RECONNAÎTRE ET TRAITER L’ALTERNARIOSE

Photo : Profert.dz

Maladie fongique assez fréquente, l’alternariose est souvent confondue avec le mildiou. Elle touche de nombreux végétaux du potager mais aussi du jardin d’ornement, et peut rapidement occasionner des pertes considérable. L’automne et le printemps sont deux saisons favorable au développement de cette plaie. Cet article a pour but de vous permettre d’identifier cette maladie, et de lutter efficacement contre celle-ci de façon biologique.

1 – Présentation de l’alternariose

L’alternariose, ou brûlure alternarienne, est le nom commun d’une série de maladies fongiques dues à diverses espèces de champignons des genres Alternaria ou Ulocladium.

Le genre comporte 299 espèces, et seules certaines d’entre elles sont responsables de la maladie, et s’attaquent de façon plus ou moins ciblée à une espèce végétale en particulier. Par exemple, Alternaria dauci s’attaque aux feuilles des carottes tandis que Alternaria tomatophila affecte les tomates.

Cycle de développement de l’alternariose
Illustration : Researchgate.com

L’alternariose apparaît entre avril et octobre, profitant de la douceur des températures et de l’humidité ambiante : pluies fines et rosées matinales d’été sont ainsi bénéfiques à son développement. Le manque d’aération dans les serres est l’un des facteurs favorisant la maladie.

Les autres facteurs favorisants sont la rosée en plein champ et une météo douce et humide. Cette maladie peut toucher les tournesols, les crucifères, les tomates, les carottes. Le champignon se conserve dans le sol sous les débris végétaux sous forme de mycélium, de conidies ou de chlamydospores. Aux beaux jours, les spores sont transportés par le vent, la pluie ou par contacts (d’une plante à une autre ou entre les végétaux et la terre). Cette maladie peut aussi être transmise via les semences.

Alternariose sur feuille de chou
Photo : Cliniquedesplantes.fr

2 – Végétaux concernés

Au vu du grand nombre d’espèces que compte le genre Alternaria, de nombreuses plantes peuvent être touchées, tant au jardin ornemental qu’au potager. Je vous donne ici une liste loin d’être exhaustive des végétaux fréquemment concernés.

  • alternariose de la betterave (Alternaria alternata)
  • alternariose de la carotte (Alternaria dauci)
  • alternariose de la chicorée (Alternaria cichorii)
  • alternariose de la grenadille (Alternaria passiflorae)
  • alternariose de la pomme de terre (Alternaria alternata, Alternaria solani)
  • alternariose des agrumes (Alternaria alternata, Alternaria citri)
  • alternariose des crucifères (Alternaria brassicicola, Alternaria brassicae)
  • alternariose des tomates (Alternaria tomato)
  • alternariose des fruits (Ulocladium chartarum)
  • alternariose des solanacées (Alternaria solani)
  • alternariose du blé (Alternaria triticina)
  • alternariose du carthame (Alternaria carthami)
  • alternariose du chou (Alternaria brassicae)
  • alternariose du chrysanthème (Alternaria chrysanthemi)
  • alternariose du cotonnier (Alternaria macrospora)
  • alternariose du navet (Alternaria brassicae)
  • alternariose du poireau (Alternaria porri)
  • alternariose du pommier (Alternaria mali)
  • alternariose du ricin (Alternaria ricini)
  • alternariose du tournesol (Alternaria helianthi)
Dégâts sur feuille de carotte
Photo : Cliniquedesplantes.fr

3 – Symptômes caractéristiques

Les symptômes permettant de faire le diagnostic de l’alternariose sont compliqués à définir car ils diffèrent en fonction des espèces végétales touchées. En voici quelques exemples.

