LA RAINETTE VERTE

Mes conseils pour bien l’accueillir

La rainette verte est un petit batracien arboricole, d’allure sympathique, et qui joue un rôle important dans l’équilibre de la biodiversité. Très présente sous nos latitudes, elle est pourtant discrète, et se montre souvent à la nuit tombée. Animal plutôt nocturne, cette grenouille se révèle être un redoutable prédateur pour bien des insectes, qui en surnombre peuvent nuire à la santé générale du jardin.

Le point sur les mœurs de cet amphibien, et quelques bons conseils pour favoriser sa présence, et lui assurer un habitat où il se sentira à son aise.

Visite nocturne d’une rainette verte sur ma terrasse
Photo : Autonomie Jardin

1 – Reconnaître la rainette verte

La rainette verte (Hyla arborea), est une espèce d’amphibiens de la famille des Hylidae. On la classe souvent parmi les grenouilles bien que scientifiquement parlant, on sépare les grenouilles (ranidés) des rainettes (hylidés) simplement parce que les rainettes sont dotées de pelotes adhésives au bout des doigts qui leur permettent un mode de vie arboricole. En Europe, les rainettes sont d’ailleurs les seuls amphibiens à avoir ce mode de vie particulier de grimpeur.

Ne dépassant pas les 5 à 6 cm de long, elle présente une peau lisse, d’un vert pomme souvent très vif, le ventre gris-blanc et présente une bande brune de l’œil aux flancs.

Sans une analyse génétique, la rainette verte ne peut se différencier de sa proche cousine, la Rainette méridionale, que par son chant plus rapide ou par la bande latérale brune qui se prolonge sur ses flancs, alors que cette ligne se limite au contour de l’œil chez l’espèce méridionale. Elle possède une longue langue collante qui peut se déployer en un éclair afin d’attraper les petits insectes qui passent malencontreusement à sa proximité.

Le coup est imparable ! Mouches, moustiques, sauterelles, cloportes, tout y passe.

Ses yeux sont dorés, avec une pupille noire en amande, du plus bel effet.

Zoom sur l’œil d’une rainette
Photo : wikipedia.org

2 – Habitat et mœurs de la rainette

La rainette est présente sur tout le continent européen, cependant, l’activité humaine lui rend la vie dure, et elle à tendance à décliner dans certaines zones géographiques. Sa distribution contemporaine s’étend donc de la péninsule Ibérique et de la France vers l’est jusqu’à l’ouest de la Russie et la région du Caucase. Au sud on la rencontre jusque dans les Balkans et en Turquie. Elle est globalement absente de la Scandinavie (à l’exception du sud et l’est du Danemark et de l’extrême sud suédois). Elle fut introduite au Royaume-Uni mais y est désormais considérée comme éteinte, à cause de l’activité humaine principalement. Elle fut également introduite sur le canton de Genève en Suisse, mais l’air du Léman ne lui a semble t’il pas réussi non plus.

C’est une espèce de plaine qui a été enregistrée à une altitude maximale de 2 300 m.

Tous types confondus, rainette verte, intermédiaire, méridionale, ibérique, ou sarde, on peut considérer que son aire de répartition est étendu sur la quasi totalité du vieux continent.

Elle évolue dans les forêts de feuillus, les forêts mixtes, les parcs et jardins, les vergers, les rives des lacs et cours d’eau. Elle évite toutefois les forêts trop sombres et denses, car, animal à sang froid, elle nécessite du soleil en journée pour faire le plein d’énergie.

Rainette méridionale en plein bain de soleil
Photo : Wikipedia.org

La rainette verte se rencontre surtout dans les milieux humides, marécageux et les espaces boisés mais toujours à proximité de l’eau.

On peut en apercevoir le soir près des points d’eau dans un jardin (gamelle pour chien, soucoupes de pots, mares, etc.) et durant la journée sur des branches de plantes exposées au soleil, là encore, jamais loin d’un point d’eau.

Elles ont une activité principalement nocturne, tandis qu’elles passent la journée, lorsque celle-ci est bien ensoleillée, immobiles plusieurs heures afin de prendre le soleil.

Leur régime alimentaire se compose principalement d’insectes volants, bien qu’elle ne laissera pas filer un rampant si l’occasion se présente.

La rainette est le seul batracien européen à mener une vie arboricole
Photo : Wikimedia.org

La maturité sexuelle est atteinte à deux ans, et la reproduction se fait au printemps, de mars à juin. Les femelles pondent de 800 à 1000 œufs en masses non-flottantes, à l’inverse des grenouilles et crapauds.

Les têtards présentent une crête dorsale marquée et des mouvements vifs et rapides semblables à ceux d’alevins. Leur développement est assez rapide, et ils prennent vite un aspect adulte, si les poissons les laissent tranquilles. D’octobre à mars la rainette hiberne à l’abri, en général sous une souche, une pierre, cavité, trou, ou fissure .

Les œufs
Photo : Wikipedia.org
Le têtard
Photo : Vikidia.org
L’adulte mâle
Photo : Flickr.com

Le taux de survie d’une année sur l’autre ne varie pas de manière significative selon le sexe. La survie de la jeune génération est fortement liée à la pluviométrie. En effet, les pluies favorisent la survie des têtards.

La rainette verte est menacée d’extinction, comme la plupart des amphibiens, sur la totalité de leur aire de répartition, pour des raisons probablement multifactorielles, qui peuvent concerner les parties aquatique et/ou terrestre de leur cycle de vie.

Cette espèce a des besoins précis pour maintenir sa diversité génétique et son développement, notamment en termes d’habitat naturel. Elle a par exemple du mal à se déplacer dans les milieux asséchés ou traités par des insecticides, sachant que les milieux qu’elle fréquente, des mares peu profondes notamment, peuvent évoluer rapidement (sécheresse, drainage, pollution…). Elle forme des groupes de populations parfois éloignées les uns des autres et peut effectuer de petites migrations.

La rainette verte est donc une espèce en forte régression dans les zones urbanisées et dans les régions d’agriculture intensive. La pollution de l’eau par les insecticides, ainsi que l’introduction de poissons dans les petites mares et étangs sont aussi des facteurs de disparition de l’espèce dans certains territoires. Elle est par exemple considérée comme menacée de disparition en Suisse, et même éteinte en Belgique, selon une étude danoise récente basée sur des analyses génétiques.

Habitat naturel typique de la rainette, ici l’étang du Bois Neuf(Canton de Vaud-SUISSE)
Photo : Wikipedia.org

La fragmentation des habitats de cette espèce est aussi un facteur important de régression ou disparition de cette espèce, car il est source de « goulot d’étranglement génétique ».

Une autre étude récente montre que parmi les facteurs de régression, l’urbanisation de la périphérie d’un étang autrefois occupé par des rainettes a un impact très négatif sur la probabilité de présence de l’espèce. Le nombre d’heures d’ensoleillement de l’étang est corrélé à l’importance des chants des mâles (supposés importants pour la territorialité et le succès de reproduction). Une conductivité élevée de l’eau (signe de minéralisation ou salinisation) a été associée à une plus faible probabilité de présence de l’espèce.

Enfin, curieusement, sur le territoire de cette étude plus une zone humide est proche d’une route à deux voies, plus les mâles chantent. Sans doute tentent t’ils ainsi de faire entendre leur belle voix dans tout ce vacarme.

3 – Utilité au jardin

Dans votre jardin, outre sa présence sympathique, la rainette vous débarrassera gratuitement des insectes en surnombre, dont certains peuvent vous être franchement désagréable, comme les moustiques, mouches, mais aussi les teignes des ruches. Les grillons, sauterelles, criquets, et cloportes sont aussi souvent pris pour cible, mais la rainette peut aussi contribuer à faire un peu de ménage parmi les populations de limaces et de chenilles.

Un bassin de jardin bien aménagé constituera un beau refuge pour les rainettes pourvu qu’il ne soit pas trop poissonneux
Photo : Flickr.com

Tout ces services écologiques rendus au jardiniers que nous sommes valent bien de supporter quelques semaines par an, leur parade nuptiale un peu bruyante. Le chant du mâle peut s’entendre à pas moins de un kilomètre à la ronde.

J’ajoute aussi son coté ludique, du fait qu’elle sera un sujet d’observation, et d’émerveillement idéal pour nos chères têtes blondes. Attention toutefois, il ne faut pas les capturer, même si les enfants aiment bien souvent les détenir dans un bocal. Ce n’est pas une façon d’éveiller les mômes à l’écologie. En outre, leur détention, et/ou leur transport, qu’il s’agisse des œufs, des têtards, ou des adultes, est formellement interdit par la loi française.

4 – Favoriser son installation au jardin

Il est relativement simple d’attirer une rainette dans son jardin ; il suffit de lui procurer un point d’eau en pente douce car elle appréciera de se reposer dans les zones peu profondes d’un bassin. Elle pourra en plus y pondre sans difficulté. N’hésitez pas à lui offrir des perchoirs, sous la forme de végétaux aquatiques à grandes feuilles tels que les nénuphars ou les lotus mais aussi de nombreuses plantes de berges, et arbustes afin qu’elle puisse grimper sur les tiges et chasser les insectes à sa guise.

Nénuphars ou lotus permettront au batraciens de faire le plein de soleil en journée
Photo : Topimagenes.net

Pour l’hiver, laissez un tas de branchages, des tuiles, des pots de fleurs retournés ou encore un tas de paille à leur disposition, non loin de votre point d’eau afin de leur offrir un abri de choix. Elles reviendront ainsi en pleine forme au printemps suivant, prêtes à chasser, et à égayer le jardin de leurs chants.

5 – Conseils pour la préserver

Afin de préserver les rainettes, vous pouvez prendre plusieurs mesures qui leur rendront la vie plus facile, et surtout éviter certaines pratiques agricoles qui leur sont préjudiciables ;

Bannissez les pesticides et insecticides de votre arsenal de défense horticole,

évitez de travailler le sol pendant l’hiver, et au début du printemps,

préservez les haies vives, et les espaces enherbés,

ne versez pas d’anti-algues, ou anti-larves dans vos points d’eau,

n’introduisez pas trop de poissons dans vos bassins, mares, ou étangs,

abandonnez l’usage des granulés anti limaces,

ne créez pas trop d’ombre sur votre point d’eau,

paillez vos cultures, ou préservez la litière naturelle afin de maintenir le milieu humide,

n’installez pas votre point d’eau en un lieu trop agité et/ou bruyant,

éviter tondeuses et débroussailleuses à proximité des points d’eau,

ne taillez pas vos végétaux de berges au printemps (préserver les œufs),

ne capturez aucun spécimen, laissez les vivre.

En suivant ces quelques principes simples, vous contribuez à la préservation de ce superbe amphibien, et à travers lui une saine biodiversité indispensable à un espace vert sain, agréable, et vivant.

Photo : Corentin Morvan – Cocheurs.fr

Pour finir, je ne résiste pas à vous partager cette belle citation ;

« Le biologiste passe, la grenouille reste. »

Jean Rostand

Artiste, Biologiste, écrivain, Scientifique (1894 – 1977)

🐸 Excellente fin de semaine à tous. 🐸

🐸 grenouille

Ben. MASON

Publié par Ben. Mason

Jardinier autonome, spécialisé en éco-jardinage, et en permaculture.

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11 commentaires

  1. Très joli plaidoyer pour la petite rainette verte bien mignonne, pas encombrante, jolie et bien utile au jardin. Sa photo, au bord du pot est du meilleur effet .Elle va peut-être faire comme moi et souhaiter un bon anniversaire à AUTONOMIE JARDIN : 1 an le 13 aoùt. Longue vie à votre blog très apprécié.

    Aimé par 3 personnes

    1. Bonjour Elienad, merci pour votre message.
      Effectivement, déjà un an d’articles, de photos, de dossiers, et de sympathiques réactions des uns et des autres. Le temps passe vite.
      Merci pour votre soutien et vos nombreux encouragements à la rédaction de ce blog qui grandit, doucement mais sûrement.🙏
      Bonne fin de journée
      Benjamin

      J'aime

    1. Salut Alan,😂 sans doute prochainement je ferais un article au sujet de Couleur Verte, mais il s’intitulera alors « la Reine Verte; Comment s’en inspirer pleinement ». Tu me donnes de bonnes idées!👍
      Merci pour ton mot et ton passage.
      Je te souhaite un excellent week-end
      Ben

      Aimé par 1 personne

  2. Merci Ben pour cette publication intéressante, j’ai beaucoup appris sur ce batracien qui hélas doit être complètement absent dans les Alpes de Haute Provence. La photo (Autonomie Jardin) prise sur la terrasse est très réussie et celles pour illustrer l’article parlantes.
    Amicaux messages,
    Fuego 1982

    Aimé par 2 personnes

    1. Salut Fuego, Merci pour ton commentaire;
      Je pense qu’il est possible qu’il y aie quelques populations de rainettes, mêmes dans les Alpes de Haute Provence, mais seulement en dessous des 2300 mètres d’altitudes, arboricole ne veut pas dire alpiniste🧗‍♂️😄. Une chose est sûre, la faune est belle et variée dans ces beaux massifs préservés de la forte activité humaine.
      Passes un beau week-end.

      Ben

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    1. 👍Merci Holmes,
      C’est toujours avec grand plaisir que je vous concocte des sujets sympas. D’ailleurs, à ce propos, si tu as des sujets qui te tiennent à cœur (plante, technique horticole, environnement,, ou des conseils pour démarrer tes cultures à Mada🌱🌾🌴), n’hésites pas à m’en faire part, je te ferais un beau post bien précis avec joie.
      J’aime bien avoir des p’tits articles comme ça qui me sortent un peu de ma routine, et de mes plantes de prédilections.
      ⛺🌄
      Passes un bon week-end

      Ben

      J'aime

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