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PIERRE RABHI; L’esprit du colibri

Pierre RABHI, un amoureux de la terre
Photo: Babelio.com

Personnalité incontournable de l’agroécologie française, Pierre Rabhi est également un penseur humaniste, engagé, et controversé depuis quelques années. On lui reproche notamment de ne pas mettre en pratique pour lui même les bons conseils qu’il prêche. Auteur et conférencier, il est également fondateur de l’association COLIBRI. Présentation de ce brave Monsieur, qui de toute évidence, ne mérite pas les attaques honteuses dont il est souvent la cible.

1 – Biographie

Pierre Rabhi, né Rabah Rabhi en 1938 dans une famille musulmane de Kenadsa, près de Colomb-Béchar, une oasis du sud algérien. Sa mère succombe à une tuberculose alors qu’il est encore enfant en bas âge.

Son père, forgeron, musicien et poète, le confie à l’âge de cinq ans à un couple de Français, un ingénieur gaulliste et une institutrice, venus travailler dans les houillères du Sud Oranais dans son village natal. Le père biologique demande expressément à la famille d’accueil de ne pas dévoyer l’enfant de sa culture, et de sa religion. Les parents adoptifs passeront outre cette demande, et occidentalisent le jeune Rabah, qui sera baptisé catholique, à sa demande, et recevra le prénom de Pierre à l’âge de 16 ou17 ans, les infos à ce sujet divergent un peu. Selon les déclarations de Pierre Rabhi, son père biologique a été contraint de fermer son atelier et de travailler à la mine. Ce qui a sans doute influencé la position critique de Pierre Rabhi vis à vis du progrès technique.

Photo : Bouddhanews.fr

Confié à ce couple de métropolitains, le jeune Rabah quitte Kenadsa pour Oran avec sa famille adoptive. Il y suit 2 ans d’études secondaires. Selon son récit autobiographique, Rabhi travaillera alors dans la dentisterie, puis en tant qu’employé de banque. Lorsque la guerre d’Algérie éclate en 1954, Rabhi affirme suivre les idées de sa famille, hostile à l’Indépendance algérienne et favorable au maintien de l’Algérie française. Pendant la guerre d’Algérie, raconte-t-il, « me voici brandissant mon petit drapeau par la fenêtre de la voiture qui processionne dans la ville en donnant de l’avertisseur : « Al-gé-rie-fran-çai-se »».

Rabhi s’est ensuite trouvé dans une situation de double exclusion, fâché avec son père biologique pour s’être converti au catholicisme, ainsi qu’avec son père adoptif qui, selon Pierre Rabhi, l’aurait mis à la porte pour avoir critiqué le maréchal Alphonse Juin. Pierre Rabhi est alors un fervent catholique et le restera durant de longues années. En 2016, il explique : « J’ai été très séduit, et le suis encore, par le message du Christ. Mais je ne me sens appartenir à aucune église pour autant. À mesure que j’avance dans la vie, l’affirmation que seul l’amour peut changer le cours de l’Histoire me saisit de plus en plus par sa vérité, son évidence. »

Pierre Rabhi, jamais très loin d’un arbre
Photo : Apdma.fr

Aujourd’hui, s’il déclare ne plus se sentir lié à une religion en particulier, Rabhi reste un être spiritualiste, et humaniste. Dans son cheminement spirituel, Rabhi continue de fréquenter régulièrement les milieux catholiques, dont certains sont controversés, il place souvent la spiritualité au centre de sa pensée.

Arrivé à Paris, il trouve un emploi de magasinier chez un constructeur de machines agricoles à Puteaux. Dans cette entreprise, il rencontre Michèle, avec qui il se mariera et dont la belle-famille rejette l’union. Tous deux forment le rêve de s’affranchir de leur vie urbaine et pensent à l’agriculture. Ils rencontrent le docteur Pierre Richard, un médecin écologiste et conservateur partisan du « retour à la terre », participant à la création du Parc national des Cévennes, et qui les encourage dans leur démarche. Il deviendra l’un des principaux mentor de Rabhi.

Le couple décide de se rendre en Ardèche pour s’y installer en 1960, précédant le mouvement néorural de la fin des années 1960. Ils se marient à Thines en avril 1961. Pierre Rabhi devient père et, sans aucune connaissance agricole (il est alors sculpteur), s’inscrit dans une Maison familiale rurale.

