Après le cannabis dit CBD, au taux de THC(substance active) très bas, passé en force malgré son autorisation d’un point de vue juridique Européen, c’est au tour du cannabis à usage thérapeutique d’être enfin pris en considération par les autorités Françaises. Le statut légal du CBD n’étant même pas encore clairement défini dans notre pays, c’est à présent le corps médical qui vient donner un coup de pouce à la décriminalisation de cette plante controversée. La France vient d’approuver un texte qui ouvre la voie à l’usage médical du chanvre. La vieille France ronchonne et traîne la patte, pourtant cette plante injustement diabolisée malgré les nombreux services qu’elle a rendue à l’humanité, retrouve progressivement ses lettres de noblesse. L’épouvantail de la drogue douce qui mène inévitablement au crime, et à la toxicomanie ne marche plus. La fin de l’hypocrisie est-elle pour bientôt ? Autonomie Jardin revient sur l’histoire plurimillénaire du cannabis, et sur 50 ans de prohibition qui n’ont fait que de populariser le produit, et générer des trafics, avec toute la criminalité que cela implique.

Illustration : Wikipedia.org

1 – Il était une fois… une plante !

Le chanvre est connu des hommes depuis plusieurs millier d’années, il fut utilisé comme nourriture, la graine étant extrêmement nutritive(32 % de glucides dont 83 % de fibres, 32 % de lipides et 23 % de protéines, sources des 8 acides aminés essentiels), comme médicament de par ses propriétés relaxantes et analgésiques, comme textile car sa fibre fait partie des plus solides que compte le règne végétal. Les voiles des bateaux anciens, qui ont permis notamment aux hommes de traverser les océans étaient faites de chanvre, les cordages, et des vêtements ont longtemps été fabriqués à partir de cette matière isolante, et solide. De nos jours, l’industrie textile revient un peu au chanvre, et les entreprises du bâtiment l’utilisent de plus en plus pour ses capacités d’isolation exceptionnelles. Si les anciens Chinois ont appris à utiliser pratiquement toutes les parties de la plante de cannabis, c’est plus en Inde que la consommation de cannabis a été largement diffusée, à la fois comme médicament et comme drogue récréative. Cette large utilisation peut être due au fait que le cannabis a maintenu une association étroite avec la religion hindouiste qui attribuait des vertus sacrées à la plante durant l’Antiquité. Les Romains et les Grecs connaissaient le chanvre par le biais des échanges avec les Égyptiens. Ceux-ci leurs transmirent l’usage. Ils apprirent alors à fabriquer cordes, tissus et voiles de bateaux. Ainsi, au cours de l’Antiquité, sur le pourtour méditerranéen, on trouva de nombreuses cultures de chanvre. Pour les Romains, le chanvre était vraiment le nerf de la guerre et revêtait une importance stratégique.

2700 avant J-C : Le cannabis apparaît dans des écrits chinois. Selon la légende, l’Empereur chinois Shen Nung aurait découvert les capacités de guérison de la plante, notamment pour le traitement des rhumatismes, de la malaria ou de la distraction. On retrouve d’autres traces écrites 1000 ans plus tard concernant le traitement des diarrhées, de la dysenterie et pour stimuler l’appétit.

1532 : Le physicien français Rabelais mentionne les vertus médicinales de cette plante dans « La vie de Gargantua et Pantagruel ». Il l’appelle alors l’herbe Pantagruelion.

1798 :Napoléon, à son retour de la campagne d’Égypte interdit l’usage du cannabis qu’il associe aux sectes assassines de l’Afrique du nord(Haschischins). L’usage récréatif se popularise en France à la même période.

Au 19ème siècle, période ou l’opium est un produit parfaitement légal, le cannabis ne connaîtra pas de mesures restrictives particulières. En outre, il est alors moins populaire que les opiacées très addictives.

2 – Diabolisé à l’initiative des États-Unis

1910 : La révolution Mexicaine provoque le départ vers les États-Unis de milliers de migrants. Ils apportent avec eux une culture plus établie de l’usage récréatif de la marijuana. Après 1910, les histoires infondées d’immigrants Mexicains perpétuant des crimes violents sous l’empire de l’herbe deviennent courant aux U.S.A.

1916 : La France décrète officiellement que le cannabis est une herbe vénéneuse.

1931 : Stimulé par la Grande Dépression et le chômage massif contextuel, le ressentiment des immigrés mexicains (et l’usage de cannabis) augmente. Les « recherches » d’alors relient l’usage de la marijuana à la violence et aux comportements criminels. Les criminels identifiés appartiennent souvent aux classes défavorisées et aux communautés alors appelées « racialement inférieures ».

