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Haïdar El Ali

UN HOMME AU SECOURS DE LA NATURE

Ce moi-ci, je vous présente un personnage haut en couleur. Haïdar El Ali est l’un des militants écologistes les plus influents du monde. Sa personnalité attachante, son discours juste et humaniste, et ses nombreuses actions concrètes en faveur de mère nature, ont fait sa renommée bien au-delà des frontières de son Sénégal natal. Si son franc-parler n’est plus à démontrer, Haïdar El Ali est avant tout un homme de terrain, plantations d’arbres, notamment dans les mangroves, protection active du milieu marin, et largage aérien de semences contre l’avancée du désert, il ne recule devant rien. Plusieurs fois ministre, le secouriste de la nature vient d’être nommé à la tête de la nouvelle agence de reforestation sénégalaise.

Haïdar El Ali
Photo : Senetoile.net

1 – Biographie

Haïdar El Ali est Issu d’une famille libanaise qui immigre pour Marseille, mais qui par erreur débarque…au Sénégal dans les années 1940. Haïdar voit donc le jour à Louga, le 27 janvier 1953.

Le jeune Haïdar aime l’eau, il fera partie de l’équipe espoir de nage du Dakar. A 17 ans, il est plongeur apnéiste, et déjà son intérêt pour la faune et la nature, notamment en milieu marin est grand. Autodidacte, il apprend la plongée seul, et s’offre lui même sa première bouteille de plongée pour ses 18 ans. Il obtient son bac en 1971, et travaille d’abord comme fabricant de meubles pendant 12 ans. Haïdar est doué mais ne s’épanouit pas, il rêve à l’océan, l’appelle du grand large.

D’abord formé par des plongeurs français au Sénégal, il poursuit cette formation en France. En 1984, il passe donc son diplôme de plongeur professionnel en France, et devient directeur de lOceanium de Dakar, qui n’était alors qu’une école de plongée, où l’on forme des militaires, des gendarmes, des agents des eaux et forêts et même les pompiers de Paris.

2 – Principaux travaux de Haïdar El-Ali

Au cours d’une plongée en mer, il observe une pêche à l’explosif, la scène le scandalise. Il filme tout et produit alors cette séquence. Ce fut le début de la transformation de l’Oceanium de Dakar en association de protection de la nature.

En 2002, le naufrage du ferry Joola fait pas loin de 2 000 victimes, il est l’un des premiers sur les lieux du drame. Il plonge, filme, et commente avec amertume ses observations. Il remontera par lui même de nombreux corps(500) de l’épave, leur permettant ainsi d’avoir une sépulture terrestre. Pour son dévouement, il sera élu « homme de l’année » par la Radio-télévision sénégalaise.

Très engagé pour l’océan, et contre la surpêche, Haidar El Ali a donné à son groupe de plongeurs un objectif de dépollution de l’océan au large du Sénégal : récupérer les quelque 3 000 filets de pêches abandonnés qui continuent à emprisonner les poissons. L’équipe en a déjà enlevé plus de 1’000.

El Ali s’est donné pour mission de sauver les mangroves sénégalaises
Photo : Seneplus.com

En 2004, avec l’appui des collectivités locales, Haïdar El Ali entreprend la reconversion de l’économie de pêche en écotourisme dans le delta de Saloum.

D’autre part, l’écologiste convaincu sensibilise toutes les couches de la population à la nécessité de vivre en cohésion avec la nature, et dans le respect de celle-ci.

Ainsi, les populations comprennent de plus en plus l’enjeu important du respect de l’environnement et luttent contre les déséquilibres engendrés par l’homme, en particulier dans les mangroves.

De même, après avoir sensibilisé les pêcheurs en leur montrant les dégâts occasionnés par la pêche à l’explosif, ces derniers ont abandonné la pratique, et commencent même à la dénoncer.

En 2008, à la tête de l’Oceanium, El Ali mène dans la forêt de Casamance une opération de replantation de 3 millions de palétuviers. Mais en mai 2016, un drone piloté par l’équipe de l’Oceanium met au jour le chantier d’une exploitation illégale de bois de vène dans cette même forêt. Haïdar El Ali dénonce le carnage, et informe l’opinion que ce pillage, actif depuis 2010, pourrait transformer la forêt en désert dans les 2 ans.

En 2009, Haidar El Ali est à l’origine d’une initiative qui a permis de replanter 30 millions de palétuviers en Casamance. À ce jours, plus de 65 millions d’arbres sur les 100millions d’arbres initialement ambitionnés par El Ali en 2010, ont déjà été plantés..

