour la transformer en carbone et en eau comme le font les champignons. Les gastéropodes peuvent donc aussi bien digérer du BRF(bois raméal fragmenté) humide, des arbres morts en décomposition, que du papier et du carton humide.

Les limaces interviennent aussi en forêt sur les souches en décomposition après la mycodigestion d’un mycélium blanc qui digère la lignine mais laisse la cellulose. Les spores des champignons, qui ne sont pas digérés par les limaces, prospèrent ainsi dans un substrat idéal pour leur germination: sucres, protéines, carbone, humidité et mucus antioxydant et antiseptique. Autant dire que la limace est la mère nourricière de la microflore de votre jardin. Limace, mycélium, sol vivant: cela forme un tout.

S’il n’y avait pas de limaces, la Terre serait une immonde poubelle, putride et nauséabonde, où la vie du sol serait mise à mal.

3 – Les limaces sont les intermédiaires entre la rhizosphère et la mycosphère.

La voracité des mollusques vient surtout du fait qu’ils consomment beaucoup d’énergie pour se déplacer et qu’ils nécessitent beaucoup d’eau pour sécréter leur mucus. Les limaces peuvent ingurgiter jusqu’à 50% de leur poids en un seul repas. Elles peuvent ensuite jeûner plusieurs jours. Elles parcourt en moyenne 3 m par jour à la quête de nourriture, au coucher du soleil ou pendant la nuit, jusqu’à l’aube.

Le régime alimentaire des limaces est varié mais elles sont majoritairement mycophages et détritivores. Elles adorent les champignons, algues, lichens, fleurs, fruits, graines, racines, tubercules riches en amidon, et les mousses forestières.

Les champignons sont très appréciés des limaces
Photo : Wikipedia.org

La logique même quand on sait qu’un champignon constitue un réservoir d’eau, de minéraux et de substances nutritives. Un champignon contient 90% d’eau, les lichens, les algues et les mousses peuvent emmagasiner jusqu’à 300 fois leur volume de poids sec en eau. Une laitue ou un radis sont composés à 95% d’eau et une pomme de terre à 80%. Cette eau est minéralisée par le végétal ou l’organisme fongique. Les plantes grasses sont souvent attaquées car elles aussi donnent à boire et à manger.

Les plantes grasses représentent un repas complet pour les gastéropodes
Photo: Pixabay.com


Les limaces ne sont d’ailleurs pas sensibles aux mycotoxines. Leurs sucs digestifs contiennent une protéine d’acides aminées qui leur permet de désinhiber les toxines des amanites(mortelles pour les mammifères).

Les limaces peuvent être ;

phytophages – mangeuses de feuilles, d’algues, de lichens. mycophages – mangeuses de champignons, de lichens
carnivores – mangeuses d’autres limaces, des vers de terre, d’autres invertébrés.
détritivores – mangeuses de déchets, de cadavres (nécrophages) et d’excréments.

Certaines sont exclusivement herbivores comme la fameuse petite limace grise des jardins mais elles ne se sont pas exclusivement attirées par un légume plutôt qu’un autre, elles s’adaptent, et ce au grand désarrois du jardinier.
Les grosses loches et les petites limaces grises consomment plutôt les plantes à la surface du sol et semblent attirées par des plantes déjà endommagées.

Contrairement aux clichés, leur alimentation est donc essentiellement constituée de petit bois tendre, de racines mortes, de feuilles mortes encore fraîches, de champignons, de lichens, de mousses et d’algues. Elles affectionnent surtout tous les détritus, les matières en décomposition, inertes ou mortes. Les limaces carnivores, mangent même leurs congénères. La limace pour lutter contre la limace, l’idée est plaisante.

Leur menu favori n’est donc pas la laitue sauf lorsque la matière carbonée et organique vient à manquer, comme les racines mortes des annuels dans le sol qu’il faut recycler pour rendre leurs éléments nutritifs de nouveau biodisponible. Tous compost frais aux effluves fermentées, fruitées, maltées et sucrées attirera les populations de limaces tout comme les restes d’un repas protéinés végétariens ou carnivores. Les deux tentacules du bas autour de leur bouche leur permettent de capter les composés volatils.

Les limaces ne produisent ni bile ni ferments digestifs pour digérer les aliments.

