Fraisiers cultivés hors-sol dans une jardinière en bambou
Photo : Autonomie Jardin 2018

Bien que la culture hors sol soit un mode de culture qui semble déjà avoir été utilisé par les Aztèques, ce n’est qu’en 1850 que Liebig, un scientifique Allemand, entreprend des travaux de recherche pour étudier le comportement nutritionnel des végétaux. Ces travaux ont permis le développement des cultures en bac et en pot. On fait souvent l’amalgame entre culture hors sol et hydroponie, qui est pourtant loin de constituer la seule méthode de culture en hors-sol. Des solutions plus propres existent, mais peut on pour autant prétendre faire une culture bio dans ces conditions si éloignées de celles naturelles de la pleine terre ? Éléments de réponses !

1 – Définition d’une culture hors sol

Pour faire simple, la culture hors-sol est une méthode de culture qui n’est pas effectuée en pleine terre et qui n’est connectée ni à la microbiologie du sol, ni aux nappes phréatiques.

L’ »hydroponie » est une technique de culture hors-sol. Développée depuis les années 30, où elle a été employé pour la première fois, aux États-Unis. Après la mise en place de différents procédés de culture hors sol, ce n’est qu’en 1970 que le Docteur Alan Cooper applique le système NFT (Nutrient Film Technic) grâce auquel l’hydroponie commerciale a pu voir le jour.

La culture hors sol consiste (en théorie) à :

  • accélérer le processus de maturation de tous les végétaux, qu’il s’agisse des fruits, légumes, plantes fleuries, arbustes, plantes médicinales, etc. ;
  • cultiver des végétaux dans des substrats autres que la terre de culture : il peut s’agir de terreau, de tourbe, de sphaigne, de fibre de coco, ou d’un substrat minéral tel que du sable inerte par exemple ;
  • irriguer en intégrant directement les nutriments indispensables à la croissance, la floraison, et la fructification des végétaux.

Autrement dit, le forçage des cultures hors sol est uniquement obtenu de façon artificielle grâce, précisément, à la présence dans l’eau d’arrosage des différents nutriments de synthèse très solubles, qui sont nécessaires à la survie des plantes ainsi qu’à leur développement.

Schéma d’une culture hydroponique classique
Illustration : Agoravox.fr

L’hydroponie implique aussi de reproduire, et maîtriser toutes les conditions optimales pour le développement des végétaux, à savoir :

  • la qualité des plants cultivés, par sélection,
  • le taux d’hygrométrie adéquat à l’espèce cultivée,
  • l’ensoleillement adéquat à l’espèce cultivée,
  • la température adéquat à l’espèce cultivée,
  • la ventilation optimale,
  • l’apport de nutriments adaptés.

Ainsi, on obtient des récoltes certes abondantes, et visuellement très attractives, mais tout ce fait au détriment de la qualité gustative, et de la valeur nutritive du produit ainsi obtenu. 

La culture intensive des tomates en méthode hors-sol
Photo : Wikipedia.org

2 – Des substrats pas très écologiques

Le substrat doit être choisi avec soin en fonction des besoins des végétaux que l’on souhaite cultiver. C’est la raison pour laquelle il est indispensable de se renseigner, avant de cultiver, sur les besoins propres de chaque plante. Il existe une grande diversité de substrats, comme par exemple :

  • les matières minérales volcanique (pouzzolane),
  • les fibres de coco,
  • la laine de roche,
  • la perlite,
  • la tourbe,
  • les billes d’argile expansée.

Vous vous doutez bien que de tels substrats ne retiennent aucun élément nutritif, leur seul rôle est de servir de support aux racines. La production industrielle de ces substrats forcément un impact environnemental négatif, et certains d’entre eux sont en soit très polluant(Perlite, laine de roche).

Enfin, le terreau est sans doute le substrat le plus « écolo », bien qu’il contienne, quel que soit le type de terreau commercialisé, entre 50 et 70 % de tourbe, matière que l’on prélève bien plus, et bien plus vite que la nature ne peut en produire.

Un terreau de compostage sain, et vivant est envisageable, mais vous perdrez alors certains des avantages fantasmés du mode hors-sol, notamment le côté aseptisé.

3 – Avantages et inconvénients de la culture hors sol

La culture hors sol présente(théoriquement toujours) les avantages suivants :

  • Simple à réaliser, la culture en bac, pot, jardinière, et même les solutions hydroponiques sont réalisables par les jardiniers amateurs autant que par les professionnels. Ce point est indéniable, mais les dispositifs hydroponiques sont coûteux, de manière générale, une culture hors-sol augmentera les frais liés à la production(Pots, bacs, substrat, engrais, produits phytosanitaires…).

La culture hors sol représente donc une solution universelle de commodité. Elle permet :

  • De cultiver dans un espace restreint, en campagne et en ville.
De plus en plus de fermes urbaines voient le jour, et sont cultivées en mode hors-sol, dans des bacs
Photo : Bioalaune.com
  • De cultiver à l’extérieur comme en serre, ou à l’intérieur. Il est simplement nécessaire de distinguer les deux modes de culture hors sol, à savoir :
    • L’hydroponie active qui est le mode de culture hors sol industriel : elle est très onéreuse, et polluante car un apport constant en nutriments, de la racine vers la plante, est absolument nécessaire. Elle impose la mise en place d’un flux continu d’air et d’eau dans des proportions idéales. Les éléments nutritifs sont distribués soit via l’eau d’arrosage, soit par vaporisation d’une solution spécifique d’eau et d’engrais (cas de l’aéroponie).
    • La culture en substrat organique(terreau) : elle consiste à laisser la plante puiser les nutriments dans le substrat, en fonction de ses besoins. C’est la solution recommandée si l’on souhaite cultiver hors-sol à la maison. Cette méthode nécessitera moins d’engrais, et permettra en outre l’utilisation d’engrais organiques, utilisables en culture biologique.
Les engrais organiques tels que les purins sont disponibles en prêt à l’emploi
Photo : Protectnature.fr

