À notre époque compliquée, dans laquelle nous travaillons beaucoup pour bien peu de choses, à l’heure où le système de retraite est remis en question, nombreux sont les citoyens inquiets aspirant à plus d’autonomie vis à vis des contraintes alimentaires. Assurer le quotidien, s’affranchir du tout payant, et du supermarché, manger sainement, en réalisant des économies sont des aspirations légitimes mais les obstacles sont nombreux.

Pour bien débuter 2020, voici quelques pistes, et considérations pour mieux comprendre les possibilités, et les limites de l’autonomie alimentaire.

Photo : Pxhere.com

1 – Autonomie, résilience, et autarcie, la confusion

L’autonomie alimentaire est une préoccupation légitime, vieille comme le monde. Dans nos sociétés modernes, notamment occidentales, ce principe est depuis longtemps remplacé par celui du salaire, garant de cette autonomie.

Dans les pays du tiers-monde, il s’est toujours pratiqué une agriculture dite familiale et de subsistance. Dans ces contrées défavorisées, mieux vaut compter sur cette forme de production alimentaire que sur un éventuel salaire, souvent bien misérable.

Pour en revenir à l’occident, le principe revient sur le devant de la scène depuis quelques années, et est souvent assimilé à la permaculture, bien que celle-ci n’aie pas forcément pour objectif absolu l’autonomie. La communauté « collapso », convaincue par un effondrement à échéance proche du système actuel consumériste, a beaucoup contribué à remettre le concept au goût du jour.

Effondrement ou pas, je pense qu’il s’agit de bon sens, que de vouloir s’assurer à minima un toit, et à manger, quoi qu’il arrive.

Les confusions, et variantes sont cependant nombreuses, ainsi, certains voient le principe comme un objectif absolu qui doit être quasi total, ceux-ci souhaitent vivre en totale autonomie vis à vis du système, mais acceptent toutefois les échanges de services, travaillent de temps à autres, et dépensent malgré tout un peu d’argent au niveau local. Ils se regroupent souvent en communauté, dans des éco-villages, ou des villages auto-gérés.

Dans les pays du tiers-monde, il s’est toujours pratiqué une agriculture dite familiale et de subsistance
Photo : Oaa.delegfrance.org

D’autres, plus extrémistes, visent à l’autarcie, ceux-là ne souhaitent aucun rapport avec le reste de la société, ils sont dans une démarche de survivalisme, qui selon moi, pour l’heure n’a pas lieu d’être.

Je suis personnellement de ceux qui prennent en considération les implications réelles, et préfèrent être plus nuancé en parlant simplement en terme de résilience. L’ idée, pour moi, est de tendre vers moins de dépendance au système, tout en gardant à l’esprit qu’on ne peut pas tout faire tout seul, et surtout pas du jour au lendemain. Les éléments à prendre en compte sont nombreux, mais les possibilités aussi.

2 – Une question de surface, mais pas que

La surface de vie dont vous disposez est évidemment un facteur qui déterminera vos possibilités, en matière de production maraîchère, mais aussi en terme de ressources disponibles(eau, bois, terre, pierres, biodiversité, etc). Plus la surface est étendue, plus la présence potentielle de matières premières augmente, les possibilités avec.

Cependant, la surface disponible ne fait pas tout. Même sur de grandes parcelles, vous ne pourrez jamais être autonome pour tout. On est toujours limité par ses propres frontières, c’est pourquoi, sur de petites surfaces, on essaiera davantage de se spécialiser dans la production du plus essentiel.

Je conseille donc à chacun de bien définir ce qu’il veut faire, en fonction ;

  1. Du nombre de personnes qui composent le foyer.
  2. Des fruits et légumes les plus consommés.
  3. Des fruits et légumes qui coûtent le plus cher à l’achat.
  4. Des produits indispensables que l’ont peut faire soi-même(objets simples, conserves, remèdes, cosmétiques, recyclage d’objets…).
  5. De nos compétences personnelles, et le temps que l’on peut y investir.

Ces points vous aideront à déterminer ce qu’il vous est possible de faire, d’établir les priorités, et de mettre en œuvre les premiers moyens nécessaires à une production alimentaire de base, qui avec le temps et les efforts consentis, vous permettront de diminuer les dépenses courantes mensuelles.

Même sur de petits espaces, de belles productions familiales sont possibles
Photo : Publicdomainpictures.net

Enfin, une logique lorsque l’on recherche la résilience, réfléchir à la liste interminable des choses non-indispensables, que nous pouvons facilement bannir, ou considérablement diminuer, au profit de ce qui est complètement fondamental(nourriture, logement, vêtements). La viande, est un exemple de produit dont nous pouvons nous passer, qui plombe le budget, nuit à l’environnement, à notre santé, et bien sûr au bien-être animal. Par ailleurs, si vous voulez produire de la viande, la surface disponible devra être importante. Savoir faire sans le superflu est sans doute la forme la plus efficace, et aboutie de l’autonomie.