Le fonctionnement du foie des limaces s’apparente donc plus au fonctionnement d’un pancréas. Les ferments digestifs proviennent de la fermentation de la cellulose, qu’elles savent broyer, c’est ce qu’on appelle la fermentation diastasique.
Cette substance est fortement produite lors de la germination des céréales, notamment de l’orge, et lors de la fabrication de la bière. D’où cette attirance des limaces pour la bière et les produits maltés, ou toute jeune pousse.

Une substance produite lors de la fabrication de la bière, attire les limaces
Photo : Pinterest.com

Les brassicacées contiennent aussi des ferments naturellement présents dans la plante, ce qui est intéressant pour les mollusques en tous genres.

Les gastéropodes adorent les choux
Photo : aujardin.org

On comprend mieux ainsi l’appétence des limaces pour les plantules, les céréales, les choux et les radis, et le compost frais. Carottes, navets, moutarde, germe de blé ainsi prédigérés nourrissent la flore intestinale du sol et des micro organismes qui digèrent les sécrétions des limaces.

Les Gastéropodes sont généralement hermaphrodites. Les limaces passent le plus clair de leur temps sous terre. Elles y vivent, y mangent et y pondent. Elles y déposent environ 100 à 200 œufs jusqu’à 6 fois par an, soit 1200 petites limaces potentielles pondues par la limace. Les conditions d’humidité déterminent l’éclosion. Dans de bonnes conditions, les œufs éclosent en 15 jours. Mais en temps de sécheresse, ils peuvent rester au stade d’œufs pendant plusieurs années. Elles ne sortent en surface que 5 à 10% de leur temps.

Les escargots de Bourgogne sont friands des œufs de limaces.

4 – Les limaces en France

Les limaces des jardins (Arion hortensis)et les limaces grises sont herbivores polyphages: graminées fourragères, légumineuses fourragères, pois, colza, maïs, jeunes pousses de tournesol ou de courges, fraises, betteraves, carottes, radis, endives, salades, choux, tomates, pommes de terre et autres solanacées comme le tabac(tout y passe). Elles se déplacent très peu. Elles mangent surtout les parties tendres des feuilles entre les nervures (aspect dentelé) mais aussi les tubercules (petits trous). On les trouve sous les pierres, au pied des murs, sous les feuilles mortes. En période de sécheresse, les petites limaces vivent plutôt dans le sol et grignotent alors les parties souterraines des plantes ou les champignons poussant sur des végétaux en décomposition.

Arion hortensis
Photo : Habitas.org.uk

Elles pondent une à deux fois par an, au printemps et à l’automne, environ 300 œufs par ponte. C’est une excellente option pour le compost car elles ne se déplaceront pas si elles trouvent à manger sur place.

Les limaces rouges (Arion rufus )sont herbivoresmycophages et carnivores. Elles sont présentes dans les forêts et les bois humides. C’est une bonne espèce pour activer le compost

Arion rufus
Photo : Wikipedia.org

Les limaces tigrées  (Limax cinereoniger)se nourrissent d’algues, de champignons et de racines mortes, de bois morts. Elles vivent surtout en forêt (feuillus, et conifères). 

Limax cinereoniger
Photo : Wikipedia.org

Les limaces léopard  (Limax maximus)se nourrissent de végétation tendre comme les plantes mortes ou fanées, les champignons, la mousse, le bois mort, les vers, les racines ainsi que leurs propres congénères lorsqu’ils sont morts. Leur vie dure deux à trois ans. Elles sont essentielles à l’équilibre de votre potager et sont en plus esthétiques. Cette espèce est protégée.

Limax maximus
Photo : Brian Gratwicke Flickr.com

Les limaces noires (Arion ater )sont essentiellement mycophages et détritivores, elles mangent aussi les cadavres d’insectes et de mollusques, les excréments, les plantes pourries ou fraîches. Elles sont très communes sur les chemins forestiers ou dans les fossés, notamment sous les feuillus. Elles sont essentielles pour gérer la nécro-masse. d’un verger. Ce sont d’excellentes composteuses pour recycler la matière des toilettes sèches ou déchets de cuisine avec viande.

