Les tourbières sont des zones naturelles humides sensibles, la vie sauvage y est particulièrement abondante. La tourbe est une matière première qui reste très utilisée en horticulture, car elle entre dans la composition de nombreux types de substrats et terreaux commerciaux. Jadis surexploitée, notamment comme combustible de chauffage, la tourbe est prélevée bien plus vite qu ‘elle ne se forme. L’assèchement des tourbières par drainage afin de rendre les terres cultivables, ou constructibles, est aujourd’hui la principale menace qui pèse sur ces écosystèmes.

Photo : Ornetourisme.com

1 – Deux types de tourbières

Ces zones humides anciennes abritent une grande diversité biologique. Sur ces terrains imbibés se développe une mousse (la sphaigne), laquelle s’accumule au fur et à mesure qu’elle meure. En effet, la sphaigne, sur ce type de terrains mouillés, et acides, se décompose très mal, et donc se sédimente sous forme de tourbe. Ce processus est très long, ainsi les tourbières encore actives, appelées « bas marais », sont en contact permanent avec la nappe phréatique. La végétation y est luxuriante, notamment composée d’herbes comme les laîches (carex). La parnassie des marais, certaines espèces d’orchidées, mais aussi les saxifrages œil de bouc font partie des végétaux communément aperçus en tourbière active.

Le bas marais
Photo : Naturemp.org

Les hauts marais se reconnaissent à leur aspect bombé, dû à l’accumulation importante de tourbe au fil de milliers d’années de processus. C’est sur ces hauts marais que se développent les sphaignes. Quelques plantes se sont également bien adaptées à ce milieu, comme la prêle, ou la plante carnivore droséra.

Les hauts marais sont des tourbières plus anciennes, elles présentent un aspect bombé
Photo : Eaudoubsloue.fr

2 – Biodiversité exceptionnelle

Cet écosystème particulier abrite une faune qui l’est tout autant, avec de nombreux batraciens (grenouilles, crapauds, et tritons), qui y trouvent fraîcheur et nourriture grâce à la multitude d’insectes présents, dont certains sont endémiques comme certaines libellules et certains papillons. Les oiseaux, rongeurs, et certains reptiles tels que les lézards, la vipère péliade, et certaines couleuvres sont aussi bien implantés dans ce milieu humide.

La sphaigne
Photo: Auvergne-centrefrance.com

Toute cette diversité n’est possible que par la présence permanente de l’élément aquatique. Les tourbières sont comme des éponges qui jouent un rôle régulateur des eaux pluviales, elles se gorgent d’eau en saison pluvieuse, puis restituent progressivement l’eau en période chaude et sèche. Ce processus naturel empêche les inondations, lesquelles deviennent plus fréquentes et plus catastrophiques avec la disparition des zones forestières humides, et le bétonnage quasi systématique des sols.

3 – Un puit de carbone insoupçonné

L’écosystème particulier des tourbières a une grande capacité à stocker du carbone. Nous connaissons bien la capacité des forêts, et des océans à capter nos émissions de gaz à effet de serre. Depuis peu ce rôle salutaire est également attribué aux grandes tourbières de la planète. L’équivalent de 3 années de pollution mondiale seraient ainsi stockées dans les sous-sol des seules tourbières congolaises, d’après de récentes estimations. Beaucoup de scientifiques étudient ces grandes tourbières du Congo, découvertes il y a relativement peu de temps. Ces zones tourbeuses sont probablement les plus vastes de la planète, et s’étendent sur une surface de plus de 145000 km².

30 % du carbone contenu dans les sols sont à priori stockés dans les tourbières, ce qui représente le double du volume stocké par les végétaux de l’ensemble des forêts du monde.

Illustration: Milletangs.com

4 – La préservation des tourbières

Au Congo, les concessions forestières sont officiellement suspendues depuis 2002, mais l’État congolais continue de vendre des parcelles forestières, dont certaines sont situées sur les tourbières. Les ONG telles que Greenpeace tentent de sensibiliser les populations locales, mais ces dernières vivent souvent de l’exploitation des arbres, et ne veulent pas trop entendre le discours écologique occidental. Pourtant la disparition de ces zones forestières humides accélérerait grandement le phénomène de réchauffement climatique, déjà très préoccupant.

La convention de Ramsar est un traité international de conservation, et de gestion durable des zones humides de la planète, signé afin d’endiguer leur destruction. Les tourbières représentent la moitié de ces zones humides mondiales. L’importance de leur sauvegarde est à ce titre de la plus haute importance. Les États signataires(168 pays) de cette convention se sont engagés à respecter l’écologie de ces zones sensibles, et à ne les utiliser que de manière durable. Ces pays s’engagent notamment à :

  • tenir compte de la conservation des zones humides dans leurs plans d’aménagement, et de veiller à une utilisation « rationnelle » des zones humides ;
  • inscrire des sites sur la liste Ramsar et promouvoir leur conservation ;
  • préserver les zones humides inscrites ou non dans la liste Ramsar, soutenir la recherche, la formation, la gestion et la surveillance dans le domaine des zones humides ;
  • coopérer avec les autres pays, notamment pour préserver ou restaurer les zones humides transfrontalières.

5 – Compost et terre végétale pour ménager les tourbières

En tant que jardiniers, nous pouvons, et devons nous aussi contribuer à la sauvegarde de ces merveilles de la nature, garantes de l’avenir des prochaines générations.

Le moins que l’on puisse faire est de s’assurer que l’on achète de la terre végétale, sans tourbe. Les terreaux horticoles, universels, plantes fleuries, plantation, et plantes méditerranéennes, vendus en jardinerie, contiennent tous entre 60 et 80 % de tourbe. Cette tourbe est ajoutée pour donner du volume, alléger, et acidifier légèrement le substrat. C’est aussi une matière spongieuse qui retiendra mieux l’eau que de la terre de jardin. En revanche, une fois sèche il vous sera plus difficile de la ré-imbiber. De plus, ce type de terreaux industriels, hormis les petites quantités d’engrais ajoutés initialement au mélange, ne valent pas tripette d’un point de vue nutritif. C’est pour cette raison que les plantes cultivées hors-sols dans ce type de substrat, nécessitent des apports d’engrais très réguliers, et des rempotages fréquents.

L’option compost est encore l’alternative la plus économique, et écologique, afin d’obtenir à domicile un terreau sans tourbe d’une excellente qualité nutritive pour vos plantes.

En utilisant un bon terreau de compostage, vos végétaux seront plus vigoureux car mieux nourri, vous préserverez nos magnifiques tourbières, tout en valorisant vos déchets organiques, et en sauvegardant vos économies.

Enfin les tourbières peuvent être visitées, la plupart sont désormais aménagées pour permettre une visite sans impact sur le milieu.

Photo : Bretagne35.com

Bon dimanche à toutes, et à tous.

Ben. MASON

Publié par Ben. Mason

Jardinier autonome, spécialisé en éco-jardinage, et en permaculture.

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3 commentaires

  1. Merci Alan, en effet je ne pensais pas non plus que ces milieux pouvaient capter tant de co2. Il faut dire que les tourbières sont nombreuses. Un point positif, en plus de leur beauté sauvage. Il faut vraiment les conserver.
    Bonne semaine à toi aussi

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