Ses relations avec l’écrivain Gustave Thibon, philosophe chrétien et conservateur considéré comme  l’une des sources intellectuelles de l’idéologie de Vichy, et ayant fait régulièrement cause commune avec l’extrême droite, nuiront bien évidemment à sa réputation. Thibon entretiendra des relations avec Pierre Rabhi jusque dans les années 1990. Rabhi indique à propos de ses relations avec Thibon : « Le portrait qu’en trace M. Mallet(journaliste ayant attaqué Rabhi) est caricatural. Les échanges que nous avions portaient essentiellement sur la spiritualité. Nous avions 35 ans d’écart et j’étais impressionné par son immense culture, ses dons linguistiques ou sa mémoire. J’ai le souvenir que, alors que nous étions financièrement exsangues, il nous a aidés, mais on ne peut pas considérer que je sois son disciple ou qu’il fut mon modèle. Hormis notre attachement commun, à l’époque, au catholicisme, nous n’avions pas les mêmes centres d’intérêt ni la même culture.»

Photo : 5livres.fr

Rabhi découvre et adhère également aux idées de Rudolf Steiner, ainsi qu’aux principes de l’anthroposophie, notamment à la biodynamie. Là encore, bien qu’il ne fasse de mal à personne, il endosse une image d’illuminé aux pratiques agricoles douteuses.

Après 3 ans de labeur comme ouvrier agricole, en 1963 il devient paysan dans les Cévennes ardéchoises. Il se lance dans l’élevage caprin avec l’intention ferme de ne pas reproduire les modèles de productivisme, et expérimente l’agriculture biodynamique.

Après des débuts difficiles, le couple acquiert assez d’expérience pour accueillir et conseiller à partir de mai 1968 d’autres néo-ruraux. 15 années leur seront nécessaires pour parvenir à vivre de leur ferme. Pierre Rabhi dira en 2015 : « Il y a plus de 50 ans, ma femme et moi avons choisi notre lieu de vie, Montchamp, précisément pour son harmonie. Perdue au sommet d’une montagne de l’Ardèche, cette ferme nous comblait de silence, d’air pur, de mystère aussi, en dépit des obstacles « objectifs » : il n’y avait ni électricité ni eau courante, un chemin à peine praticable par temps de pluie, un sol sec et rocailleux.

Fort de ces expériences agricoles, il deviendra auteur, conférencier, et fondera le mouvement COLIBRI.

2 – œuvres et travaux de Pierre Rabhi

En 1978, Pierre Rabhi est chargé de formation en agroécologie par le Cefra (Centre d’étude et de formation rurales appliquées).

Dès 1981, il part au Burkina Faso en tant que « paysan sans frontières » à la demande du gouvernement burkinabé, et avec le soutien du Centre de relations internationales entre agriculteurs pour le développement (Criad). En 1985, il crée, avec son ami Maurice Freund, un centre de formation en agroécologie au Burkina avec l’appui de l’association Le Point-Mulhouse, ce sera le premier centre du continent.

En 1986, l’agronome français René Dumont est chargé par l’association d’évaluer le travail de Pierre Rabhi, et se montre très critique avec les méthodes et surtout les croyances appliquées sur place par Pierre Rabhi. Pierre Rabhi aurait bénéficié de l’appui du président burkinabe Thomas Sankara qui voulait faire de l’agroécologie une politique nationale avant d’être assassiné en 1987. La peur du « Rouge », et l’incompréhension d’alors pour ses méthodes avant-gardistes, desserviront vraisemblablement la réputation de Pierre Rabhi.

En 1988, il fonde le Carrefour international d’échanges de pratiques appliquées au développement (CIEPAD) avec l’appui du conseil général de l’Hérault. Il instaure un « module optimisé d’installation agricole », des programmes de sensibilisation et de formation, et de nombreuses actions de développement à l’étranger, notamment au Maroc, ainsi qu’en Palestine, en Algérie, en Tunisie, au Sénégal, au Togo, au Bénin, et en Mauritanie. Il dispensera aussi son aide dans quelques pays de l’Est européen comme la Pologne, et l’Ukraine.

En 1992, il lance le programme de réhabilitation de l’oasis de Chenini-Gabès en Tunisie. Depuis 1994, il anime le mouvement Oasis en tous lieux, promouvant le retour à une terre nourricière et la reconstitution du lien social. Il publie dans la foulée plusieurs livres, dans lesquelles il développe sa façon de penser et fait l’éloge d’une pauvreté saine, qui permet d’aller vers l’essentiel, et ainsi d’accéder au bonheur (concept de la sobriété heureuse). Il est attaqué à ce sujet notamment par l’indécrottable J-B MALLET, qui voit des dérives sectaires dans un concept pourtant plurimillénaire et commun à la majorité des religions, dont le christianisme, mais aussi l’Islam, ou encore le Bouddhisme.

Photo : Economieintuitive.com

La même année, il fonde l’association Les Amis de Pierre Rabhi, rebaptisée en 1994 Terre & Humanisme. Un tiers du budget de l’association « provient des dons tirés des produits financiers « Agir » du Crédit coopératif » (plus 450 000 euros par an). Elle a pour objet la promotion et la transmission de l’agroécologie.