  • L’alternariose de la tomate est une maladie très répandue partout autour du globe. Alternaria tomatophila a comme hôte spécifique la tomate. Il entraîne tout d’abord des tâches sombres arrondies sur les feuilles les plus basses (et donc les plus âgées), puis sur l’ensemble de la plante. Le feuillage atteint jaunit peu à peu puis se nécrose progressivement. Le champignon se répand également sur les tiges, pétioles et pédoncules, provoquant la mort de l’organe (feuille, fruit, fleur, tige) située après la nécrose. Lorsque quelques spores atteignent un fruit, via le pédoncule ou les sépales, ils provoquent une lésion circulaire sombre et dure qui va se recouvrir d’un feutrage noir. Ces lésions forment de plus une porte d’entrée attractive pour d’autres champignons ou bactéries.
Le champignon se répand également sur les tiges de la tomate
Photo : Ephytia.inra.fr
  • L’alternariose de la pomme de terre : comme à son habitude, la maladie se développe sous forme de taches concentriques sur les feuilles, à partir du bas de la plante. Les tubercules sont eux aussi touchés, montrant des lésions noires et sèches en creux. Ces lésions peuvent apparaître seulement après le début du stockage.
Alternariose sur pomme de terre
Photo : Reussir.fr
  • L’alternariose de l’aubergine est très proche de celle de la tomate, excepté en ce qui concerne les fruits qui seront en effet touchés sur la quasi totalité de leur surface, affichant de petites taches rondes noires qui s’étendent et se creusent rapidement.
  • L’alternariose du chou : des taches sombres circulaires sont visibles sur les feuilles des choux, elles s’agrandissent puis se ceinturent de jaune. Les tâches se nécrosent et les feuilles finissent par présenter de nombreuses criblures.
Nécroses sur chou
Photo : Farmlux.biz
  • L’alternariose de la carotte : les feuilles se marquent de tâches brunes qui s’entourent de jaune, brûlant rapidement le feuillage entier.
Début d’infection sur carotte
Photo : Maag-garden.ch
  • L’alternariose des fruitiers (pommiers, agrumes, cognassiers, poiriers…) : elle ne se manifeste sur l’arbre qu’au niveau du feuillage, faisant à terme tomber celui-ci. C’est en revanche sur les fruits en conservation qu’elle peut provoquer beaucoup de dégâts.

Les dommages peuvent être importants au potager lorsqu’elle débute tôt dans la saison, en fin d’été par contre son installation n’aura pas le temps d’abîmer beaucoup d’autres organes que les feuilles (qu’il faut ôter sans tarder).

4 – Les bons gestes à adopter au jardin

Plusieurs disposition peuvent être préventivement prises pour éviter des problèmes liés à l’alternariose. Ces conseils sont valables pour la plupart des maladies d’origine fongique.

  • L’utilisation de plantes compagnes : la rose d’inde (Tagetes erecta) protège les tomates en inhibant la germination des conidies du champignon.
  • Espacer les plants permet de ralentir la propagation des spores : l’air circule mieux et est moins humide.
  • La rotation des cultures rompt le cycle de développement des maladies.
  • Les parties atteintes doivent être détruites (ne surtout pas les mettre au compost) afin de ne pas abriter de spores entre 2 cultures. Ces spores sont en effet très résistants et ils peuvent survivre longtemps sur des débris végétaux. Évitez tout excès d’azote qui rend plus sensibles les Solanacées aux Alternarioses.
  • Ne prélevez pas de graines sur des plants contaminés. Si vous achetez ces graines, il existe des certifications assurant que les plantes d’origines étaient saines.
  • N’installez pas les tomates, pommes de terre, aubergines les unes à côté des autres.
  • Évitez tout stress : sécheresse, stress hydrique, taille, froid, attaque de nuisibles, carences nutritionnelles… peuvent entraîner une faiblesse des plants, protégez-les autant que possible.
  • Un paillage du sol est un moyen mécanique relativement efficace pour bloquer les contaminations. Lors de pluies violentes, il évite également que les gouttes n’éclaboussent le feuillage.
  • Arrosez vos Solanacées au pied, sans asperger le feuillage. Évitez autant que possible l’aspersion générale. Lors de culture sous abri, évitez de planter trop près des parois ou de mettre des protections non adaptées à la taille des plants : le feuillage ne doit pas toucher les parois humidifiées par la condensation.
  • Choisir si possible des variétés résistantes aux maladies cryptogamiques.
Ici sur les fruits du colza, à ce stade de l’infection il est certain que les graines sont à leur tour contaminées
Photo: Synagri.com

5 – Traiter l’alternariose

Des pulvérisations de décoctions de prêle ou d’ail peuvent être réalisées lorsque les conditions météo sont propices, donc humides et chaudes. Recommencez la pulvérisation tous les 3 jours pendant une douzaine de jours. La bouillie bordelaise peut également être utilisée pour traiter l’alternariose.

Il est important d’agir au tout début de l’apparition de ce champignon, pour plus d’efficacité.

Ouvrez l’œil au jardin, et prenez soin de vos plantes. Bon week-end à tous !

Ben. MASON

LE DICTON DU JARDINIER :

« Octobre en brumes, mois à rhumes. »

🌫🌫🤧🌫🌫

Publié par Ben. Mason

Jardinier autonome, spécialisé en éco-jardinage, et en permaculture.

Rejoindre la conversation

3 commentaires

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :