J’ai déjà pu évoquer dans de précédents articles l’importance de protéger, et nourrir le sol. Le paillage permanent, la culture d’engrais verts, et un bon compostage de surface sont les clés pour favoriser la vie du sol, et la préserver.

Cet article a pour but de présenter les organismes à l’œuvre dans la terre, afin de mieux comprendre le fonctionnement général du sol, qui représente un écosystème complexe à part entière. Souvent vu comme une matière inerte, la terre est au contraire un vrai réservoir de diversité dans cette microbiologie qu’elle contient. Les organismes visibles en surface ne constituent qu’une part minime de la vie évoluant dans le sol. Les micro-organismes, tels que microbes, bactéries, organismes fongiques, et amibes, longtemps restés cachés à notre connaissance, s’avèrent être d’une importance biologique indispensable à un sol en bonne santé.

Photo: Aupresdemonarbre.org

1 – L’arbre, pilier du sol vivant

L’Europe était à l’origine couverte de forêts à 90 %. Pendant des milliers d’années la terre était fertile, et les arbres ont poussés tout seuls sans qu’aucune intervention humaine ne soit nécessaire. Au contraire, nous pouvons constaté que c’est depuis que l’humanité a entrepris « d’aider la nature » que tout le système s’est détraqué. Les forêts primaires tels que l’Amazonie, ou la forêt vierge Indonésienne sont des écosystèmes qui perdurent depuis des millions d’années sans n’avoir reçus aucune goutte d’engrais. Alors comment ça marche ?

L’arbre est en fait au centre de ce système biologique du sol. En poussant, il produit de la biomasse, feuilles, fleurs, fruits, tiges, et branches, qui finissent par vieillir, dépérir, et tomber au sol.

Ces déchets organiques végétaux vont servir de nourriture à la faune dite épigée, qui évolue en surface du sol. Ceux ci sont des organismes décomposeurs, ils entament le travail de décomposition, notamment sur le bois. Cette faune épigée va produire des excréments qui constituent un concentré d’éléments organiques très fins qui permettent le développement des champignons basidiomycètes qui sont les seuls organismes à pouvoir dégrader la lignine, en décomposant les déjections des organismes épigés, ils produisent l’humus.

Le processus de fabrication est un phénomène qui se produit exclusivement en surface, raison pour laquelle le laboure est le premier geste responsable de la dégradation des sols. Cette méthode ancestrale a pour effet d’enfouir la faune épigée, et aérobie(nécessitant de l’oxygène), et de faire remonter les organismes anaérobies du sous-sol, à la surface.

Les arbres quant à eux sont biologiquement adaptés à un système de sol vivant. Ils possèdent la faculté d’un double enracinement. Il existe un enracinement dit pilier, ou pivot, racine verticale qui permet son ancrage. Il plonge jusqu’à se heurter à la roche mère. Si celle-ci est fissurée, l’arbre peut poursuivre son « forage » racinaire (jusqu’à 150mètres sous chêne). Il participe ainsi à l’acheminement de l’eau de pluie jusqu’aux cavités souterraines. Les racines évoluant à cette profondeur, en milieu minéral, sécrètent des acides pour attaquer la roche, et produit ainsi de l’argile. Il existe des organismes qui dégradent les racines mortes, même à cette profondeur. C’est la faune endogée.

L’arbre est le pilier de l’écosystème du sol
Photo : onf.fr

Le second enracinement est horizontal, il se développe sous l’humus dans les premières couches peu profondes du sol. Ils racinent ainsi car leur racines sont situés juste en dessous de la matière organique, transformée en humus durant l’hiver par les champignons. Ainsi au printemps, à la faveur de la hausse des températures, les bactéries se développent, et minéralisent cet humus, produisant nitrates, et phosphates. Sans les racines agissant comme filtre, les éléments minéraux seraient lessivés, et pollueraient les nappes phréatiques. Au lieu de ça, ces élément nutritifs sont assimilés par les arbres qui croissent et produisent à nouveau de la biomasse. Ce système naturel du sol vivant est donc un cycle fermé. C’est pour cette raison que les nappes phréatiques situées sous les forêts sont propres.

2 – Le vers de terre, acteur indispensable au complexe argilo-humique

Nous l’avons vu, l’humus est produit en surface par l’action des champignons, et de la faune épigée qui travaille et aère le sol en surface. L’argile quant à elle est produite en profondeur par les racines pivots, qui sont à leur tour dégradées par la faune endogée qui travaille les couches profondes du sol. Il faut donc un troisième maillon qui fasse la navette entre la surface et le sous sol. Ce sont les vers de terre qui assurent à merveille cette fonction en creusant des galeries qui aèrent le sol, et leur permettent de monter en surface se nourrir d’humus qu’ils ramènent au fond. Ils digèrent et lient argiles et humus qu’ils déposent en surface sous forme de turricules.