4 – Différences entre culture hors sol et culture traditionnelle

Le simple fait que l’hydroponie ou culture hors sol est réalisable par tous, professionnels et jardiniers particuliers, constitue l’une des différences avec la culture traditionnelle en pleine terre. Mais on peux noter d’autres différences, à savoir que la culture hors-sol :

  • Permet de cultiver en minimisant les risques de maladies pour les végétaux(environnement contrôlé).
  • Donne des fruits, légumes et fleurs de plus gros calibre, à condition de booster les récoltes avec des engrais, chimiques en hydroponie.
  • En terreau, c’est la qualité nutritive des substrats et engrais employés qui favoriseront les récoltes(nutrition contrôlée).
  • Un plant cultivé hors sol est, à certains égards, moins impacté par les conditions météo pluvieuse. En effet :
  • En cas d’excès d’eau, les systèmes de drainage permettent d’épargner les plantations. En revanche ;
  • En cas de sécheresse, les végétaux cultivés hors sol souffrent bien plus car les différents substrats conservent beaucoup moins l’humidité que la terre de jardin. En outre, le système racinaire ne bénéficiera pas de l’aide des champignons mycorhiziens.
  • Bien que moins exposé aux insectes, et agents pathogènes, une plante cultivée hors-sol sera néanmoins plus sensible, et vulnérable en cas d’attaque. Ces plantes nécessitent donc une attention préventive constante.
  • Pour le même volume de culture, la surface occupée sera moins importante que dans la cas de la culture classique en pleine terre. Cependant, la production d’une plante en pleine terre fertile, est plus importante que celle d’une plante cultivée hors-sol.
  • Elle est moins sujette aux invasions des herbes indésirables (adventices). Par conséquent, la culture hors sol permet de ne pas avoir recours aux herbicides, et de réduire le temps de désherbage.
  • Elle nécessite moins de main-d’œuvre que la culture traditionnelle, ce qui réduit les coûts de la production industrielle à grande échelle.
Culture hors-sol du bananier
Photo: Wikipédia.org

5 – Alors, bio ou pas ?

Comme vous l’aurez compris, la culture hors-sol, que ce soit en pot, en jardinière, ou dans des bacs hydroponiques est avant tout une contrainte. Si l’on dispose d’un jardin, il est à mon sens inutile de se lancer dans cette entreprise qui complique le jardinage, le rend plus onéreux, et moins naturel. Évidemment, pour tous ceux qui n’ont qu’un balcon, ou une terrasse, le hors-sol est la seule solution de cultiver des végétaux.

En étant attentif, et consciencieux, il est possible d’effectuer une culture hors-sol qui respecte les principes de l’agriculture biologique, notamment par ;

  • l’utilisation de contenant en bois, toile de jute, ou terre cuite,
  • l’emploi de terreau, si possible celui du compost mélangé à de la terre de jardin ,
  • la nutrition des végétaux uniquement avec des fertilisants organiques(purins, compost, fumier…)
  • l’emploi raisonné, et modéré de pesticides exclusivement naturels d’origine végétale,

Notez bien que malgré toutes ces mesures, vous obtiendrez des récoltes que l’on pourra qualifier de biologique, elles ne seront cependant pas forcement pour autant écologiques. En effet, la culture hors-sol même biologique, a souvent un impact écologique « caché », notamment dans ;

  1. Les emballages souvent en plastiques(engrais, terreau, produits phytos…).
  2. L’utilisation de ressources qui s’épuisent tels que tourbe, et phosphate.
  3. L’achat de plantes en jardinerie, qui nécessite forcément leur production intensive, et souvent pas très propre. Ainsi que le conditionnement de ces plantes en godets et pots plastics.
  4. Les allées et venues en jardinerie sont souvent faites en voiture, donc combustion supplémentaire d’essence.

Pour conclure, n’oubliez pas non plus de prendre en considération les coûts financier de vos cultures hors-sol. Les plantes ainsi cultivées sont entièrement tributaires de vous, et de vos soins. Il faut donc prévoir des notes d’eau à la hausse, surtout si vos végétaux ne reçoivent pas , ou insuffisamment la pluie. Les engrais, organiques si possible, auront aussi un coût, mais seront le stricte minimum pour que vos plantes poussent sans trop de carences majeures. En effet, les engrais commerciaux classiques sont tous composés des mêmes éléments, azote(N), phosphore(P), et potassium(K). Parfois un peu de bore, de calcium, et de manganèse viennent compléter cette soupe. Tout ceci ne représente même pas 20 % des éléments nutritifs qu’une plante peut potentiellement puiser dans un sol vivant, en pleine terre. Ceci explique pourquoi les cultures hors-sol sont moins vigoureuses, et plus sensibles aux attaques d’agents pathogènes. C’est comme si nous étions alimenté au goutte à goutte, avec uniquement du glucose, du fer, du calcium, et un peu de vitamine C, dans de telles conditions nous ne pourrions pas être en bonne santé. Idem pour les végétaux.

Ben. MASON


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Publié par aj83250

Jardinier autonome, coach, et formateur en éco-jardinage, et en permaculture.

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