Les mycorhizes sont des organismes fongiques, entretenant une symbiose ancestrale entre les racines et certains champignons du sol, elles sont anciennes de 450 millions d’années. Des spores fossilisés, récemment mises à jour, démontrent leur implication dans la colonisation du milieu terrestre par les plantes. Les végétaux se sont alliés avec des partenaires, les champignons, pour les aider à s’adapter à un nouvel écosystème, le sol. Dans la cadre d’un jardin en culture biologique, comme en permaculture, la compréhension du fonctionnement et du rôle important de ces organismes dans le développement des plantes est donc très importante.

Explications

Photo : Seve-asso.fr

1 – C’est quoi au juste ?

Lors d’une ballade automnale en forêt, on peut bien sûr apercevoir de nombreux champignons à la surface du sol. C’est en quelque sorte la partie immergée de l’iceberg car la majorité de l’organisme se situe en réalité sous terre, sous la forme de fins filaments fongiques qui s’étendent sur des centaines de mètres à travers le sol. Ce réseau de filaments souterrains se connecte aux racines des plantes et agit comme un super système racinaire auxiliaire.

Il existe plusieurs types de champignons mycorhiziens, et chacun fonctionne de façon sensiblement différente. Les endomycorhizes(MA), sont les plus courantes, et les plus anciennes. Les ectomycorhizes (EcM), symbiose apparue plus tardivement, ont un système enzymatique plus puissant qui permet aux végétaux de coloniser des terrains tels que les zones rocheuses, montagneuses, sèches, ou désertiques. Les diverses espèces de plantes ont donc besoin de différentes espèces de champignons mycorhiziens suivant leur biome d’élection.

Certains arbres, comme le peuplier peuvent former les 2 types de symbioses. Les plantes de terre de bruyères(sols acides) ont pour beaucoup d’entre elles développées un autre type de symbiose bien spécifique. Il est à noter que certaines plantes(les Brassicacées et les Chénopodiacées par exemple)se passent très bien de ces symbioses.

Représentation artistique du réseau mycorhizien
Image : Mother Earth News

Les champignons mycorhiziens sont des organismes vivants. Ils soutiennent la plante pendant toute son cycle. Il l’aide à puiser eau, et éléments nutritifs, et permets une assimilation optimale de ces éléments par le végétal. Le système racinaire d’une plante, aussi conséquent qu’il puisse être, ne sera jamais aussi vaste que le réseau de filaments fongiques. Ces minuscules filaments poussent dans le sol et atteignent beaucoup plus de nutriments que les racines ne le peuvent. Lorsque vous cultivez vos plantes avec l’aide des mycorhizes, vous pouvez donc être sûr qu’elles utiliseront au mieux, tout le potentiel nutritif du sol.

2 – Quels intérêts pour les plantes ?

En fournissant à la plante beaucoup plus d’eau et de nutriments, les champignons mycorhizogènes contribuent à la croissance, à la résistance et à la santé des plantes. Comme tout être vivant, les plantes ont besoin d’un bon approvisionnement en eau et nutriments naturels. De par leur capacité ingénieuse à se connecter aux racines des plantes, les filaments fongiques prolongent considérablement le système racinaire. Ils tirent l’eau et les nutriments d’un grand volume de sol environnant, et les restituent à la plante, améliorant ainsi sa nutrition et son développement. Mais l’une des capacités les plus importantes des champignons mycorhiziens est qu’ils restent fixés aux racines et assistent la plante durant toute sa vie.

En fournissant aux plantes les éléments qui leurs sont indispensables, les champignons mycorhiziens favorisent une croissance optimale et le développement d’une résistance naturelle face aux maladies. La mycorhization constitue pour les plantes une base solide favorisant le dépassement des périodes de stress (sécheresse, salinité excessive, pollution, attaques d’agents pathogènes…). En outre, le système racinaire sera plus sain et plus dense avec une capacité nettement optimisée à puiser les nutriments du sol.

La principale caractéristique du mycélium fongique est d’être beaucoup plus fin que les racines. Il peut donc aller chercher de l’eau et des nutriments dans des pores minuscules, et ainsi multiplier par 10 le volume de sol utile aux racines. Il est également très efficace pour rendre disponibles, et assimilables des nutriments qui le sont d’ordinaire très peu, comme le phosphore et le zinc. Cette symbiose constitue donc une aide souvent indispensable aux plantes afin d’accéder à ces éléments.

2 jeunes plantes au même stade de développement, à droite une plante mycorhizée
Photo : Usermyke.com

Les champignons endomycorhiziens aident aussi les plantes à lutter contre ses adversaires, tels que champignons parasites ou même insectes ravageurs !

S’ajoute à tout cela les gloméromycètes (dont font parti tous les champignons endomycorhiziens), qui produisent une substance (la glomaline) structurant le sol, le rendant ainsi plus propice au développement des végétaux.

Les bénéfices pour les plantes sont donc multiples, et sont à ce titre d’une importance vitale pour celles-ci.

Échange de bon procédé, les plantes, productrices d’énergie(par processus de photosynthèse), nourrissent leurs alliés fongiques avec les sucres élaborés lors de cette photosynthèse.

Avantages de l’utilisation des mycorhizes
Schéma : Pinterest.fr

Enfin, les mycorhizes sont indispensables aux végétaux pour coloniser un milieu, surtout dans le cas des ectomycorhizes, qui facilitent le développement racinaire des végétaux évoluant en milieu difficile. Ce type de symbiose ne concerne que 5%des végétaux, essentiellement ceux des forêts boréales, et tempérées.

3 – Quels intérêts pour le jardiniers ?

