BERNARD CHARBONNEAU

UN PRÉCURSEUR DE L’ÉCOLOGIE FRANÇAISE

Cette semaine je vous propose de découvrir le parcours et les œuvres de Bernard Charbonneau, un véritable pionnier de l’écologie en France. Peu connu, cet homme amoureux de la nature, et humaniste dans l’âme possède à son actif un long engagement dans les causes tant sociales, humanitaires, qu’écologiques. Auteur d’une vingtaine de livres, sa philosophie a pu inspirer beaucoup d’écologistes à suivre son exemple, ouvrant ainsi la voie au mouvement écolo dans l’hexagone.

1 – Biographie de Bernard Charbonneau

Bernard Charbonneau est né le 28 novembre 1910 à Bordeaux(Gironde) et nous a quitté le 28 avril 1996 à Saint-Palais(Pyrénées Atlantiques). Il fut un penseur écologiste français, auteur d’une vingtaine de livres et de nombreux articles, parus notamment dans « La Gueule ouverte », « Foi et vie »,  « La République des Pyrénées » et « Combat Nature ».

Il est fils d’un père protestant et d’une mère catholique, issue de la bourgeoisie lot-et-garonnaise, le jeune Bernard Charbonneau se sent vite « enfermé » par la ville. Après un baccalauréat de lettres à Bordeaux, au lycée Montaigne, et des études d’histoire-géographie à l’université de la même ville, il est à 24 ans déjà titulaire de son premier poste d’enseignant à Bayonne et décroche l’agrégation l’année suivante, en 1935.

Dès la fin de la seconde guerre, ayant renoncé à sa carrière universitaire et aspirant profondément à vivre dans la douceur de la campagne, il se fait nommer dans une petite école normale d’instituteurs du Piémont pyrénéen (actuel Lycée Jacques-Monod), à Lescar, près de Pau, où il enseignera jusqu’à sa retraite . Il marque les élèves par sa forte personnalité, mettant simultanément à profit la proximité de la campagne béarnaise et des Pyrénées pour retrouver le contact avec la nature en menant une vie simple à proximité des gaves de Pau puis d’Oloron.

Il décède à l’âge de 86 ans, en 1996 d’un cancer du foie, à la clinique de Saint-Palais, et est inhumé dans un caveau personnel situé dans sa propriété « Le Boucau » à Saint-Pé-de-Léren (Pyrénées Atlantique). Sur une stèle on peut y lire cette citation abrégée du Livre de Ruth :

« Où tu iras, j’irai ; où tu demeureras, je demeurerai et ton Dieu sera mon Dieu. ».

Après sa mort, son épouse Henriette Louise Daudin s’occupa de faire publier ses ouvrages non encore édités, jusqu’à son propre décès survenu en décembre 2005.

Bernard Charbonneau
Photo: Wikipedia.org

Bernard Charbonneau a eu quatre enfants (Simon, Juliette, Catherine et Martine). Simon Charbonneau, né en 1941, a été professeur de droit de l’environnement à l’Université de Bordeaux Montesquieu et à l’Université d’Aix-Marseille, et a publié de nombreux ouvrages et articles sur le thème de l’écologie militante, dans la droite lignée de son illustre paternel.

2 – Parcours et engagements écologiques

Animateurs d’une troisième tendance au sein du mouvement personnaliste, qualifiée de « gasconne », à mi-chemin des mouvements « Esprit » et « Ordre nouveau », Bernard Charbonneau et Jacques Ellul publient en 1935 un texte à quatre mains intitulé « Directives pour un manifeste personnaliste ».

Il contient en germe toute leur œuvre à venir mais, surtout, il constitue la première proposition occidentale moderne d’une limitation volontaire de la croissance économique.

Âgés d’une vingtaine d’années, ils rêvent alors d’une révolution conduite à la fois « contre la misère et contre la richesse » dans le cadre d’une « cité ascétique ». Car selon lui, « l’homme crève d’un désir exalté de jouissance matérielle et pour certains de ne pas avoir cette jouissance ».

Visant tout d’abord« l’inflation » publicitaire, c’est toute la logique productiviste qui est ciblée par ce duo à contre-courant des préoccupations de l’époque. Leur grande intuition et observation, c’est qu’« au-delà de leurs différences idéologiques, tous les régimes sont à la poursuite du moyen absolument le plus efficace, indépendamment de toute autre considération. ».

Jacques Ellul (gauche) et Bernard Charbonneau( droite)
Photo : Reforme.net

Charbonneau appelle « la Grande Mue », le changement radical de l’espèce humaine provoqué par la montée des sciences et des techniques. Il n’a pas découvert l’écologie dans les livres mais en voyant arriver sous ses fenêtres la civilisation de la bagnole (voir à ce propos son ouvrage L’Hommauto, de 1967). Il est à ce titre l’un des premiers en France à concevoir le principe de la décroissance.