En 1997 et 1998 il participe à l’élaboration de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification.

De 1999 à 2001, il lance de nouvelles actions de développement au Niger, et au Mali.

En 2002, il fonde le « Mouvement Appel Pour une Insurrection des Consciences (MAPIC) » afin de se présenter à l’élection présidentielle, mais n’obtient que 184 parrainages d’élus sur les 500 requis.

En 2003, il rencontre Michel Valentin avec qui il crée en 2004 Les Amanins sur la commune de La Roche-sur-Grane, dans la Drôme. Cette infrastructure d’agrotourisme maraîcher qui s’étend sur 55 hectares accueille des séminaires d’entreprise, des vacanciers et des personnes en formation au maraîchage. Créée sous forme d’association à but non lucratif, elle compte 2 salariés aidés en permanence par de nombreux bénévoles.

3 – Citations de Pierre Rabhi

En tant que penseur, Pierre Rabhi nous laissera quelques belles citations, dont voici les plus parlantes :

« La beauté qui sauvera le monde, c’est la générosité, le partage, la compassion, toute ces valeurs qui amènent à une énergie fabuleuse qui est celle de l’amour. »

« Je ne veux pas participer à ce modèle de société qui a donné à l’argent plus d’importance qu’à la vie. Je suis ici-bas pour vivre, je ne suis pas ici pour augmenter le produit national brut. »

Illustration : Pinterest

« C’est dans les utopies d’aujourd’hui que sont les solutions de demain. »

« Pour que les arbres et les plantes s’épanouissent, pour que les animaux qui s’en nourrissent prospèrent, pour que les hommes vivent, il faut que la terre soit honorée. »

« Car nous entrons dans une ère où, face aux planifications de l’homme, la nature décidera et mettra des limites. »

« La nature est par définition le complexe vivant dans lequel l’être humain doit enfin trouver sa juste place s’il ne veut être éradiqué par ses propres erreurs. »

4 – œuvres littéraires

Voici pour finir les œuvres littéraires majeur de Pierre Rabhi.

  • Solutions locales pour un désordre global (2010)
  • En quête de sens (2015)
Image : Priceminister.com
  • Vers la sobriété heureuse (2010)
Vers la sobriété heureuse(2010)
  • Pierre Rabhi : Au nom de la terre (2013)
Au nom de la terre
(2013)

Ben. MASON

Publié par Ben. Mason

Jardinier autonome, spécialisé en éco-jardinage, et en permaculture.

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8 commentaires

  1. Bravo à ce grand homme pour son investissement personnel dans les projets verts… C’est vraiment triste qu’il ait eu à subir des controverses. Quelles qu’elles soient, il mérite d’être reconnu, à sa juste valeur, à l’égard de ses réalisations. Merci de nous avoir fait connaître cet homme.

    Aimé par 1 personne

  2. J’ai déjà assisté à une conférence de Pierre Rabhi et j’avais trouvé cela très intéressant. Parcours étonnant mais beau résultat. Merci de l’avoir évoqué. elienad

    Aimé par 1 personne

  3. Merci pour cet article très intéressant. J’avais aimé son livre du Sahara aux Cévennes ou il évoque les premières années de sa vie et le dur travail de la terre empierrée d’Ardèche. Il a vraiment mérité sa ferme et à eu beaucoup d’initiative. Aujourd’hui le succès aidant, il y a des controverses surtout à propos de l’argent des très nombreuses conférences . Que devient cet argent. Comment est t’il réutilisé? Je n’ai pas d’infos précises à ce sujet.

    Aimé par 1 personne

    1. Salut Alan, merci pour ta lecture,
      Ce brave homme à vraiment beaucoup de mérite, dont celui de dénoncer certaines choses qui ne vont pas, tant dans les domaines de l’agriculture et de l’environnement, que dans le domaine de notre rapport à la consommation.
      Effectivement ses finances ont fait polémique il y a quelques temps, à l’initiative de ce fameux Mallet. Il est question d’une somme de 500’000 Euros perçue au titre de droits d’auteurs, et de ses différentes conférences. Cette somme serait semble t’il à lisser sur une période de 10 ans, ce qui donne une moyenne mensuelle sympathique de 4’166 Euros, si l’on prend en compte le fait qu’il prenne en charge au moins son épouse, de tels revenus ne me semblent pas excessifs, du moins au regard des sommes touchées par les journalistes qui l’attaquent à ce sujet.
      Il faut aussi se souvenir que Rabhi investit de l’argent dans de nombreux projets associatifs, je ne pense pas que l’on aie affaire à un homme pingre, ou à un avare, combien même son train de vie aurait t’il augmenter avec sa popularité.
      Bonne journée Alan.

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