Le recyclage d’objets courants comme les palettes, qui peuvent servir de base à bien d’autres usages
Photo : Pinterest.de

3 – Auto-production, et échanges de services pour travailler moins

Une autonomie alimentaire, bien qu’elle sera toujours partielle, nécessitera au moins la mise en place d’un secteur potager. Tout le monde n’a pas la chance d’avoir du terrain pour produire de façon significative, j’en fait aussi partie.

Il existe toutefois des propriétaires qui louent des parcelles pour le jardinage, le loyer mensuel n’est en général pas très élevé(50 à 80 Euros /300m2 suivant les régions et l’emplacement). De même, il existe de plus en plus de jardins partagés, sur lesquels sont cultivés fruits et légumes, qui sont ensuite partagés entre les adhérents.

Pour les amateurs de céréales, mauvaise nouvelle, il faut de la surface, beaucoup de surface, raison pour laquelle je n’en produit pas moi même. Cependant, j’en consomme peu, et ce n’est pas la denrée qui me coûte le plus cher. Pour les possesseurs de potager modeste, il est plus rentable de faire de la pomme de terre, et des carottes, que du blé ou de l’avoine.

Je cite ces deux légumes racines car ils produisent beaucoup, sur des surfaces réduites, et qu’ils se conservent bien.

La fabrication d’un poulailler pour abriter quelques pondeuses est envisageable à condition de disposer d’un espace suffisant pour qu’elles puissent gambader à l’écart du potager. De mémoire, une pondeuse lambda se négocie autour de 20 Euros, il faut en prendre plusieurs car ce sont des animaux sociaux qui ne supportent pas la solitude.

Si vous consommez beaucoup d’œufs, 3 à 4 poules vous en produiront déjà une grande partie. Les économies peuvent être importantes si l’on dispose de la nourriture pour les poules, naturellement sur le terrain. Leurs fientes seront quant à elles utilisé pour fertiliser un peu les parcelles potagères.

Seules contraintes, rentrer et sortir quotidiennement vos poules, les nourrir, remplacer la litière, et ramasser des œufs frais. Les poules vivent plusieurs années, votre investissement de départ sera donc à coup sûr rentabilisé rapidement.

Un poulailler de conception artisanal, et quelques poules vous permettront de ne plus payer vos œufs frais
Photo : Pixabay.com

L’auto-production permet également de procéder à des échanges pour obtenir les choses que vous ne produisez pas, ainsi le surplus produit au potager peut venir améliorer l’ordinaire.

Sur cette même notion d’échange, les compétences, et savoirs-faire, sortis de leur cadre professionnel, peuvent aussi venir en aide à notre pouvoir d’achat. Nos talents respectifs ont donc une grande valeur ; exemple, si mon voisin bricoleur vient m’aider à construire mon poulailler, en échange je lui fournit les fientes fertilisantes pour son potager, je lui donne des œufs, ou je viens l’aider à optimiser son potager, et tout le monde est gagnant.

Nous ne sommes pas habitués à fonctionner ainsi, mais le principe fonctionne, et semble se démocratiser, notamment via des plateformes internet, tels que Yakasaider.fr.

Le prêt, et l’échange d’objet est également une bonne solution pour concilier économies, et écologie, en évitant d’acheter un objet dès que l’on en a besoin pour une demi-heure. Là aussi, des sites internet existent, par exemple, Sharevoisins.fr.

Plus l’espace disponible est étendue, plus les possibilités sont nombreuses
Photo : Autonomie Jardin

L’addition de toutes ces dispositions, peut à termes générer tant d’économies, que vous pourriez décider de réduire vos heures professionnelles, et ainsi avoir encore plus de temps à consacrer à votre famille, votre potager, et les échanges de bons procédés.

Je pense que de tels projets sont réalisables sur plusieurs années, et impliquent des efforts d’une part, mais aussi un mode de vie plus simple, néanmoins bien plus enrichissant sur le plan humain personnel.

4 – L’eau et l’énergie, la difficulté

Si il est une chose dont nous sommes complètement dépendants, c’est tout d’abord l’eau. Vital, cet élément indispensable à notre survie, et à la culture des végétaux, a un coût non-négligeable. L’eau potable du robinet coûte relativement cher, et il est avérée, même si je la consomme, qu’elle n’est pas d’une qualité terrible pour la santé. Chlorée, par sécurité, et souvent très calcaire, l’eau de ville représente souvent une facture à laquelle vient s’ajouter celle de l’eau minérale. Si vous disposez d’un puits, d’un cours d’eau, ou mieux, d’une source sur votre terrain, celui-ci peut vous fournir de l’eau pour irriguer vos cultures, et abreuver vos poules, mais peut aussi servir pour le nettoyage, la vaisselle, ou tout autre usage de l’eau ne nécessitant pas une eau de qualité potable.

Au prix d’un investissement conséquent, vous pouvez en outre filtrer cette eau pour pouvoir la consommer.