1936 : Sortie du film de propagande anti-marijuana Reefer Madness . Le film suit un groupe d’étudiants embarqués dans des situations improbables à cause de la fumette : hit-and-run, homicide, viol… Les conséquences de la fumette y sont largement exagérées.

1937 : Ignorant les recommandations de l’Association Médicale Américaine, le Congrès Américain fait passer le Marijuana Tax Act, qui pose de sévères restrictions à la prescription et la vente de marijuana. La majorité des entreprises pharmaceutiques américaines stoppent leur production de médicaments à base de cannabis, qui devient illégal aux États-Unis. La campagne d’interdiction est incarnée par le Bureau Fédéral des Narcotiques, et son directeur, Harry J. Anslinger.

1942 : Le cannabis est supprimé de la Pharmacopée officielle Américaine, aux raisons qu’il serait addictif et nocif.

1944 : L’Académie de Médecine de New York publie un rapport, le « La Guardia Committee », et constate que la marijuana n’engendre ni folie, ni violence, et encore moins de l’addiction, pas plus qu’il ne mène vers d’autres drogues plus fortes. Anslinger remet en cause la portée scientifique du document, et prétend que la « dégénérescence hollywoodienne » a commandité le rapport. Plusieurs opérations d’infiltrations à Hollywood conduisent aux arrestations d’acteurs fumeurs, et Anslinger contrôle désormais la manière dont Hollywood dépeint la marijuana dans ses films, c’est à dire sous un aspect très négatif.

1967 : Les hippies, aussi bien que des médias comme « Life », se demandent pourquoi la marijuana est illégale. Dans le même temps, les arrestations liées au cannabis se multiplient. Le coté marginal et baroudeur du hippie servira grandement les partisans de son interdiction pure et simple.

1968 : Richard Nixon, élu président, promet de rétablir l’ordre dans un pays en proie à des tensions civiles. Nixon demande aux radios d’arrêter de diffuser des chansons liées aux drogues et aux chaînes de télé de passer des émissions anti-drogues.Depuis lors, l’image de la feuille aux folioles en forme d’étoile a été associée aux épisodes révolutionnaires qui ont marqué les années 70. En France, après 1968, la droite est revenue au pouvoir, et a dû exercer des démonstrations réactionnaires et sécuritaires pour contenter son électorat des classes aisées et les « lobbies » du secteur industriel, encore paralysé par les barricades et la grève générale. C’est dans ce contexte, et sous la pression de l’allié Américain que fut approuvée la loi de 1970 et son célèbre article L-627, qui considère les consommateurs comme des délinquants ou des malades, selon l’évaluation du juge. Le plus incroyable est que cet article controversé est toujours la base de la législation actuelle. 

1970 : Le Congrès Américain place la marijuana en drogue de « Catégorie 1 » aux côtés du LSD, de la MDMA, du peyotl(cactus chamanique Mexicain) et des champignons hallucinogènes. C’est le statut le plus restrictif, habituellement réservé aux drogues extrêmement addictives et à fort potentiel d’abus. La cocaïne, l’opium, la morphine et les amphétamines sont alors classées en « Catégorie 2 ».

La France s’aligne comme beaucoup d’autres pays sur la politique répressive initiée par les U.S.A. En Europe, seuls les Pays-Bas refusent de s’aligner sur cette politique de prohibition.

Fleur de Marijuana séchée, aussi appelée herbe, weed, ou beuh
Photo:Commons.wikimedia.org

3 – De nos jours, une répression qui s’essouffle

Je ne cherche pas à présenter le cannabis sous un jour favorable puisse que la loi me l’interdit. En revanche aucune loi ne m’empêche de présenter la législation Française sous un jour très négatif, et défavorable.

La prohibition, et la répression qui va avec ne m’inspirent que de l’incompréhension, et soulèvent bien d’autres problèmes d’ordre logique, moral, social, médical, environnemental(culture sous lampes, et engrais chimiques), mais aussi constitutionnel.

La culture en intérieur, à l’abri des regards inquisiteurs a des conséquences très néfastes sur l’environnement.
Photo : Commons.wikimedia.org

En effet, la répression des consommateurs (dont je fais partie) va à l’encontre du libre arbitre du citoyen, et de sa liberté à disposer de lui-même comme bon lui semble. Ces droits fondamentaux sont pourtant garantis par notre constitution nationale. L’État ne respecte pas mes droits fondamentaux, et m’interdit sous prétexte de préserver ma santé, la consommation d’une plante qui participe à mon bien-être, et ce sans qu’aucune explication valable, objective et réaliste ne me soit fournie. Le suicide n’est pas interdit, pas plus que la consommation d’alcool et de tabac aux conséquences sanitaires et sociales pourtant indiscutables, sauf par les gens de mauvaises foi. Cette règle est donc extrêmement hypocrite, je la considère donc comme nulle et non avenue.