Les lombrics sont les artisans principaux du complexe argilo-humique
Photo : Pronatura.ch

Ce sont donc eux qui créent la terre fertile, le fameux complexe agilo-humique. De plus, il remontent en surface divers éléments minéraux tels que potasse, phosphore, calcium et magnésies, et participent donc eux aussi à éviter la pollution des nappes phréatiques. La population Française de vers de terre est passé de 2 tonnes à l’hectare dans les années 50, à moins de 100 kilos de nos jours. Leur disparition accélère la dégénérescence des sols, et la pollution des nappes phréatiques.

3 – Amibes, bactéries & CIE

Dans les cycles nutritifs, les bactéries du sol sont impliquées dans la décomposition de la matière organique, formant l’humus et libérant des nutriments disponibles pour les plantes. Elles jouent un rôle clé dans la minéralisation des matières organiques. Certaines sont même capables de décomposer des biopolymères complexes comme la cellulose ou la chitine (constituant de l’exosquelette des insectes et de la paroi des cellules de champignons).

En association symbiotique avec les plantes : Certaines bactéries comme les Rhizobium forment des nodules fixateurs d’azote au niveau des racines des légumineuses(fabacées) : soja, pois, trèfle, luzerne, haricot… Cette association favorise la croissance des plantes dans les sols pauvres en azote.

Le rhizobium
Photo : Commons.wikimedia.org

Les amibes sont des organismes protozoaires, plus grosses que les bactéries elles sont capables d’absorber celles-ci, régulant la population de bactérie, libérant ainsi de l’azote dans le sol.

Les nématodes sont des micro-organismes qui peuvent être parasite d’autres organismes, soit vivre de façon autonome sans nécessité d’organisme hôte.

Les arthropodes, souvent mal-vus au jardin à cause des dégâts qu’ils occasionnent aux racines, les taupins, noctuelles, et vers blanc sont pourtant indispensables à la bonne circulation des matières organiques.

Les algues, et micro-algues jouent un rôle important dans le processus de minéralisation de l’humus.

Les mycorhizes donnent le phosphore aux plantes, et certaines bactéries apportent le sucre.

Les mycorhizes sont des organismes fongiques qui fonctionnent en symbiose avec les racines des végétaux
Illustration : Ici.radio-canada.ca

Tous ces micro-organismes révélés par les progrès de la science, nous montrent à quel point le sol est un système fragile, et complexe. Nos lointains ancêtres, qui ont entrepris le déboisement, et initié le labour, ignoraient ces choses là, et nous ont légué des traditions agricoles erronées, qui sont aujourd’hui perpétuées uniquement parce que des lobbies chimiques comme Bayer-Monsanto, font tout leur possible pour freiner les recherches scientifiques sur la microbiologie des sols.

En France, l’INRA ne veut rien savoir et refuse de faire de la place à ce type d’études, qui pourtant existaient à l’époque. Seuls Monsieur Claude Bourguignon, et son épouse Lydia Bourguignon étudient sérieusement la question, et sont les références Françaises en la matière. Tous deux se sont désolidarisés de l’INRA, afin de pouvoir travailler de manière indépendante sur la question de la vie du sol, et ont créés leur propre laboratoire d’analyse de la micro-biologie du sol(LAMS). J’invite tout le monde à s’intéresser à leurs précieux travaux.

J’espère que les générations futures intégreront l’enjeu important de la compréhension, et du respect de la terre en tant qu’organisme vivant.

Un sol vivant n’est jamais nu, les végétaux le protègent, et le nourrissent
Photo : Pixabay.com

Ben. MASON

Publié par aj83250

Jardinier autonome, coach, et formateur en éco-jardinage, et en permaculture.

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2 commentaires

  1. Petite note d’espoir : dans ma campagne labourée à outrance (pour la culture du maïs qui nourrira les pauvres vaches laitières qui sortent de moins en moins de leurs étables), on commence à voir des champs d’engrais verts. Espérons que ce n’est qu’un début !

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour votre lecture,
      Les gens changent progressivement d’approche, les gens qui se mettent au jardinage sont facile à convaincre, les jeunes notamment sont très demandeurs d’un retour aux méthodes naturelles. Le plus compliqué est de changer les vieilles habitudes prises depuis de nombreuses années. Mais de plus en plus de jardiniers conventionnels font l’effort de modifier leurs méthodes. L’espoir est permis, sans aucun doute!
      Bonne soirée
      Benjamin

      Aimé par 1 personne

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