En 2018, il plante des propagules dans les mangroves sénégalaises pour relancer les poussées végétales. Depuis plusieurs années, Haïdar El Ali alerte sur le risque de disparition des forêts de Casamance, zone la plus boisée dans le sud du Sénégal, à cause, selon lui, du trafic de bois. L’ancien ministre mène régulièrement des campagnes de reboisement au Sénégal. Dans ce combat pour la protection des forêts, il est poursuivi en diffamation par le président des exploitants forestiers Ablaye Sow pour avoir associé, à juste titre, l’assassinat de 13 personnes dans la forêt de Baffa Bayotte à une mauvaise gestion liée à la société d’exploitation forestière. Il écopera injustement de 3 mois de prison avec sursis.

Photo : Ouest-france.fr

Aujourd’hui sa nouvelle mission est de renforcer la Grande muraille verte, qui doit protéger le pays contre la progression du désert. Cette muraille doit à terme s’étendre ouest en est du Sénégal au Djibouti, traversant onze pays, sur une longueur totale de 7’100 Km. Le Projet est pharaonique. Des opérations de plantations et de largage aérien de semences se multiplient pour mener à bien ce projet écologique ambitieux. La partie sénégalaise de cette muraille dont El Ali a la charge, s’étend sur 535 km.

Ce travail ne semble pas décourager « l’homme aux millions d’arbres » dont voici les propos recueillis à ce sujet par le magazine AU-SENEGAL.com ;

« Nous allons créer des pépinières scolaires et des pépinières villageoises chez les groupements de femmes qui ont un périmètre maraîcher. Notre objectif c’est de faire 20 opérations de reboisement par jour. Ensuite, nous comptons mettre en place un grand réseau de collecte de semences pour récolter la graine à la bonne période »

« Nous favorisons des espèces spécifiquement adaptés au climat sahélien mais qui ont aussi une utilité a la population. La grande muraille verte ce n’est pas qu’un projet de reboisement. Des jardins polyvalents (maraîchages, arbres fruitiers et légumes) sont aussi aménagés pour permettre aux éleveurs de diversifier leurs activités, et à long terme, limiter les effets du surpâturage. »

« Nous allons amener de l’eau en créant sur la partie extrême nord, celle qui longe le fleuve Sénégal, des oasis, qui vont être ravitaillés par le fleuve. Dans les zones où les forages sont très profonds, nous allons y installer des forages de type solaire pour alimenter nos oasis et nos surfaces cultivées »

« Nous voulons qu’en 2022, lorsque le monde entier aura l’œil braqué sur le Sénégal à cause des Jeux olympiques, que l’on puisse vendre un Sénégal vert. Nous voulons à travailler avec un large éventail de partenaires pour mieux répondre aux besoins des populations. Certaines entreprises sont intéressées, comme les groupes Mimran, Eiffage et Kirène, mais nous comptons travailler avec le plus de partenaires possible. Chaque Sénégalais doit se sentir concerné par cette agence. »

Carte de la « Great Green Wall project »

3 – Fonctions politiques

Après avoir soutenu Ousmane Tanor Dieng pour l’élection présidentielle sénégalaise de 2012, il est nommé en avril 2012 ministre de l’Écologie et de la Protection de la nature dans le premier gouvernement formé après l’accession de Macky Sall à la présidence de la République sénégalaise. Il est reconduit dans ses fonctions ministérielles en septembre 2013 au sein du gouvernement d’Aminata Touré, mais chargé de la Pêche et des Affaires maritimes.

Début 2014, Haïdar El Ali révise l’accord thonier avec l’Union européenne, une révision qui rend payant l’accès à la pêche dans les eaux sénégalaises. Face aux messages de contestation de cette décision par Greenpeace qui pensait que Haïdar El Ali bradait les ressources de poisson sénégalaises, il rappelle qu’avant la révision de cet accord datant de 2006 et gardé secret jusqu’alors, les pêcheurs européens se servaient gratuitement dans les eaux sénégalaises. C’est durant cette même période qu’il décide d’arraisonner un bateau de pêche russe, le Oleg Naydenov, qui venait pêcher illégalement dans les eaux territoriales du Sénégal. La diplomatie russe le qualifie à cette occasion de « sous-marin de Greenpeace ».

Puis toujours en 2014, il se lance dans la course des élections locales sous la bannière de la FEDES (Fédération démocratique des écologistes du Sénégal) à Ziguinchor. À la suite de sa défaite face à Abdoulaye Baldé, il démissionne en juillet 2014 de son poste de ministre de la pêche et des affaires maritimes.

Plus récemment, l’infatigable défenseur de la nature a été nommé à la tête de la nouvelle agence de reforestation sénégalaise.

Photo: Ouest-france.fr

Au vu de ce curriculum vitae impressionnant, on comprend mieux que celui que l’on qualifie d’« homme qui enrichit la terre », soit une personnalité si importante pour la défense de l’environnement. L’amoureux de la nature a déjà envisagé de se présenter aux présidentielles sénégalaises, mais fautes de ne pas vouloir se laisser corrompre pour obtenir les fonds nécessaires, il a fini par abandonner l’idée d’occuper poste suprême du pays.

4 – Citations de Haïdar El Ali

Bien que loin d’être affable, il a été difficile de trouver quelques phrases qui représentent bien la personnalité atypique de Haïdar El Ali. Bien que certains lui reprochent son pessimisme quant à l’avenir de notre planète, je retiens pour ma part l’espoir que ce Monsieur place en la jeunesse, la seule qui peut décider de changer le système actuel. Espoir que je partage.

Je vous invite à découvrir davantage cette belle personnalité en consultant cette vidéo en cliquant sur l’image ci dessous.

Vidéo de présentation de Haïdar El Ali

« Jamais une espèce vivante n’a eu sur la Terre autant d’impact que l’Homme, pourtant nous n’avons qu’une planète. Aujourd’hui le monde prend conscience que nos modes de développement ne sont pas durables et que nous allons devoir profondément changer notre rapport à la nature pour préserver la vie sur terre ».

« Ce que l’homme a détruit, il peut le restaurer »

« L’impossible c’est pour aujourd’hui, demain il sera trop tard. »

«Les gens de mon âge ont volé l’avenir de la jeunesse »

« Je suis un Cro­-Magnon qui aime les plantes et les animaux »

Haïdar El Ali

Photo : Wikipedia.org

5 – Prix et récompenses

  • Chevalier (1995), puis officier (2002) de l’Ordre national du Lion du Sénégal
  • Chevalier (1998), puis officier (2013) de l’Ordre national du Mérite de France
  • Médaille d’honneur de la gendarmerie sénégalaise (2002)
  • Ordre national du Mérite du Sénégal
  • Officier de l’ordre national de la Légion d’honneur de France (2013)
  • Médaille d’honneur du Liban 2019
El Ali est aussi un homme proche des gens, son humanité est touchante
Photo : Wikipedia.org

Ben. MASON

Publié par Ben. Mason

Jardinier autonome, spécialisé en éco-jardinage, et en permaculture.

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5 commentaires

  1. Vraiment merci Ben pour la découverte de cet homme. Je ne le connaissais pas et j’ai presque honte vu l’immensité de son action. J’aime beaucoup sa conclusion dans la vidéo et le message donné aux jeunes : « Action ». Ta série sur les hommes et les femmes qui se battent pour l’environnement est vraiment intéressante. Ces gens sont des phares qui nous éclairent dans le monde d’aujourd’hui. Alan

    Aimé par 1 personne

    1. Merci à toi Alan pour ton gentil commentaire. 🙂
      C’est avec plaisir que je rédige cette série sur les personnalités verte, je pense que les gens ont besoin d’exemples concrets pour se rendre compte que les actions en faveur de l’environnement ne sont pas vaines et utopistes. Nous sommes tous de Haïdar El Ali en puissance, si nous voulions bien faire quelques efforts.
      Pour ma part j’apprécie beaucoup son humilité, et le fait qu’il demande aux jeunes de trouver d’autres solutions pour l’avenir, conscient que nous avons jusqu’ici globalement mal fait.
      Il faut du courage pour reconnaître que l’on a eu tort, ou que l’on puisse s’être trompé. Les générations aînées ont du mal à encourager les jeunes sur de nouvelles voies, vers d’autres projets de société.
      En ce sens El Ali se démarque des écologistes de façade, qui pensent qu’il suffit de changer 2 ou 3 détails pour que le monde aille mieux.
      Tu as raison, ce genre de personnes sont effectivement des phares qui nous permettent d’entrevoir des solutions en cette époque perturbée. J’aime beaucoup ton expression.
      Je te souhaite une bonne journée
      Benjamin

      Aimé par 1 personne

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