La France persécute le consommateur tout en offrant un terrain plus que rentable aux dealers.

La majorité des pays Européen a revu ses positions en matière de cannabis, en bleu foncé, les Pays-bas ou l’usage est légal, en bleu clair les pays dans lesquels la consommation est dépénalisée, en orange les pays maintenant une interdiction sans l’appliquer, en rouge les nations intolérantes.
Illustration : Commons.wikimedia.org

Tous les pays Européens ont revus depuis déjà une bonne dizaine d’années leur arsenal juridique en la matière, tous autorisent le CBD , très mal accepté par les autorités Françaises qui craignent sans doute une difficulté supplémentaire dans l’application de cette loi qui ne fonctionne pas. L’usage thérapeutique est également autorisé dans la plus part des pays de l’UE, et sa consommation récréative y est tolérée, et décriminalisée, au moins dans le cadre privé et familial.

Les États-Unis, pourtant instigateurs de cette chasse aux sorcières, ont fini par faire marche arrière sous l’impulsion de l’État de Californie qui autorise son usage médical depuis 1996, et oui, plus de 20 ans. Les États Américains ayant autorisé l’usage médical de la marijuana, devant la difficulté de gérer la vente d’herbe par des personnes bénéficiant d’une ordonnance à ceux qui n’en possède pas, ont décidés de finalement autorisé l’usage récréatif, où de revenir à une prohibition totale. En 2012, le Colorado et l’État de Washington sont les deux premiers États à autoriser la vente et l’usage récréatif de marijuana, pour les personnes majeures. La plus part des États ont suivi l’exemple, qui permet des entrées fiscales importantes, à tel point que certains contribuables ont vu le montant de leurs impôts diminuer. Après avoir incité tous les pays du monde à la prohibition, le géant Américain devient le premier État dealer de cannabis au monde. Le Canada, l’Afrique du sud, le Paraguay, les Pays-Bas font parti des nations les plus tolérantes vis-à-vis du cannabis. Israël en à autorisé il y a peu l’usage médical.

La récolte du chanvre agricole
Photo : Wikipedia.org

La France, avec une législation moyenâgeuse, inefficace, et inadaptée, se paie une honte internationale en continuant à dépenser sans compter pour l’application de la loi de 1970. De l’argent par les fenêtres ! Résultats des courses, des prisons archi pleines, des dealer plein aux as, et armés jusqu’aux dents, des millions de consommateurs frustrés, des procédures judiciaires inutiles mais coûteuses, une mise en application effectuée par des policiers aux 3/4 alcooliques, quel est l’exemple ?

Le point de vue du gouvernement Français a eu une portée collective et est ancré dans le subconscient de la société. Il est curieux d’expliquer l’opposition existante entre l’alcool et le cannabis. Si tous deux sont (selon la législation) des drogues pouvant causer de graves addictions, en France le vin est associé à la convivialité, à la façon de vivre « à la française » et au développement des régions. Par conséquent, il est perçu comme une tradition culturelle et patriotique, alors que le cannabis est directement et injustement lié à l’insécurité, un terme qu’aucun parti ne souhaite associer à son programme politique.

Aux pays du pinard(et des droits de l’homme?), on se permet de faire la morale aux fumeurs de pétards, mais soyons lucides, les Français sont les premiers consommateurs d’Europe malgré l’arsenal juridique le plus restrictif qui soit.

Quand est-ce que les autorités comprendront le non-sens de leurs mesures disproportionnées ?

La prohibition et la répression doivent cesser. La dépénalisation de la consommation, assorti à un droit à l’auto-production serait, il me semble, un minimum au regard de nos droits les plus fondamentaux.

Vous avez votre Ricard, laissez nous fumer nos pétards ! Boire ou punir, il faudra choisir.

Ben. MASON

Je rappelle que le cannabis et ses dérivés sont toujours interdits en France, quel qu’en soit l’usage. Sa consommation présente un risque sanitaire évident notamment pour les poumons, je maintiens cependant que ce produit est bien moins nocif et dangereux que ne l’est l’alcool.

Publié par aj83250

Jardinier autonome, coach, et formateur en éco-jardinage, et en permaculture.

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