Les auxiliaires de culture

Tirez parti des organismes du jardin

Photo: Autonomie Jardin

La gestion de la biodiversité est une problématique commune à tous les agriculteurs, qu’ils soient installés en agriculture biologique ou en mode conventionnel, et quelle que soit la production réalisée. La biodiversité peut avoir un impact positif direct sur l’activité agricole. Elle permet à la fois d’assurer des services écosystémiques tels que la pollinisation ou la décomposition de la matière organique, mais elle tient aussi un rôle de premier plan dans la gestion des ravageurs grâce aux auxiliaires des cultures.

Dans le contexte actuel de recherche de solutions alternatives aux produits phytos et de développement de l’agriculture bio, une meilleure connaissance des auxiliaires des cultures et des services qu’ils rendent est primordiale.

1 – Dynamique d’installation des populations : relation ravageurs/auxiliaires

Les auxiliaires ont un effet sur la population des ravageurs présents sur vos cultures. Des études ont démontré l’existence de relations trophiques entre les populations de proies et de prédateurs dans des écosystèmes naturels et agricoles. Les auxiliaires peuvent réguler une population de ravageurs, voire la décimer totalement. Certains sont présents naturellement sur les parcelles, d’autres sont introduits par l’homme dans une optique de lutte biologique. On peut distinguer deux types d’auxiliaires :

Les prédateurs : les larves et les adultes mangent leurs proies.

Les parasitoïdes : les larves se développent sur ou dans un autre organisme (l’hôte) et leur développement conduit à la mort de l’hôte.

Photo: Unespacepourlavie.ca

2 – Les Prédateurs

Certains auxiliaires sont capables de réguler une population en réduisant grandement la population de ravageurs sur les cultures.

>>> Les coccinelles

Les coccinelles et leurs larves sont de redoutables prédateurs qui s’attaquent à un certain nombre de ravageurs tels que les pucerons, les psylles, les cochenilles, les acariens, les thrips ou encore les cicadelles. Elles sont présentes naturellement sur les parcelles de moyennes à grandes cultures qui leur offrent une belle diversité de nourriture. Elles se révèlent être de très bons auxiliaires et particulièrement pour lutter contre les pucerons puisque 65% des espèces s’en nourrissent.

En tout, c’est environ 9000 ravageurs des cultures qui sont consommés durant la phase de vie adulte d’une coccinelle (100 à 2000 proies par jours consommées à l’état larvaires, 30 à 70 proies par jour au stade adulte). Les espèces les plus courantes sur les parcelles de grandes cultures sont les coccinelles à 7 points (Coccinella septempunctata) et les coccinelles sombres (Scymnus rubromaculatus) mesurant entre 1.5 et 2mm. Elles se reproduisent au printemps dès que les températures atteignent environ 15°C , et à proximité de leurs proies afin de favoriser le développement des larves.

Une à deux générations peuvent être observées annuellement.

ATTENTION ! De plus en plus de coccinelles asiatiques (Harmonia axyridis) sont observées sur les parcelles. Initialement introduites en Europe pour contrôler biologiquement les ravageurs des cultures, elles entrent aujourd’hui en compétition avec les coccinelles locales, pour la consommation de leurs larves ou pour la recherche de nourriture.

>>> Les syrphes

Les syrphes sont de petites mouches jaunes et noires, leurs larves sont translucides. Les adultes sont des pollinisateurs, on les retrouve souvent l’été sur les fleurs, principalement sur les ombellifères. Les larves sont des prédatrices de différentes espèces de pucerons, de larves ou de chenilles. Les adultes pondent au sein des colonies de proies ou à proximité, en adaptant la taille de la ponte à la taille de la colonie. Après l’éclosion, les larves se nourrissent des proies situées à proximité. La quantité de pucerons ingérée par les syrphes est la même que les coccinelles. De plus, on observe jusqu’à 7 générations de syrphes par an, rendant ces auxiliaires plus efficaces encore.

>>> Les chrysopes

Les chrysopes sont aisément reconnaissables par leurs grandes ailes transparentes et nervurées. Leur régime alimentaire est varié : les adultes consomment du nectar et du pollen, les larves s’attaquent aux pucerons. La période d’activité des chrysopes est précoce puisque les femelles ont tendance à pondre tôt dans l’année. Cette faculté permet donc de freiner rapidement la prolifération des ravageurs. Au cours de son développement, une larve peut consommer 400 pucerons, et jusqu’à 40 acariens phytophages par heure. Suivant les espèces, on peut observer 2 à 4 générations par an, ce qui en fait un auxiliaire des cultures très efficace.

La chrysope
Photo: Flickr.com

>>> Les carabes

Les carabes sont des coléoptères du sol, qui généralement ne volent pas. On les reconnaît grâce à leurs élytres (ailes antérieures rigides) striées de couleurs variées. La majorité des espèces sont des prédateurs (généralistes ou spécialistes). Ils se nourrissent d’œufs ou de larves de coléoptères, chenilles, pucerons, limaces, escargots… Certaines espèces peuvent consommer 2 à 3 fois leur poids par jour. Certains carabes consomment également des graines d’adventices (sétaires vertes, capselles bourse à pasteur,…). La plupart des espèces comptent une génération par an. Les carabes sont naturellement présents sur les parcelles et sont très sensibles à la qualité de leur milieu. Ils affectionnent beucoup les talus, les haies et les bandes enherbées, leur servant d’abris et leur fournissant la nourriture nécessaire à leur développement.

>>> Les staphylins

Le staphylin est un autre genre d’insecte coléoptère facilement identifiable par ses courts élytres qui ne couvrent qu’une petite partie de son abdomen allongé et aplati. La plupart des espèces de staphylins, adultes et larves, sont prédateurs généralistes de nématode, acariens, collemboles, pucerons, chenilles, limaces, escargots. Les espèces de grandes tailles consomment principalement leurs proies au niveau du sol (limaces, ravageurs souterrain, œufs…) et les plus petits attaquent principalement les acariens phytophages. D’autres espèces sont consommatrices de cadavres et d’excréments.

également appelé Pseudoscorpion le staphylin est un auxiliaire très efficace
Photo: Insecte.org

D’autres auxiliaires participent aux régulations mais ne peuvent juguler des populations à eux seuls C’est le cas des perce-oreille qui peuvent consommer des pucerons et des punaises qui peuvent être phytophages ou prédatrices selon les espèces. Les punaises mirides consomment les acariens, d’autres espèces consommeront des pucerons ou des criocères (lémas)ravageurs du blé. Les araignées sont des prédatrices généralistes. Elles chassent à l’affût ou grâce à leur toile, avec laquelle elles peuvent capturer jusqu’à 1 000 pucerons ailés. Certains oiseaux (rapaces, chouettes) et mammifères (chauves-souris, belettes…) seront quant à eux prédateurs d’insectes, de limaces ou de petits rongeurs.

3 – Les parasitoïdes

Les insectes parasitoïdes sont des régulateurs efficaces des ravageurs des grandes cultures. Ils appartiennent principalement à l’ordre des hyménoptères et représentent 10 % des insectes.

>>> Le trichogramme

Les trichogrammes sont des microhyménoptères de taille inférieure à 1 mm. Ils ne sont pas présents naturellement sur les parcelles cultivées mais sont introduits par l’homme dans les cultures pour lutter biologiquement contre la pyrale du maïs. L’action vise à disposer des diffuseurs contenant des œufs de trichogrammes à différents stades de développement dans toute la parcelle de maïs. Ils sont positionnés en début de vol des pyrales afin que l’émergence des adultes de trichogrammes se fasse au moment des pontes de pyrales. Les femelles trichogrammes pondent alors dans les œufs de pyrale. La larve se développe dans l’œuf de pyrale, tuant son embryon.

Photo: Greenmethods.com

>>> Les hyménoptères des pucerons

Ces hyménoptères de la famille des Braconidés, sont des parasites naturels des pucerons. Certaines espèces vont littéralement momifier les pucerons qui resteront accrochés sur la plante par un socle. D’autres pondent directement dans le corps du puceron où les larves vont se développer. Le taux de parasitisme est très élevé puisqu’il peut atteindre 95 % voire 99 %, pouvant décimer complètement la population de ravageurs.

>>> Les hyménoptères des méligèthes du Colza

Les larves de méligèthes du colza peuvent être atteintes par de nombreux hyménoptères parasitoïdes tels que Phradis morionellus. Ne produisant qu’une génération par an, le taux de parasitisme s’élève à 50%. Même s’ils ne s’attaquent qu’aux larves une fois les dégâts occasionnés sur la culture, ils peuvent limiter la pullulation des méligèthes pour les cultures suivantes.