Au jardin, la majorité des plantes très dépendantes de la mycorhization (légumineuses, fruitiers, carottes…), d’autres sont des plantes dites non mycorhiziennes, ce sont essentiellement les Brassicacées (choux, navets, radis, moutarde…) et les Chénopodiacées (épinards, betteraves, blettes, quinoa…). Toutes les plantes mycorhiziennes du potager forment des association endomycorhiziennes (MA).

Les arbres fruitiers sont principalement endomycoriziens également (pommiers, poiriers, pruniers, cerisiers, noyers…). Certains forment cependant des symbioses ectomycorhiziennes(noisetiers et châtaigniers).

Parmi les plantes ornementales, la plupart des herbacées sont endomycorhiziennes (MA), c’est un peu plus complexe chez les végétaux ligneux. Par exemples, érables, frênes et ifs sont endomycorhiziens, alors que chênes, pins et tilleuls forment des symbioses EcM.

Les principaux intérêts pour le jardinier sont les suivant :

  • Croissance accélérée et plus homogène
  • Fleurs et fruits plus riches en vitamines
  • Diminution des arrosages et des fertilisations
  • Diminution du stress lors de la plantation, ou transplantation
  • Accroissement de la tolérance à la salinité du sol
  • Stabilisation de la surface du sol et de sa structure
  • Contrôle de l’érosion des sols
  • Protection contre certains pathogènes et maladies du sol
  • Optimisation de l’efficacité des fertilisants
Le principe efficace et bien huilé des symbioses avec les micro-organismes du sol, reste encore de nos jours, le système agricole le plus abouti et performant
Image : Lallemandplantcare.com

4 – Ne pas confondre avec un fertilisant

Le réseau mycorhizien a donc la capacité d’extraire les éléments nutritifs du sol afin de les restituer sous une forme assimilable pour les végétaux. Vous n’obtiendrez pas cet effet avec des engrais. La fertilisation organique est importante, car elle libère les nutriments dans le sol mais elle n’aidera pas les plantes à les puiser, ce qui peut par ailleurs aboutir à une accumulation d’engrais néfaste autour des racines, ainsi qu’à plus long terme, un lessivage de ces éléments excédentaires vers les nappes phréatiques.

Notez que vous obtiendrez de meilleurs résultats en combinant des engrais organique naturels, et la pratique d’un bon paillage, car les fertilisants chimiques nuisent aux champignons formant des mycorhizes. En gardant une démarche respectueuse du sol, et des organismes qui y vivent, vous obtiendrez les plantes fortes, saines, et résistantes que vous recherchez.

Gros plan sur les filaments fongiques
Photo : Radio-canada.com

Pour comprendre comment bien utiliser les mycorhizes au jardin, considérons d’abord ce qui nuit à leur développement, ou à leur survie:

  • D’abord les engrais phosphatés, en résumé, l’une des principales spécificités des champignons mycorhizien est de fournir du phosphore aux plante. Si le sol est trop phosphaté, les végétaux n’auront aucune peine à puiser cet élément, ils ne s’occuperont donc plus de nourrir les mycorhizes qui disparaîtront progressivement. Ce cas de figure est également valable pour les engrais naturels organiques.
  • Le labour du sol qui brise le mycélium et enfoui les spores dans des horizons du sol peu propices à leur développement.
  • La monoculture de plantes dites non mycorhiziennes (colza, moutardes, betteraves, choux, épinards, lupins…). Ces plantes, souvent trop bien désherbées, privent les champignons mycorhiziens de leur source de carbone.
  • Les pesticides, surtout les fongicides, ont un effet très négatif sur les champignons du sol. Prudence avec ces produits donc, même si ils s’avèrent être naturels.

Pour finir, voici les pratiques favorables au bon développement des champignons mycorhiziens et donc par extension à vos cultures :

  • une fertilisation phosphatée raisonnable et modérée ;
  • un travail du sol réduit au minimum, voire sans ;
  • une couverture du sol pendant des périodes aussi longues que possible avec des végétaux vivant (couverts végétaux) comprenant une proportion importante de plantes mycorhiziennes : par exemple en mélangeant à vos engrais vert de moutarde avec des céréales, et/ou des légumineuses (féverole, vesce, pois, fenugrec…) ;
  • un mode de culture sans fongicides ;
  • il est également possible d’inoculer vos plantes avec des spores de champignons mycorhiziens du commerce, vous trouverez par exemple des inoculum endomycorhiziens à enfouir à proximité de vos cultures. Cette option de mycorhization est souhaitable notamment en jardin urbain, afin de relancer l’activité mycorhizienne d’un sol abîmé.

Ben. MASON


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Publié par Ben. Mason

Jardinier autonome, spécialisé en éco-jardinage, et en permaculture.

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8 commentaires

  1. Tres précis et très pointu votre article. Essayons donc de ne pas abimer les sols comme vous nous l’expliquez souvent
    avec raison. Avis aux amateurs de champignons !
    Bonne journée, Benjamin, en attente de vos prochains articles Elienad

    Aimé par 3 personnes

    1. Merci pour votre mot Elienad,
      Je suis content de susciter de l’intérêt pour la nature, les plantes, et la préservation des sols, nous sommes de plus en plus nombreux à aller dans ce sens. C’est très positif.
      Bon dimanche
      Benjamin

      J'aime

    1. Merci beaucoup Alan pour ton soutien, et ton intérêt pour mes publications.
      Je suis également ravi de suivre ton blog, j’aime beaucoup tes billets plein de bon sens, d’humour, et d’esprit, ainsi que les talentueux artistes que tu nous fais régulièrement découvrir. Du super boulot.
      Je te souhaite un beau dimanche
      Benjamin

      Aimé par 1 personne

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