Arion ater
Photo/ Commons.wikimedia.org

5 – Le mucus, un élément indispensable au sol

Le mucus est un lubrifiant issu d’une glande dans le pied des gastéropodes qui est principalement composé d’eau. Cette matière organique visqueuse est composée d’eau essentiellement, de sucre, et de protéines, qui vont permettre au sol de s’agglomérer; il est élastique, il se contracte en séchant et s’étire en s’hydratant. Le mucus des gastéropodes, mais aussi toutes les substances agglomérantes des lombrics, garantissent l’équilibre du complexe argilo-humique qui maintient liés, l’argile, les limons et l’humus. Ainsi, cette matière gluante à un rôle important dans la structuration du sol, et semble être en lien étroit avec la proportion de silice dans le sol. Le mucus et les excréments des limaces sont donc essentiels à la bonne santé de votre potager, notamment pour nourrir la vie du sol et activer la régénération de la matière organique.

Cette matière gluante à un rôle important dans la structuration du sol
Photo : Maxpixel.net

Le mucus a des vertus médicinales, anticoagulantes et cicatrisantes pour les plantes grignotées, (film protecteur sur la blessure) le dépôt simultané pendant le grignotage empêche l’oxydation de la plante par l’oxygène et empêche l’hémorragie de sève le temps que la plante cicatrise. Il est en outre hydrofuge!
Qui a déjà essayé de se laver les mains à l’eau après avoir manipuler des limaces le sait bien. Rien de plus gluant, une horreur ! Impossible à laver sans se frotter avec de la terre, ou du sable.

Le mucus des limaces a été utilisé jadis en médecine pour réaliser des sirops contre la toux. Ils contiennent aussi des éléments chimiques qui permettent aux gastéropodes de trouver le chemin des repas mais qui sont extrêmement désagréables pour les prédateurs, parfois toxique lorsqu’il contient des résidus de toxines des champignons ingurgités ou des restes qui auraient adhéré à son pied.

Le mucus des escargots est un peu différent:  il est hydratant, reconstituant cellulaire et cicatrisant (collagène)- mais pas collant : la peau l’absorbe sans résidus collants.

Le mucus de l’escargot est hydratant, reconstituant cellulaire et cicatrisant (collagène)
Photo : Pxhere.com

6 – La bio-indication des gastéropodes

Les Limaces, et les gastéropodes en général sont des organismes bio-indicateurs de l’équilibre de la matière organique. Lorsque la biodiversité entre la faune, la flore et les champignons est respecté au jardin, les gastéropodes font alors partie d’une chaîne alimentaire saine, et leur population se régule, même sur une butte. 

Toutes les limaces sont mycophages et détritivores avant atout. Elles ne s’intéressent aux plantes chlorophylliennes que lorsqu’elles sont faibles, stressées, fanées, malades, ou aux jeunes pousses. Les composées volatils que les plantes émettent en situation de stress attirent ces éboueuses. Le grignotage des jeunes plants stimule leur croissance et la ramification; Une taille naturelle de vos plantes pour qu’elles ramifient, c’est le rôle des herbivores, des chevreuils et des gastéropodes.

Sur les buttes, laitues, radis, basilic et autres plantes chlorophylliennes se portent très bien et seules les feuilles abîmées et nécrosées traînant sur le sol sont grignotées. Elles préfèrent grimper sur les bâtons, les écorces de bois recouvert de lichens, déguster les fibres, grignoter l’herbe germée des céréales sauvages de la butte, broyer les copeaux de bois.

Invasion de limace
Photo : Linternaute.fr

Si votre jardin est envahi de limaces en surface, et que tous vos légumes feuilles ou racines sont dévorés, cela peut témoigner de:

un manque de matière en décomposition à grignoter, ce qui est souvent le cas des jardins trop bien rangés et désherbés. Les limaces se rabattent donc sur vos plantes vertes.
– un manque de matière organique en décomposition dans le sol. Là aussi, souvent provoqué par un jardinier trop maniaque qui arrache toutes les herbes avec les racines dont se nourrissent normalement les limaces.
– un excès de matière en décomposition en surface ou d’humidité, qui les attirent au point de noyer leur odorat entre plantes en fermentation et plantes vertes en pleine santé.
– votre végétation est stressée, malades ou infectée. coupes, tailles et tontes excessives.
– une humidité excessive du substrat, comme dans les serres.
– une faible richesse fongique de votre sol, aliment préféré des limaces.