Marchant volontairement sur les traces de son collègue géographe Élisée Reclus, il publie en 1937, « Le Sentiment de la nature, force révolutionnaire ».

Diffusé de façon confidentielle dans les cercles personnalistes du Sud-Ouest, ce long article analysant notamment la place de la nature dans la littérature contemporaine et l’échec des mouvements naturistes préfigure le style de l’auteur du « Jardin de Babylone », paru en 1969.

3 – Les plus grandes réussites de Bernard Charbonneau

Toute son œuvre est marquée par l’idée que « le lien qui attache l’individu à la société est tellement puissant que, même dans la soi-disant “société des individus”, ces derniers sont si peu capables de prendre leurs distances avec les entraînements collectifs que, spontanément, ils consentent à l’anéantissement de ce à quoi ils tiennent le plus : la liberté. »

Dès les années 1930, il dénonce ce qu’il considère être la dictature de l’économie et du développement et s’impose comme pionnier de l’écologie politique. Se méfiant toutefois de l’écologie partidaire, il propose de concevoir une forme d’organisation de la société, radicalement différente des idéologies du 20ème siècle, solidement ancrée sur l’expérience personnelle. En cela, il affirme sa dette intellectuelle envers le personnalisme. De même, il voit dans le progrès technique « la source de toujours plus d’organisation, donc de plus de conformisme, donc de moins de liberté. ».

C’est entre 1940 et 1947 que Bernard Charbonneau conçoit l’essentiel de son œuvre, notamment en rédigeant un livre colossale intitulé « Par la force des choses ». Le contenu de ce remarquable ouvrage anticipe celui de la vingtaine d’ouvrages qu’il publiera par la suite . Dans cette œuvre, il analyse déjà « les contradictions du monde contemporain à partir de l’anticipation du risque de quelque chose de pire que le totalitarisme politique : une totalisation sociale, rendue inévitable par l’accélération du progrès technique ».

Photo: M-editions.fr

Ne pouvant communiquer sa pensée comme un tout, Charbonneau essaye de la communiquer en détail. Il détache donc des morceaux de « Par la force des choses » pour en faire « L’État » et « Je fus », deux de ses meilleurs livres. Aucun éditeur ne voulant l’éditer, il ne peut les diffuser que sous forme ronéotée à un cercle très restreint de lecteurs (ces deux livres ne seront finalement publiés que quarante et cinquante ans plus tard).

Quant à l’analyse de la société industrielle, entreprise dès avant-guerre, elle est reprise et développée sous le titre « Pan se meurt », mais Charbonneau devra attendre vingt ans avant que les éditions Gallimard ne publient cet ouvrage sous le titre « Le Jardin de Babylone ». « Les analyses du caractère désorganisateur du progrès technoscientifique et industriel » devront attendre 1973 pour être éditées sous le titre  « Le Système et le chaos ». Enfin, les « Réflexions sur les contradictions de la conception libérale de la liberté » ne seront publiées qu’en 2002, sous le titre « Prométhée réenchaîné »

4 – Principales œuvres littéraires

Ce visionnaire passionné est ainsi à l’origine de pas moins d’une vingtaine de livres dont certains sont de vraies références en terme d’écologie et d’anti-productivisme. Je vous présente ici les plus éminentes d’entre elles.

L’État, édition ronéotypée (à compte d’auteur), 1949. Economica, Paris, 1987. Réimpression 1999. Réédité par R&N éditions, 2020.

L’ÉTAT de Bernard Charbonneau
Photo : Fnac.be

Le Paradoxe de la culture, Denoël, Paris, 1965. Réédité en 1991 dans Nuit et jour.

Le Jardin de Babylone, Gallimard, Paris, 1969. Éditions de l’Encyclopédie des Nuisances, 2002.

Le jardin de Babylone de Bernard Charbonneau
Photo : Libcom.org

Vers la banlieue totale, Eterotopia, collection Rhyzome, 1972 .

Prométhée réenchaîné édition ronéotypée (à compte d’auteur), 1972. Éditions de La Table Ronde, Paris, 2001 .

Le Système et le chaos. Critique du développement exponentiel, Anthropos, Paris, 1973. 2e édition : Economica, Paris, 1990 . 3e édition : Médial éditions, novembre 2012 .

Le système et le chaos de Bernard Charbonneau
Photo : Decitre.fr

Le plus et le moins, édition ronéotypée (à compte d’auteur), 1978.

Le Feu vert. Autocritique du mouvement écologique, Karthala, Paris, 1980. Parangon, Lyon, 2009 .

Je fus. Essai sur la liberté, Imprimerie Marrimpouey, Pau, 1980. Opales, Bordeaux, 2000 . Réédité par R&N éditions, 2021.

Je fus de Bernard Charbonneau
Photo : Decitre.fr

La propriété c’est l’envol, édition ronéotypée (à compte d’auteur), 1984.