L’hyménoptère des méligèthes du colza Photo: Observations.be

>>> La bactérie Bacillus thuringiensis ou Bt

Le Bt est une bactérie qui synthétise un cristal protéique qui a une activité larvicide sur certains lépidoptères, coléoptères et diptères. Une fois ingérés par la larve, les cristaux synthétisés par la bactérie sont digérés et transformés en toxines. L’intoxication de la larve se traduit par un arrêt de l’alimentation. La mort de l’insecte intervient en 24 à 48 h. Cette bactérie est utilisée par exemple contre les doryphores sur cultures de pomme de terre.

>>> Le champignon de type Beauveria

C’est un champignon, présent naturellement dans le sol qui provoque des maladies chez certains insectes en les parasitant : « la muscardine blanche ». Les spores de ce champignon, lorsqu’elles entrent en contact avec le corps de l’hôte, germent et pénètrent à l’intérieur du corps, tuant le ravageur en l’utilisant comme source nutritive. Une moisissure blanche se développe à l’extérieur du corps de l’insecte, véhiculant les spores et la diffusion de la maladie à d’autres ravageurs. Même si certains insectes du sol ont développé des résistances, de nombreux insectes aériens semble y être très sensibles. Différentes souches de Beauveria, selon la cible à détruire, sont vendues dans le commerce et utilisées en lutte biologique.

Œuvre du Beauvaria
Photo: ASM.org

4 – Comment favoriser les auxiliaires de culture ?

Les auxiliaires qui ont une action sur les parcelles vivent au sein d’un environnement plus large. Ils ont besoin d’autres aliments que leurs proies pendant au moins une partie de leur cycle de vie, mais ils ont aussi besoin d’abris, de sites de repos ou d’hivernage. Aménager l’environnement parcellaire est essentiel pour permettre une augmentation du nombre et de la taille des populations d’auxiliaires, et ainsi favoriser leurs actions au sein des parcelles agricoles ou privées. Il existe différents aménagements possibles à réaliser en bordure ou à l’intérieur de vos parcelles.

5 – Semer des bandes fleuries

Les bandes fleuries sont des bandes de 2 à 6 mètres de largeur et semées avec différentes espèces végétales. Elles sont situées en bordures de parcelles, pour maintenir une continuité herbeuse entre les haies, les bosquets, les prairies et les parcelles. Il est important de réaliser ses mélanges en prenant en compte le temps et la période de floraison des espèces du mélange. Attention à ne pas introduire des espèces attractives de ravageurs des cultures. La facilité de gestion est également un paramètre à prendre en compte : une mise en place facile et rapide pour limiter le salissement, un coût raisonnable et une facilité d’entretien.

Bande fleurie au potager
Photo: Desclicsaupotager.fr

6 – Privilégier les espèces dicotylédones et favoriser les espèces locales.

Varier les familles de plantes et privilégier l’utilisation de « fonds de sacs » pour réduire les coûts. Quelques espèces intéressantes : trèfle, vesce, lotier, sainfoin, phacélie, sarrasin, moutarde, légumes (fenouil, basilic, sauge, carottes….), bleuet, marguerite, pâturin, dactyle, ….

7 – Éviter les espèces horticoles.

L’entretien des bandes herbeuses devra être réduit. Je vous recommande une fauche à la fin de l’automne avec exportation du foin : la présence d’un mulch risque de favoriser le développement des graminées. Le maintien des plantes jusqu’à l’automne permet la production de graines, utile pour réensemencer la bande et qui constitue également de la nourriture pour les oiseaux et certains insectes.

8 – Implanter des haies

La haie est un milieu très favorable pour la reproduction, l’élevage et l’hivernage des petits mammifères, des oiseaux, et de certains insectes (araignées, punaises, carabes, chrysopes). Elles sont également des sources d’alimentation pour tous les animaux présents (graines, baies, fleurs, proies variées…). Il est important de choisir les espèces constituant une haie selon la hauteur souhaitée, en mélangeant différentes espèces pour maximiser les périodes de floraison. Les haies doivent être constituées d’espèces locales, elles ne doivent pas être trop denses ni homogènes. Les espèces arbustives et à petits fruits sont intéressantes (cassis, groseilles) car elles fournissent de l’alimentation aux oiseaux. Des espèces qui ont une floraison décalée par rapport à la majorité des autres plantes présentes dans la haie sont également très intéressantes. C’est le cas du noisetier qui fleurit tôt au printemps et des ronces qui fleurissent tard en été. On peut aussi introduire des arbustes de type sureau, aubépine, baie de goji…

L’entretien des haies peut se faire en début d’automne, quand les oiseaux ne nidifient plus et que les auxiliaires n’ont pas encore rejoint les sites d’hivernage. Il est recommandé de ne pas réaliser de nombreuses tailles, qui perturberaient les auxiliaires présents dans la végétation. Par exemple, il est possible de tailler la haie d’un côté un an sur deux pour toujours laisser un refuge disponible pour les différents auxiliaires.

