PHYTOPHTHORA

LE REDOUTABLE SOUCIS FONGIQUE

Photo : Invasive.org

Phytophthora, ce nom barbare est l’association de deux mots grecs, « phyto » la plante, et « phtora » la destruction. Avec une appellation pareille il est évident que l’on ne souhaite pas trop constater sa présence au jardin. Ces organismes fongiques sont à l’origine de différents types de mildiou, les végétaux sensibles à ce pathogène sont relativement nombreux. La vigilance s’impose car les pratiques culturales adaptées, et des actions préventives sont les meilleurs moyens d’éviter l’apparition de ces champignons souvent mortels pour le végétal touché.

1 – Phytophthora, c’est quoi ?

Pour simplifier, phytophthora désigne en fait un ensemble de maladies fongiques parmi lesquelles plusieurs types de mildious (Mildiou sur Cactées, Fraisiers, Tomates, Poivron, etc). Ces mildious, induits par les phytophthoras, provoquent les taches foliaires, la pourriture des tiges, la nécrose du tronc et des racines de bon nombre de plantes ligneuses ou herbacées. Une grande partie de ces mauvais pseudo-champignons (Oomycètes) du sol ne sont pas spécifiques à un seul type de plante. Leur présence au jardin sur les arbres ,et plantes ligneuses peut parfois s’expliquer par une contamination en pépinière de végétaux cultivés en conteneur ainsi que par des conditions favorables comme un excès d’humidité du sol et/ou de l’air.

Les mildious, induits par les phytophthoras, provoquent les taches foliaires, la pourriture des tiges, la nécrose du tronc et des racines de bon nombre de plantes ligneuses ou herbacées
Photo : Flickr.com

Les espèces phytophthora cinnamomi et ramorum causent d’importants dommages aux cultures ornementales et en sylviculture, tandis que phytophthora infestans provoque les mildious de la Tomate et de la Pomme de terre au jardin potager. Il existe une centaine d’espèces de phytophthora identifiées à ce jour, certaines récemment, mais le genre en compte probablement plusieurs centaines que nous ne connaissons pas encore.

2 – Causes, et symptômes

Suivant l’espèce de phytophthora qui parasite vos cultures, les symptômes peuvent variés, néanmoins, les moyens de s’en protéger seront similaires. Voici les différentes espèces de phytophthora et leurs principales spécificités.

Phytophthora Cactorum : Aussi appelé Mildiou des Cactées, il est redouté des cultivateurs de Cactées car il est très difficile de l’arrêter et peut en outre se propager aux fruitiers, aux Fraisiers, mais également aux Azalées, et Pivoines, entre autres. Généralement des lésions blanchâtres à la base des jeunes plantes et de leurs racines virant au brun noir, puis devenant molles doivent vous alerter. Chez les sujets adultes, les tissus mous brunissent puis sèchent. Si l’atmosphère est humide, le botrytis s’y installe pour ne rien arranger.

Phytophthora Cinnamomi : Il s’agit sans doute de l’espèce la plus fréquente dans les jardins et s’attaque notamment aux plantes dites de « terre de Bruyère » (Rhododendron, Bruyères callunas, Azalée, Pieris, etc .). Certains Conifères comme l’If (Taxus baccata) et le Faux-cyprès (Chamaecyparis)y sont également sensibles. Parmi les fruitiers, la Myrtille est aussi un hôte pour ce pseudo-champignon. Ce parasite infiltre le végétal via les plaies à proximité du collet ou par les racines superficielles du végétal avant de se développer à la fois dans les racines et dans les tiges. Sa conservation dans le sol et dans les plantes malades favorise sa dissémination via l’eau d’arrosage ou la pluie mais aussi bien souvent par le jardinier lui-même (bottes crasseuses, outils, pots et tuteurs mal ou non désinfectés, acquisition de végétaux contaminés, etc).

P.cinnamomi s’attaque notamment aux plantes de terre de Bruyère tels que Rhododendron et Azalées
Photo : Rhododendron.com

Phytophthora cinnamomi provoque deux types de symptômes :

  • Sur les racines et le collet, une pourriture associée à des plaies chancreuses, avec souvent une réduction du chevelu racinaire. Chez les conifères une coupe transversale du collet révèle une pourriture spongieuse brun marron.
  • Sur les rameaux, le feuillage se décolore, jaunit, brunit ou rougit, parfois s’enroule (Rhododendron) avant de sécher assez rapidement ( feuilles cassantes). Sur les faux-cyprès, le Phytophthora dessèchera progressivement mais sûrement la totalité de l’arbre. On notera aussi une nécrose au niveau des tissus du collet sous l’écorce et dans les racines.