La société médiatisée, édition ronéotypée (à compte d’auteur), 1985. R&N éditions, 2021.

Sauver nos régions. Écologie et sociétés locales, Le Sang de la Terre, Paris, 1991.

L’Esprit court les rues, édition ronéotypée (à compte d’auteur), 1992.

Les chemins de la liberté, édition ronéotypée (à compte d’auteur), 1994.

J’espère que cette personnalité verte vous a plu, et que son œuvre saura vous toucher, et vous inspirer. Excellent week-end à tous.

Ben. MASON

LE DICTON DU JARDINIER :

« Le jour de la Saint-Prosper, n’oublie pas de fumer la terre. S’il fait chaud à la Saint-Guillaume, tu auras du blé plus que de chaume. »

🌞🌾🌾🌿🌾🌾🌞

Publié par Ben. Mason

Jardinier autonome, spécialisé en éco-jardinage, et en permaculture.

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8 commentaires

  1. Post très intéressant sur une personnalité que je ne connaissais que de nom. Encore un précurseur et un visionnaire! Ce qui est dingue est le déni d’un nombre important de personnes dans notre monde actuel. C’est particulièrement flagrand pour la totomobile, toujours adorée comme jouet individuel…
    Merci Ben pour cette suite d’articles fort utile et intéressante.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci cher Alan,
      Comme tu dis, beaucoup de déni encore aujourd’hui alors que Charbonneau avait déjà compris en 1930 que le productivisme et la croissance à outrance ne fonctionneraient pas sur le long terme. La voiture est indiscutablement l’exemple le plus criant d’un objet que les gens n’envisagent pas de remettre en question, mais il est déjà bien que certains d’entre nous acceptent de limiter son utilisation. Les jeunes notamment s’orientent de plus en plus vers le covoiturage. Gardons espoirs en de lendemain meilleurs!
      Je te souhaite une belle fin de week-end

      Ben

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  2. Merci pour ce portrait d’un visionnaire trop peu connu. Le concept d’ « Hommauto » est tellement suggestif ! J’imagine ce Monsieur Charbonneau au détour d’un des « chemins noirs  » de Sylvain Tesson que je suis en train de lire. Même constat, même diagnostic, même déni… à la puissance 4 (ou pire) vu les décennies passées à courir vers la croissance.

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    1. Merci à toi Danielle,
      Je suis heureux d’avoir présenté cette incroyable personnalité, il est surprenant que Bernard Charbonneau ait pressenti si tôt les conséquences à venir quant à la mise en place d’un système ultra productiviste et basé sur la course effrénée vers le matériel, et la croissance économique.
      Les problèmes que notre monde rencontre de nos jours donnent malheureusement entièrement raison à ce grand Monsieur. Néanmoins les gens commencent à réagir par rapport à notre mode de vie et de consommation, bien qu’il y ait encore énormément de déni je pense que nous approchons d’un point où plus personne ne pourra contester les problèmes écologiques sans passer pour le roi des c…
      De plus en plus de personnes comprennent le principe de la décroissance, et l’urgence à changer profondément nos habitudes. Réjouissons-nous de ce changement d’état d’esprit, même s’il est tardif, et un peu poussif.
      Je te souhaite une belle fin de journée

      Ben

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      1. Cher Ben, j’aimerais partager ton optimisme. J’entendais ce midi sur France Inter les lauréats d’un prix des jeunes économistes (ou quelque chose dans le genre). Ces brillants cerveaux qui seront les maîtres à penser des décideurs de demain, s’ils ne le sont pas déjà, ne veulent pas entendre parler de décroissance… Peut-être s’imposera-t-elle par une catastrophe d’un genre inédit… Mais passons un bel été et réjouissons-nous qu’il ne s’annonce pas trop sec !
        AMitiés, Danielle

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  3. Il y a des professeurs extraordinaires qu’on peut côtoyer dans une vie d’étudiant. C’est vrai qu’on aurait aimé entendre ce genre de discours depuis longtemps .Merci à vous de nous présenter ce pionnier de l’écologie qui semble très humble et qui n’a pas été reconnu en son temps. Dommage ! on aurait peut-être pu avancer plus vite.
    Très bon week end.

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    1. Merci pour votre mot Elienad,
      J’avoue que si il avait été entendu plus tôt les choses seraient certainement très différentes à présent. Il faut espérer que les générations de profs à venir sauront enseigner d’autres valeurs que celles inculquées au siècle dernier.
      Bonne soirée à vous

      Ben

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  4. Merci Ben j’ai bien reçu ton article sur Bernard Charbonneau,Il n’y a jamais de souci avec infomaniak.ch qui fonctionne beaucoup mieux que certain « grands opérateurs » de l’hexagone!
    Amiités à toi
    Fuego1982

    Aimé par 1 personne

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