L’eau de pluie est une véritable manne pour les parcelles dont la ressource en eau se limite souvent peu ou proue aux réserve contenues dans les sols. L’installation de cuves récupératrices, et ou de bassins, peuvent là encore venir donner un coup de pouce à la réduction de notre note d’eau. Un bassin peut aussi permettre d’avoir du poisson. Au potager, on prendra soin de pailler, afin de notamment préserver les réserves en eau du sol. On peut également opter pour la mise en place de oyas, qui permettront de maintenir le sol frais, tout en limitant les apports d’eau conséquents en été.

En matière d’autonomie, la partie la plus compliquée se situe sur le plan de l’énergie. Les systèmes de panneaux solaires sont onéreux, et ont une durée de vie limitée. Dans les régions très ensoleillées, le système peut toutefois se révéler rentable, notamment avec la revente de l’excédent d’électricité produite au réseau EDF.

L’éolien, a lui aussi ses limites, et ne pourra être rentabilisé que dans les zones venteuses à l’année. De plus, les autorisations ne sont pas simples à obtenir car le public n’est pas trop fan de ce genre de structures dans le paysage.

Photo : Eolienne-particulier.durable.com

Vous l’aurez compris, sur ce front les possibilités existent, mais nécessiteront d’important moyens financiers de départ, et prendront un certains temps avant d’avoir une incidence significative sur la note d’électricité. N’est pas Tesla qui veut !

5 – Des bénéfices sur le moyen, et long terme

On peut raisonnablement escompter des économies significatives et réelles à échéance de 2 à 5 ans suivant l’objectif visé et les moyens engagés. Les bénéfices seront cependant nombreux, et iront croissant.

Avec de la patience, de la détermination, et de l’investissement plus personnel que financier, on obtiendra les contreparties suivantes :

  1. Des économies financières qui peuvent être importantes.
  2. Des aliments locaux, sains, de saisons, et produits à faible coût.
  3. Moins d’allée et venue vers les grandes surfaces(économie en achats, en essence, en temps, et en frais de parking).
  4. La réductions des déchets et emballages.
  5. La gratuité des futures semences, en utilisant des variétés reproductibles.
  6. Une gestion intelligente et économe de l’eau.
  7. Une utilisation agréable et utile de votre temps libre.
  8. Le développement humain et personnel(fierté+satisfaction=estime de soi).

Voici donc pour les principaux points qui me viennent à l’esprit, mais les intérêts, suivant les aspirations de chacun peuvent considérablement varier.

Pour conclure cette réflexion sur l’autonomie au sens alimentaire, il me semble que l’autonomie, paradoxalement, ne peut être que collective, en ce sens que nous sommes autonomes lorsque nous fonctionnons ensemble, chacun dans notre coin nous nous retrouvons vite coincé.

L’autonomie passe donc, je le pense, par le partage, l’échange de services, de connaissances, et de compétences, , et est donc fondée avant tout sur des notions de solidarité, et d’altruisme.

Le système de fonctionnement actuel ne nous incite que très peu à de telles valeurs humaines, contribuant ainsi en partie à nous maintenir dans une dépendance vis à vis des considérations matérielles élémentaires, et financières.

Le chacun pour soi ne mène à l’autonomie de personne, la bienveillance œuvre au bien être de tous.

Ben. MASON

Publié par Ben. Mason

Jardinier autonome, spécialisé en éco-jardinage, et en permaculture.

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7 commentaires

  1. Bel article. Conseils judicieux et limites pertinentes. Du bon boulot !Tu as raison la terre disponible autour de sa maison est la clef de voûte de tout projet d’autonomie. A la campagne, les terrains vendus avec les maisons anciennes sont souvent grands et munis d’un puits toutes ces choses sont à penser au moment de l’achat d’une maison ou d’un terrain. Bonne continuation. A bientôt.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour votre lecture Thierry,
      effectivement les maisons anciennes, mais aussi de vieux corp de ferme, disposent de grands terrains, parfois avec forêt et cours d’eau. Suivant la région le prix de ce type de bien n’est pas forcément excessif, il y a en revanche, souvent pas mal de travaux à prévoir, mais ça peut valoir le coup.
      Bonne journée
      Benjamin

      Aimé par 1 personne

  2. Article très intéressant. J’aime beaucoup la conclusion sur l’entraide, la solidarité. Je ne crois pas au survivalisme individuel. L’homme est devenu humain par interaction avec les autres. Il est prouvé également que l’on trouve davantage de solutions à un problème en travaillant en groupe que seul face à une énigme.
    Alan

    Aimé par 1 personne

  3. Bonsoir Alan, merci pour ton mot.
    Je pense effectivement que bien des difficultés proviennent de l’individualisme, et de la compétition qui par définition ne permet pas la collaboration. L’humanité a traversé des périodes terribles grâce à l’entraide et la solidarité, je pense que les gens sont capables de comprendre l’intérêt de ce principe, et d’y revenir davantage.
    Bonne soirée
    Benjamin

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