L’action de la haie peut être renforcée en implantant à côté une bande herbeuse de 50 cm à 2 m. Cela permet de créer une autre strate de végétation qui aura un rôle complémentaire de celui des arbres et buissons.

9 – Construire des perchoirs et des nichoirs

La mise en place de perchoirs est intéressante pour les rapaces. Il peut s’agir d’intercaler des arbres hauts au sein des haies, de conserver des arbres isolés, ou de mettre en place des perchoirs métalliques en bordure ou à l’intérieur des parcelles cultivées. Les nichoirs sont également intéressants pour favoriser la présence de chauve-souris, chouettes, oiseaux….

10 – Adopter des pratiques favorables aux auxiliaires

Enfin, les pratiques culturales ont une action sur les auxiliaires présents dans les parcelles. Pour favoriser ces auxiliaires, il est important de prendre en compte la préservation de la biodiversité dans le choix de ses pratiques. Le travail du sol – particulièrement le labour – a également un impact sur les populations de certains auxiliaires. C’est le cas pour les carabes qui réalisent un partie de leur développement dans le sol et pour les araignées qui peuvent tisser leurs toiles sur le sol.

L’hôtel à insecte est devenu un classique au jardin depuis déjà quelques années
Photo: Autonomie Jardin

Les auxiliaires sont des espèces sensibles aux produits phytosanitaires, ils sont donc à utiliser en dernier recours, et uniquement lorsque les seuils de nuisibilité sont atteints. La prise en compte de la présence ou non d’auxiliaires est également un élément clé dans le raisonnement des interventions. Par exemple, en cas de fortes invasions de pucerons, la présence de coccinelles, de syrphes ou de chrysopes indique qu’une régulation naturelle est en cours, l’intervention chimique n’est donc pas nécessaire, il est important de suivre l’évolution de cette régulation naturelle.

Je vous souhaite un agréable week-end, et de bons moments au jardin.

Ben. MASON

LE DICTON DU JARDINIER:

« Sème tes oignons à la Sainte Agathe, ils deviendront comme le cul d’une gatte (chèvre) »

🧅🐐🧅

Publié par Ben. Mason

Jardinier autonome, spécialisé en éco-jardinage, et en permaculture.

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5 commentaires

  1. Votre article m’a beaucoup intéressé dans la mesure où tous ces insectes que vous décrivez étaient ,pour moi, ou des inconnus (à part la coccinelle bien sûr) ou simplement des parasites dont il fallait se débarrasser à tout prix. Je ne savais pas qu’ils étaient d’extraordinaires auxiliaires de culture et je suis très contente d’en apprendre toutes les semaines un peu plus.
    J’ai bien aimé aussi votre hôtel à insectes et je me réjouis qu’il y ait des 4 étoiles aussi pour eux puisque ce sont des ouvriers actifs.
    Je vous souhaite un très bon week- end

    Aimé par 1 personne

    1. Merci Alan pour ton appréciation
      Il est vrai que la nature est capable d’un travail incroyable. Il faut observer pour en comprendre toute la complexité, je ne me lasserai jamais de prendre des leçons de mère nature. ça rend humble.
      Ton compliment me touche, mais je ne suis qu’une toute petite page de la grande encyclopédie de la vie. Toi aussi tu es une encyclopédie, tes connaissances sont grandes, et elles n’ont d’égale que ta belle ouverture d’esprit.
      Par ailleurs je termine ces jours ci un article au sujet de ton blog, j’aimerais pouvoir le publier sur mon second blog PIB. Je t’enverrais par mail l’ébauche de cet article, afin que tu puisses le valider, où le cas échéant me dire si il y a des inexactitudes, ou des choses que tu souhaiterais ajouter, ou au contraire supprimer.
      Je te fais parvenir l’ébauche dès que possible.
      Bien à toi mon ami

      Ben

      Aimé par 2 personnes

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