– une faible biodiversité des organismes fongiques (champignons), lichéniques (lichens) et bryophytes (mousses).
– il s’agit bien souvent aussi d’un manque de faune sauvage pour les réguler comme les oiseaux, les petits mammifères, reptiles, et amphibiens. Dans les serres toutes les musaraignes et campagnols sont généralement chassés. Limaces ou campagnols ? À vous de choisir.

Solutions:

Si vos limaces mangent vos cultures, c’est qu’elles sont affamées et assoiffées.

-Donnez à manger à vos limaces et laissez une coupelle d’eau.

-Réintégrez des lichens, des champignons, des déchets verts de fruits et de légumes, surtout de brassicacées. Ces détritus alimenteront les limaces qui ne seront pas obligées de se rabattre sur vos plantes.

-Autre astuce pendant les semis, vous pouvez opter pour des litières répulsives. Mais aussi de barrières coupe-faim: semez une graminée ou des pois tout autour de vos buttes, zones potagères etc, pour qu’elles disposent de nourriture sans avoir à aller toucher aux plantules.

-Faites un paillis répulsifs de fougère aigle, de sciure de robinier ou de feuilles vertes de chêne, ou les 3 selon ressources disponibles.

En retour, elles fournissent de la matière organique, des fertilisants, de la glomérine, équilibrent le PH du sol, créent de l’humus, des galeries dans votre butte, elles mangent les racines des annuelles mortes qui libèrent le place pour les nouvelles générations.

Elles permettront à la flore fongique de venir recoloniser votre sol dans les années à venir. Les effets positifs sont réels et nombreux.

Observez aussi la diversité de vos limaces. Si un seul type de limace est présent, regardez son régime alimentaire, il vous donnera une idée des excès et des carences dans votre sol. Si vous avez trop de limaces herbivores en surface, rééquilibrez le rapport matière organique carbone/azote, votre potager est sûrement trop riche en azote. Apportez des matières organiques animales et carbonées, des plantes vivaces, des arbustes fruitiers, des plantes sauvages au système racinaire superficiel. Prélevez aussi des limaces détritivores et carnivores en forêt.

Si les escargots sont peu nombreux, votre terrain ou vos végétaux manquent de calcium, élément essentiel pour constituer et épaissir leur coquille, au départ fine, et translucide.

Jeune escargot à la coquille fine, et translucide
Photo : Pixabay.com

7 – Les prédateurs naturels

Ce sont les oiseaux, les carabes, les staphylins, les orvets, les serpents, les lézards, les salamandres, les grenouilles, les hérissons, les araignées, les nématodes.

Vous pouvez aussi nourrir les oies, les canards, les poules, les hérissons et les crapauds de la marre. Les poules picorent les limaces et les déchiquettent lorsqu’elles ne trouvent pas de vers. Elles sont de redoutables prédatrices, elles peuvent tuer des souris, des orvets et même s’organiser en meute pour chasser et tuer un serpent. 

Les lézards mangent les œufs de limaces; des pierres stratégiquement placées ont donc double fonction: un abri pour les limaces, un solarium pour les lézards. Les carabes dévorent les cadavres de limaces. Le hérisson et le crapaud restent sûrement les animaux les plus aptes à réguler les limaces, car leur habitat et leur rythme de vie coïncident avec celui des limaces: ils sortent à l’aube, au crépuscule et chasse durant la nuit.
Les vers luisants, les carabes, les sylphides et coléoptères dégustent des dizaines de gastéropodes, escargots et limaces par nuit.

En design, concevez des allées et des bosquets secs ou humides pour canaliser les déplacements des limaces: les allées et les chemins de bois, de pierres ou des planches sont idéales. Vous pouvez les inviter à rester dans une zone donnée, ombragée et humide du jardin, dans lequel vous laisserez herbes folles, astéracées et brassicacées sauvages, plantes à grandes feuilles, mousses et compost. Limitez l’accès à d’autres zones par des allées ou des plages de sable sur lequel elles ne peuvent pas glisser.

Installez aussi des nichoirs, hôtels à insectes, haies comestibles, et une marre qui accueilleront oiseaux, carabes, hérissons, batraciens, et reptiles qui réguleront la population des mollusques. Ils trouveront ainsi refuge, eau et nourriture pour s’installer durablement.

Pensez à installer des pierres, du BRF, du compost qui fournira une nourriture idéale aux limaces, plutôt que vos jeunes pousses.

Plantez des annuelles dans votre verger et des massifs de graminées sauvages, les gourmandes pourront ainsi se nourrir de leurs racines et améliorer la biomasse carbone de votre sol tout en l’aérant et facilitant le drainage. Au verger, les limaces, escargots, et vers de terre ont le même rôle et seront donc les bienvenus. Vous pouvez même les ramasser sous les planches qui les abritent pour les mettre dans un composteur spécialement dédié aux limaces.

8 – À l’image du lombricompost, adoptez le « gastéro-compost »

Bien sûr, nourrir les limaces plutôt que de les éliminer peut paraître insensé mais pourtant, voici des applications biodynamiques, et atypiques au potager pour cultiver avec les limaces et les escargots. La clé: nourrissez vos limaces, non vous ne rêvez pas ! À chaque limace sa besogne! Renoncez à la lutte contre les mollusques.

Les limaces fournissent une nourriture essentielle aux mousses, aux lichens et aux micro-organismes qui se nourrissent de leur mucus et de leur déjections.

La limace décompose divers matières organiques, parfois toxiques, elle contribue à la formation de l’humus
Photo : Wikipedia.org

Les gastéropodes, limaces et escargots, sont générateurs d’humus, comme les vers de terre.
Les vers de terre sont très sensibles et ne colonisent que les terres argileuses déjà bien équilibrée. Le travaille fait en amont par les mollusques favorisera le retour des lombrics.

Les escargots colonisent les espaces verts et s’adaptent à peu près à tous les écosystèmes dès qu’il y a un peu d’ombre et d’humidité. Lors d’un incendie en forêt, ils sont les premiers à décomposer la matière morte, les cadavres et les jeunes pousses végétales, permettant à la matière organique d’être recycler.

Photo : Flickr.com

Les limaces noires, entre autres, se nourrissent de détritus, de cadavres et de déjections.

Les limaces rouges, marrons et tigrées décomposent les sous-bois, feuilles, champignons, organismes inertes; elles peuvent être carnivores.

Les limaces tigrées peuvent être prédatrices.

Les limaces blanches, grises et beiges sont herbivores, elles décomposent la matière végétale, notamment la cellulose. Elles permettent ainsi à la nécro-masse. d’être digérée rapidement à tous les stades avant de pourrir et que les bactéries « pathogènes » ne se développent et ne s’attaquent aux plantes saines.

Limace léopard
Photo : Pixabay.com

Les limaces limitent efficacement la propagation des pourritures dans les milieux à forte humidité, comme le mildiou, l’oïdium, la pourriture des framboisiers ou des tomates.

J’espère qu’à présent vous regarderez ces animaux d’un œil nouveau, et que vous renoncerez à leur extermination, notamment avec ces maudits granulés bleus, qui rappelons-le empoisonnent aussi le reste de la chaîne alimentaire(hérissons, lézards, oiseaux, etc.).

Ben. MASON

Publié par aj83250

Jardinier autonome, coach, et formateur en éco-jardinage, et en permaculture.

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4 commentaires

  1. Merci pour cette visite passionnante dans le monde des gastéropodes ! Je ne regarderai plus jamais les limaces comme avant. Autant j’admire et protège les escargots, autant les limaces m’inspirent du dégoût. Pas au point de leur faire du mal. Nous n’en sommes pas envahis mais quand j’en trouve dans le potager ou au pied des hostas, je les transporte dans la forêt. Peut-être devrais-je les expédier plutôt dans le compost…

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour votre lecture, effectivement, les limaces n’ont pas le charme du coquillage et sont donc souvent moins bien considérée que l’escargot, et pourtant elles bossent. Au compost, les espèces qui s’y plairont feront une très bonne activation pour celui-ci. En laissant un peu de déchets de tailles, ou des feuilles en décomposition au pied des cultures empêcheront souvent qu’elles s’en prennent aux plantes cultivée, même si parfois il y a des grappillage sur les jeunes plants. Personnellement je plante toujours un peu plus que nécessaire en prévision des ravageurs.
      Bonne soirée
      Benjamin

      Aimé par 1 personne

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