Phytophthora Fragariae : Ce type de phytophthora provoque le mildiou du Fraisier et est aussi problématique chez le Framboisier. Phytophthora fragariae flétrit les jeunes feuilles de fraisiers au printemps les symptômes peuvent ensuite s’étendre à l’ensemble du plant qui brunit alors que simultanément les racines pourrissent. Sur les Framboisiers il se développe lors de périodes fraîches, entre 5 et 15°C, et très humides qui asphyxient les racines et font succomber les cannes.

Phytophthora sur tronc d’agrume
Photo : J.H Graham – Idtools.org

Phytophthora Infestans : Le responsable du mildiou de la Pomme de terre et de la Tomate, cette espèce de Phytophthora fut à l’origine d’une grande famine survenue en Irlande durant l’année 1840. La Pomme de terre y constituait alors la nourriture essentielle, et patatras…Phytophthora!. L’espèce Infestans peut contaminer directement des parties aériennes via la projection, à partir d’un sol contaminé, de gouttes d’eau transportant des spores contaminants. Le vent dissémine également rapidement ce type d’organisme très volatil. Les symptômes sur solanacées(tomates, aubergines, pommes de terre, poivrons…), apparaissent par temps chaud et humide, on observera des taches huileuses noirâtres se formant sur les extrémités et les bords des feuilles ainsi que sur les tiges. Ce phénomène s’accompagne d’une moisissure blanche sur le revers du limbe. Cela provoque l’affaissement de la plante entière. Chez la Tomate, les fruits verts et les tiges brunissent puis sèchent. Sur la Pomme de terre, les spores, tombées au sol contaminent également les tubercules qui présentent des zones noirâtres, qui finissent par sécher et pourrir.

Les solanacées, ici la pomme de terre, sont exposées à phytophthora infestans
Photo : Weebly.com

Phytophthora Ramorum : Sans doute le plus redoutable de cette liste, il peut infecter plus de 120 espèces végétales, ce phytophthora est le plus redouté en forêt. Repéré en 2002 pour la première fois en France, au sein de pépinières de Bretagne et Pays-de-la-Loire, sur Rhododendron et Viorne. Il est ensuite observé à nouveau en 2017 en sous-étage forestier, en Bretagne et en Normandie. Encore à ce jour, les seuls foyers sauvages de phytophthora ramorum en France, se situent dans les forêts du Finistère. Il existe pour ce champignon des hôtes foliaires comme le Rhododendron ponticum, le Myrtillier, et de nombreuses plantes ornementales. Ces hôtes sont sensibles à la maladie mais généralement n’en meurent pas. Cette stratégie permet au champignon parasite de se propager en provoquant une sporulation importante diffusée par le vent et la pluie, ce qui créera en revanche des ravages sur les hôtes « terminaux » comme le Chêne rouge (Quercus rubra), le Hêtre, le Marronnier ou le Mélèze du Japon (le Mélèze est simultanément hôte foliaire et terminal et a connu un important déclin en 2009 au Royaume-Uni. Les mélèzes du Finistère ont révélé la présence de la maladie dès 2017. Parmi les hôtes européens du Phytophthora ramorum on peut citer les Rhododendrons, la Viorne, l’Érable, le Marronnier d’Inde, le Bouleau, le Noisetier, le Frêne, le Houx, le Saule marsault, le Sorbier des oiseleurs, le Cyprès de Lawson, le Mélèze, l’Epicéa de Sitka, le Sapin de Douglas, et la plupart des sapins du genre Abiès. Les symptômes sur espèces arbustives se limitent donc souvent à leurs feuillage décoloré tandis que le chez le Mélèze du Japon, les aiguilles se décolorent, passant du vert au jaune avant de virer au rouge. Les arbres dépérissent dans leur ensemble (dessèchement et chute de cime, croissances inhabituelles de nouvelles pousses latérales). Les sujets atteints finissent par présenter des nécroses noirâtres, des chancres et des écoulements de résine.

N.B : Les agents du chancre suintant du Marronnier, de la pourriture brune qui affecte les fruits des branches basses des agrumes font aussi partie du genre phytophthora.

Le phytophthora finit par entraîner la mort de l’arbre hôte, ici dans une culture d’Abiès Nordmann
Photo : Hort.uwex.edu

3 – Moyens de luttes préventifs

Voici 8 moyens de prévenir l’apparition de phytophtora :

  1. Veillez à planter dans un sol suffisamment drainé : ajoutez du gravier, de la pouzzolane, de la matière organique afin d’améliorer la circulation de l’eau et de l’air ou optez pour une culture sur butte.
  2. Espacez suffisamment les plants pour éviter le contact entre les feuillages et créer une atmosphère saine et ventilée.
  3. Paillez le sol afin d’isoler le feuillage du sol, au potager (Buttez les Pommes de terre ou paillez avec soin).
  4. Évitez de blesser le collet des arbres avec des outils ou des des engins de débroussaillage.
  5. Plantez des variétés résistantes au mildiou du Fraisier, de la Tomate, de la Laitue, de la Pomme de terre .
Tubercules de pommes de terre contaminées par le phytophthora
Photo : Plantsdepommedeterre.org
  1. Éliminez au maximum les tubercules de Pomme de terre infectée car les spores survivent également dans le sol durant l’hiver.
  2. Effectuez de longues rotations : attendez au moins 4 à 5 ans avant de replanter des plants d’une espèce donnée au même emplacement.
  3. Bannissez les monocultures qui constitueront un terrain de jeux pour ce champignon virulent.

4 – Les traitements curatifs

Il est difficile de venir à bout d’une infection de phytophthora, cependant quelques actions curatives peuvent être tentées si le problème est pris rapidement en main.

  1. Contre les phytophthoras des racines (dépérissement des Conifères), il est recommandé d’arracher et de brûler les plants atteints. Changez la terre en profondeur est compliqué et inutile, évitez surtout de replanter la même espèce à l’endroit contaminé.
  2. Au Potager, un contrôle régulier du feuillage est de mise lors de périodes pluvieuses afin d’intervenir rapidement. Attention, les plantes herbacées succombent rapidement.
  3. Supprimez systématiquement les feuilles tachées et autres parties atteintes, puis pulvérisez sur les parties aériennes saines, au choix :
  • de la Bouillie Bordelaise (dès la sortie des feuilles de Pomme de terre)
  • de la décoction de prêle (2,25g/l) en période chaude et humide sur Tomate et Pomme de terre tous les 7 à 14 jours.
  • de l’infusion de sauge (80 g de feuilles fraîches ou 50 g de feuilles sèches dans 1 litre d’eau bouillie),
  • de l’huile essentielle (Romarin, arbre à thé, sarriette des montagnes, clou de girofle ou sauge sclarée) à raison de 20 gouttes mélangées à 10 ml d’huile d’olive + 10 ml de savon noir, puis diluer dans 5 litres d’eau.
Dégâts du phytophthora sur les poivrons
Photo : Invasive.org

Ben. MASON

Publié par Ben. Mason

Jardinier autonome, spécialisé en éco-jardinage, et en permaculture.

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6 commentaires

  1. Bonjour Ben,
    Effectivement ce mildiou est une calamité. J’en avais déjà entendu parler dans les années 60. C’était la hantise des vignerons des bords du Lac Léman, les fameux vins blancs de la Cote ou du Lavaux (Yvorne etc) et du Valais (Fendant etc).
    Avec mes meilleurs messages,

    Aimé par 1 personne

  2. Comme vous le dites : entre le botrytis, la rouille, le phytophtora et autres « sympathiques  » attaques c’est vraiment … patatras… Et quel boulot d’avoir des végétaux sains .Merci de nous mettre en garde et de donner des remèdes. Bonne journée

    Aimé par 1 personne

  3. Coucou Benjamin,

    Merci pour tes conseils préventifs… Si on peut éviter les maladies de végétaux, c’est préférable. L’une de tes méthodes de paillage est une option que je teste et je devrais également m’appliquer un peu plus vis-à-vis des autres suggestions. J’en apprends encore et encore 🙏

    Bisous.

    Aimé par 1 personne

  4. Bonjour Benjamin,
    Quelle calamité ce mildiou. J’ai une vigne qui depuis plusieurs années en est envahie, un désastre. Rien à faire, même les traitement n’ont eu aucun effet. Un ami ma conseillé de la couper et d’en planter une variété plus résistante. Qu’en pensez vous ?

    Aimé par 1 personne

  5. Bonjour Princecranoir, Effectivement si vous n’observez pas d’amélioration malgré les traitements il vaut mieux tenter votre chance avec une variété résistante au mildiou. Les variétés Artaban, Floreal, Vidoc et Voltis sont officiellement inscrite au catalogue depuis 2018, et résistent au mildiou, ainsi qu’à l’oïdium. Des traitements à la bouillie bordelaise resteront nécessaire en fin d’hiver pour écarter tous risques fongique, mais ce stricte minimum suffit à conserver des cèpes en bonne santé.
    Attention avec l’eau, les problèmes fongiques surviennent surtout en sol peu drainant, voire argileux. D’une manière générale ont plante la vigne en sol drainant, et on arrose uniquement lors de la première année pour aider le pied à prendre racine. La seconde année, la vigne ne s’arrose en principe plus.
    Bien à vous
    Benjamin

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